Programme Maisons efficaces d’Hydro-Québec : forces et faiblesses

maisons efficaces

Le programme propose aux entrepreneurs l’adoption de sept technologies énergétiques. © Hydro-Québec

Vous désirez acquérir une maison neuve énergétiquement plus efficace? En novembre 2014, Hydro-Québec a mis en œuvre un nouveau programme d’efficacité énergétique appelé Maisons efficaces qui cible les entrepreneurs qui veulent se démarquer de la masse en bâtissant une maison modèle qui pourrait intéresser les consommateurs. Voyons un peu les avantages, limites et surcoût de ces maisons.

Le fabricant de maisons usinées Maison Laprise, de Montmagny, a été parmi les premiers entrepreneurs à s’inscrire à ce programme qui consiste à bâtir une maison modèle  « efficace ». Pour cet entrepreneur, qui a déjà été parmi les premiers concepteurs de maisons usinées à construire des maisons éconergétiques Novoclimat et maintenant Novoclimat 2.0, l’adhésion au programme était toute naturelle.

Depuis son démarrage, ce programme a permis la vente de 86 maisons. Selon le site d’Hydro-Québec, sur les 48 entrepreneurs participants, au 11 avril dernier, seulement cinq d’entre eux avaient construit une maison modèle dans le cadre de cette initiative. « Un constructeur peut avoir construit et vendu des maisons efficaces sans avoir construit une maison modèle », précise le porte-parole du programme chez Hydro-Québec, Marc-André Pouliot, qui ignore combien de constructeurs ont bâti de telles maisons. 

Un programme en deux volets

Le programme a pour objectif de promouvoir l’installation de produits écoénergétiques auprès des constructeurs de maisons neuves. Il comporte deux volets. D’une part, Maisons efficaces offre aux entrepreneurs une aide financière promotionnelle s’ils construisent une maison modèle intégrant cinq mesures éconergétiques obligatoires. Il s’agit de poser :
• des fenêtres certifiées Energy Star;
• des ampoules à diodes électroluminescentes (DEL) homologuées Energy Star;
• des thermostats électroniques;
• un chauffe-eau à trois éléments;
• et une prise pour borne de recharge de véhicule électrique.

Deux mesures facultatives peuvent également être ajoutées, soit l’installation d’un récupérateur de chaleur des eaux grises et d’un système géothermique.

Les aides financières ne sont accordées aux entrepreneurs que sur les maisons modèles, explique Marc-André Pouliot : 1 000 $ par maison modèle pour les six mesures de base et 5 000 $ (donc 4 000 $ de plus) si la maison est dotée d’un système géothermique. Hydro-Québec offre aussi des aides promotionnelles (publicité et matériel de visibilité) pour faciliter la vente de maisons efficaces autres qu’une maison modèle.

Le deuxième volet consiste à accumuler des points pour chaque maison efficace vendue. « Le constructeur reçoit des points selon le nombre de mesures mises en place dans les maisons construites, affirme Marc-Antoine Pouliot. Un constructeur peut accumuler jusqu’à 7 000 points par maison efficace vendue. Les points attribués donnent droit à du matériel de promotion (affiches, oriflamme, dépliant, etc.) selon le palier atteint (bronze, argent ou or) et de la visibilité sur le site Web d’Hydro-Québec. »

Un complément à Novoclimat 2.0

Deux de ces mesures (fenêtres Energy Star et thermostats électroniques) sont aussi des exigences obligatoires du programme Novoclimat 2.0. « Les trois autres mesures de base et les deux mesures facultatives du programme Maisons efficaces sont aussi dans la liste des exigences techniques au choix de Novoclimat 2.0 dans laquelle l’entrepreneur peut piger afin d’obtenir les points requis pour inscrire une maison au programme , affirme Nicolas Bégin, porte-parole du programme au ministère de l’Énergie et des Ressources Naturelles. Le programme d’Hydro-Québec et Novoclimat 2.0 sont donc complémentaires. »

Stéphane Lessard, directeur général de Maison Laprise, le croit aussi. « Ce sont des mesures faciles à appliquer qui ne représentent pas un surcoût important, dit-il. L’éclairage DEL est aujourd’hui très abordable, les thermostats électroniques aussi, une prise pour une borne de recharge coûte environ 800 $ et un récupérateur de chaleur des eaux grises (facultatif) coûte environ 800 $. » Le prix d’un chauffe-eau à trois éléments est semblable au prix d’un chauffe-eau classique. Enfin, la pose de fenêtres Energy Star serait pratiquement devenue la norme en construction résidentielle, dit-il Seule la géothermie est plus coûteuse (30 000 $ de plus que des plinthes électriques) mais elle est facultative.

M. Lessard compte construire quelques maisons « efficaces » cette année et construire d’autres maisons modèles. Il déplore toutefois qu’Hydro-Québec ne fasse pas une promotion plus agressive de ce programme, selon lui peu connu des consommateurs et peu mis en valeur. « Avant de bénéficier des outils de promotion offerts par Hydro-Québec, il faut que l’entrepreneur ait déjà construit des maisons efficaces. Cela limite la mise en place d’une promotion plus agressive,» dit-il.

M. Lessard a tout de même adhéré au programme car « il permet de faire avancer la construction au Québec vers de nouvelles normes. Pour notre entreprise, cela nous permet de se positionner comme entrepreneur écoresponsable en plus d’être un moyen de se différencier de la compétition. Les retombées de notre initiative viendront plus tard. »

Économies d’énergies et surcoûts

Le programme permet-il au consommateur de réaliser des économies d’énergie significatives? L’application des mesures obligatoires permet des économies de 10 % sur la facture d’énergie, pour un surcoût négligeable, selon M. Pouliot d’Hydro-Québec qui est incapable toutefois de le chiffrer. Par ailleurs, un récupérateur de chaleur des eaux grises permet de réduire les coûts d’eau chaude de 20 à 40 % et un système géothermique peut faire économiser 60 % sur la facture de chauffage.

En comparaison, le programme Novoclimat 2.0 (qui intervient notamment sur l’enveloppe du bâtiment) permettrait des économies de chauffage de l’ordre de 20 %, selon M. Bégin. Le surcoût d’une maison Novoclimat 2.0 est toutefois plus important que celui d’une maison « efficace » d’Hydro-Québec (sans géothermie). « Il serait de 3 à 5 % de la valeur d’un bâtiment », précise M. Bégin. Ainsi, pour une maison d’une valeur de 250 000 $, le surcoût varierait de 7 500 à 12 500 $. 

L’analyste en énergie Jean-François Blain affirme toutefois qu’il peut y avoir une différence importante entre les économies d’énergie anticipées et les économies réelles obtenues, une fois la maison construite. « La qualité de la construction [notamment de l’étanchéité à l’air et de l’isolation qui sont inspectées gratuitement dans le cadre de Novoclimat 2.0] peut influencer à la baisse ou à la hausse les économies réelles qui seront obtenues », dit-il.

Un bon programme mais…

Pour Mathieu Gillet, vice-président au développement de projets à l’Association québécoise de la maîtrise de l’énergie (AQME), le programme Maisons efficaces est intéressant car il vise directement les entrepreneurs qui sont souvent des acteurs difficiles à sensibiliser dans le domaine de l’efficacité énergétique. « Le programme devrait même être d’adhésion obligatoire et non facultative comme c’est le cas en ce moment. » Sur les 4 217 entrepreneurs qui possèdent la licence de la Régie du bâtiment pour construire de petits bâtiments résidentiels, l’inscription de seulement 48 d’entre eux au programme d’Hydro-Québec est encore très faible, d’autant plus que l’adhésion au programme est gratuite. Au 9 mai 2016, ces entrepreneurs avaient vendu seulement 86 « maisons efficaces », selon M. Pouliot d’Hydro-Québec.

M. Gillet croit que les cinq mesures de base de Maisons efficaces sont vraiment le minimum de ce qui peut être fait en efficacité énergétique résidentielle (NDLR : il s’agit plutôt de quatre mesures car la pose d’une prise pour recharger un véhicule électrique ne génère pas d’économie d’énergie). Selon lui, ce faible niveau d’exigences s’expliquerait ainsi : « Hydro-Québec est en situation de surplus d’énergie, donc ne pousse pas trop sur les mesures d’efficacité énergétique. » Il déplore aussi que le programme ne touche que les maisons neuves. « Il faudrait s’attaquer en priorité à l’habitat existant. La rénovation écoénergétique, c’est le marché de demain. » Par exemple, en instaurant un programme d’amélioration de l’isolation de l’enveloppe du bâtiment, on pourrait obtenir des économies d’énergie impressionnantes.

Agir auprès des municipalités

Selon M. Gillet, l’intervention auprès des municipalités constitue un autre domaine d’avenir. « À l’AQME, on travaille de plus en plus avec les municipalités pour que des mesures d’efficacité énergétique soient incluses dans leurs règlements. Elles sont un rôle important à jouer dans la promotion de telles mesures. » Il y a sans doute de belles initiatives à venir de ce côté…

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