Parement de bois : les meilleures pratiques d’installation (réservé)

Parement de bois : les meilleures pratiques d’installation (réservé)

 
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Big window and balcony in modern apartment with wooden walls

Les solins et allèges conçus et posés selon les règles de l’art, deux clés pour assurer la durabilité des parements. © Thinkstock

C’est l’histoire d’une très belle maison de campagne conçue par un architecte populaire et construite par un entrepreneur écolo. Malheureusement, son parement de cèdre, une essence pourtant réputée pour sa résistance aux éléments, s’est mis à pourrir après trois hivers. Le constructeur, qui l’avait posé en suivant les plans de l’architecte, avoue avoir appris une dure leçon pourtant très simple : « Il faut respecter les guides d’installation, peu importe ce que le plan indique. Il est de la responsabilité de l’entrepreneur de respecter les directives du fabricant ou sinon d’obtenir une décharge écrite du client. »

Un matériau « surdoué »

Groupe Concept PV

Le bois est matériau écologique par excellence. © Groupe Concept PV

En effet, se fier aux instructions du fabricant — qui habituellement respectent le Code national du bâtiment (CNB) — permet de maximiser la durabilité du parement extérieur en bois massif, ce matériau « surdoué » aux nombreux atouts. Naturel, authentique, beau, personnalisable, facile d’entretien et résistant aux chocs, il protège des intempéries, isole, insonorise et emmagasine un peu de chaleur, en plus de capter le CO2 et de rehausser la valeur d’une maison. Par dessus tout, avec sa faible empreinte écologique, il s’avère le matériau écologique par excellence : matière première abondante chez nous et transformée par plusieurs fabricants locaux; fabrication beaucoup moins énergivore et polluante que la plupart des parements extérieurs synthétiques; facile à entretenir; et en fin de vie, le bois peut être réutilisé, recyclé (en paillis, en panneaux de particules, etc.) ou valorisé en combustible alternatif pour produire de l’énergie. Comparativement, le revêtement de vinyle (PVC) est dangereux tant pour les habitants que pour les pompiers et une plaie pour les recycleurs de résidus de construction, car il contient du chlore qui dégage des dioxines toxiques quand on le brûle. « Seulement quelques kilos de résidus de vinyle se retrouvant avec des résidus de bois broyé rendront inutilisables des tonnes de bois autrement destinées à la valorisation énergétique », fait remarquer Éric Venne, vice-président et coactionnaire de Groupe Concept PV, fabricant de revêtements d’épinette, de cèdre rouge et de cèdre blanc ainsi qu’ancien acteur important dans le secteur des matières résiduelles énergétiques.

On connaît également les principales limites du bois : il est combustible et doit être protégé contre l’humidité. En effet, il est putrescible et hygroscopique, c’est-à-dire qu’il absorbe une partie de l’humidité ambiante et travaillera (gauchissement, fissures, etc.) selon la température et l’humidité. Celles-ci le feront plus ou moins gonfler ou se contracter selon les régions, les saisons et son orientation. Voilà pourquoi les fabricants assèchent la matière première dans des séchoirs afin de réduire son taux d’humidité aux alentours de 12 à 15 % avant de la transformer et la teindre. Après coup, il revient aux usagers de veiller à ce que leur parement soit posé et entretenu correctement pour en assurer la durabilité.

FPInnovationsC’est dans cette optique que FPInnovations, le centre de recherche national en matière de foresterie et de produits du bois, soutenu par le Créneau d’excellence Signature Bois Laurentides avec la collaboration du Ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, vient de publier le premier Guide des meilleures pratiques d’installation de revêtements extérieurs en bois massif. Très détaillé et abondamment illustré, ce guide s’adresse tant aux architectes et aux constructeurs qu’aux designers et aux consommateurs. Il fut élaboré en collaboration avec une vingtaine de spécialistes travaillant chez dix fabricants ainsi qu’avec un expert de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), région de Québec. Les versions longue et abrégée du guide seront disponibles dès la mi-juin via les sites internet de FPInnovations et Cecobois.

Comme la main-d’œuvre représente typiquement deux fois le coût du matériau, la qualité de la conception et de la pose d’un parement est cruciale, fait valoir Éric Venne, qui a participé au groupe de travail derrière ce rapport. Nous tenons à le remercier de nous avoir consacré quelques heures à nous expliquer les principales erreurs à éviter et surtout les meilleures pratiques présentées dans ce guide. « Si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté et surtout vous assurer d’un ouvrage de qualité qui ne compromettra pas les garanties des fabricants, voici les bonnes pratiques », dit-il.

Solin Allege Pv Copie

Un espace d’un pouce doit être laissé entre le revêtement et un solin (au-dessus des portes et fenêtres) et une allège de pierre. © Groupe Concept PV

Une conception optimale

« Le principe d’installation d’un mur à écran pare-pluie implique la mise en place d’une membrane interne, de fourrures et de solins pour rejeter l’eau de pluie vers l’extérieur », indique le guide des meilleures pratiques, en se référant au CNB. En fait, peu importe le type de matériau de revêtement extérieur, l’eau est l’ennemi numéro un du bâtiment. Il faut donc tout concevoir pour en faire dévier l’eau à l’aide de solins, de chevauchements, de pentes, d’angles, de débords de toit et de gouttières, pour éviter qu’elle ne stagne et ne s’infiltre, ce qui pourrait causer des dommages importants à la structure du bâtiment.

Depuis la fin 2016, suivant la mise à jour du CNB le plus récent (version 2010), les solins ainsi que le traitement des volumes d’air à l’arrière des parements ont fait l’objet de nombreux relevés de déficiences par les inspecteurs de la Garantie de construction résidentielle (GCR), organisme sans but lucratif mandaté par le gouvernement québécois pour administrer le plan de garantie des bâtiments résidentiels neufs.

4DLes 4 D

Le guide des meilleures pratiques recommande aux concepteurs de s’appuyer sur « un programme de protection articulé en quatre lignes de défense » que les anglophones appellent les 4 D : Deflection (déviation), Drainage (drainage), Drying (séchage) et Decay resistance (résistance à la dégradation). L’on peut réduire le mouillage du mur de 90 % en déviant l’eau et grâce à la ventilation efficace de la cavité créée par la pose du fond de clouage (fourrures de lattes 1×3 po) derrière le revêtement. Cette cavité doit être « en équilibre avec la pression atmosphérique extérieure et réduire les forces cinétiques qui poussent l’eau à travers la paroi » afin de drainer efficacement par gravité et sans obstruction l’eau qui s’y infiltre occasionnellement. 

21 DegagementSelon Éric Venne, le style moderne fait la vie dure aux parements de bois massif. « L’architecture épurée, sans corniches ou autre débords de toit, va à l’encontre des bonnes pratiques, dont celles de voir à ce que le bois ne soit pas très exposé aux éléments et qu’il soit bien ventilé à l’arrière. En effet, les dégagements par rapport au sol et à d’autres surfaces ne sont pas toujours respectés : le matériau ne doit pas reposer sur une surface plane ou toucher des solins, ce qui a pour effet de le maintenir en contact continuel avec l’humidité. » Aussi, le guide de FPInnovations prescrit un dégagement de 8 po par rapport au sol et de 2 po par rapport à un revêtement de toiture ou à un patio et de 1 po par rapport aux solins . De plus, il faut prévoir la pose adéquate (sans pente inverse!) de solins pour rejeter l’eau vers l’extérieur au-dessus des portes et fenêtres, aux jonctions mur-toit, autour des cheminées, à chaque changement de revêtement et à la base du revêtement posé au-dessus d’un muret ou parement de maçonnerie.

Fixations et entreposage

ClousAvant de commencer les travaux, assurez-vous de vous procurer les bonnes fixations. Plusieurs entrepreneurs et bricoleurs omettent d’utiliser le type approprié et le bon nombre de clous ou agrafes prescrites par les fabricants et de les utiliser correctement. Ces spécifications ont été déterminées suivant toutes sortes de tests et de mesures de forces, elles ne sont pas déterminées au hasard.

Ensuite, le guide rappelle l’importance d’entreposer le revêtement dans un « espace sec et aéré, non chauffé, sur une surface plane et pas directement déposé sur le sol, afin de permettre une aération sous le paquet. L’exemple idéal est un abri de voiture aux côtés ouverts ou un gazébo. Lorsqu’un tel endroit se trouve disponible, le paquet peut rester ouvert pendant les travaux. Sinon, il vaut mieux garder la toile fournie par le fabricant sur le paquet en permanence. Qu’il soit dans un abri adapté ou non, le revêtement restant en fin de journée nécessite d’être protégé et au moins recouvert avec cette toile. Les lames de revêtement doivent aussi être idéalement empilées en formant une pente sous la toile pour favoriser l’égouttement d’eau. » Éric Venne commente : « La plupart du temps, les revêtements de bois véritable qui varient dimensionnellement par la suite sur le bâtiment s’avèrent ceux qui ont subi des conditions d’entreposage les ayant fait varier (souvent en humidité) avant leur pose. Le concept est pourtant connu dans le domaine du plancher de bois : tout réside dans les variations de conditions atmosphériques entre le lieu d’entreposage et celui de pose. Les deux doivent être les plus semblables possible, et ce, pour quelques jours durant. »

 

Fourrures et ventilation

FourruresUne pose inadéquate du fond de clouage nuit fréquemment au drainage de l’eau et à l’assèchement des matériaux mouillés. « Comme le drainage se fait par gravité et la ventilation par convection naturelle, les fourrures ne doivent pas bloquer l’écoulement de l’eau et une ouverture au bas et au haut du mur doit permettre l’évacuation de l’eau et de l’air, précise le guide. En conséquence, dans le cas d’un revêtement posé verticalement sur un système en double fourrure, les fourrures horizontales ne doivent pas être appliquées sur le mur, mais par-dessus les fourrures verticales. » Éric Venne ajoute : « Dans le cas de double-lattage, il vaut mieux vérifier selon chaque cas et obtenir un dessin de détail du concepteur afin d’éviter le phénomène ci-dessus mentionné de forces cinétiques qui tirent alors l’eau à travers la paroi. »

La jonction mur-fondations est également un endroit critique. « Le revêtement intermédiaire posé derrière le pare-intempérie devrait couvrir la fondation vers le bas pour protéger la structure », explique l’architecte Louise Coutu, inspectrice en bâtiment et administratrice de l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC). « Lorsque la fondation est alignée avec les fourrures ou les déborde, un solin doit être posé pour assurer une ouverture minimale d’environ 3/8 de po (10 mm) entre celui-ci et le revêtement », ajoute M. Venne.

Concilier sécurité et ventilation

Nouvelle Ventilation Haut Des Murs« Depuis novembre dernier, la GCR visite les chantiers de maisons neuves et informe les constructeurs des nouvelles dispositions règlementaires », notamment en matière de prévention des incendies, souligne M. Venne. À l’occasion de la première réunion de son comité de veille technologique, tenue à Montréal le 29 mars dernier, la GCR invitait une cinquantaine d’intervenants, dont l’auteur de ces lignes, à en discuter. L’expert technique de la GCR, Robert Périnet, y expliquait que pour être conforme au Code national de prévention des incendies, la lame d’air derrière le parement « ne doit pas être contiguë au vide sous toit ni aux surplombs ». Ceci pour éviter que l’effet de cheminée n’accélère un feu en permettant aux flammes de gagner rapidement la toiture.

« Il faudrait changer le design de beaucoup de bâtiments pour créer cette ventilation vers le haut (mais sans connexion avec la toiture), surtout dans le cas des bâtiments à toit plat où, la plupart du temps, la ventilation en partie supérieure est absente », a alors confirmé Mme Coutu. « Comme les fabricants de la plupart des types de revêtements extérieurs prescrivent (tout comme le CNB) une expulsion de l’air, de l’humidité et de la chaleur de la cavité par le haut du mur, les inspecteurs de la GCR s’en remettent aux fabricants ou aux concepteurs pour suggérer un montage ou un mécanisme respectant les deux objectifs visés (expulsion et non-contiguïté), précise Éric Venne. La validité de la garantie étant en jeu, toute l’industrie est donc en mutation, pour ne pas dire… en réaction! »

Pour sa part, le président sortant de l’Ordre des architectes, André Bourassa, a alors souligné l’importance de poser, au bas des revêtements, une grille de ventilation qui empêche les insectes et les rongeurs de s’infiltrer dans la cavité de drainage entre les fourrures. « Les problèmes d’humidité et d’urine de souris dans l’entretoit sont certes plus fréquents que le feu. Parfois le gypse défonce tellement il y a d’urine de souris! »

Coins extérieurs en revêtement taillé à 45 degrés

Coin 45Il s’agit d’un autre détail de conception problématique dans bien des maisons de facture moderne, selon Éric Venne. « Beaucoup de plans illustrent encore malheureusement cette idée de faire les coins de maison sans utiliser une moulure. Ça demande aux entrepreneurs de tailler chaque planche de coin à 45 degrés comme une boiserie de finition intérieure. Je n’en ai encore vu aucune qui ne se détériorait pas très rapidement. Dans l’industrie, on proscrit cette pratique pourtant à l’unanimité, car le coin va ouvrir un jour ou l’autre même si l’entrepreneur colle et cloue le bois. C’est propice à l’effilochage et à la détérioration, donc à l’infiltration d’eau et aux problèmes de pourriture. Le jointoiement ne se trouve jamais « fusionné » comme deux pièces jointées linéairement. Le matériau est fragilisé; sur un an ou deux, il faut refaire. Il s’agit aussi d’une erreur fréquente en  rénovation : les coins à 45 degrés, on voit malheureusement  encore ça sur beaucoup de plans et dans des revues. »

Finition et entretien

Après avoir séché et taillé les profils des planches de revêtement, les fabricants appliquent habituellement deux couches de teinture latex acrylique, soit opaque ou semi-transparente. « Le grand principe, explique M. Venne, c’est que plus on masque le bois avec un fini opaque, plus on le protège. Comme cela assure une plus grande durabilité, les fabricants peuvent offrir une garantie à long terme, jusqu’à 15 ans. Un fini semi-transparent permet d’apprécier davantage le grain du bois, mais le prix à payer est de devoir entretenir le revêtement environ aux cinq ans. En fait, cela dépendra des débords de toit (ombrage et déviation de l’eau), de l’orientation solaire, des couleurs pâles ou foncées et de la végétation environnante qui offrira aussi un répit au matériau en le protégeant du soleil. En général, si on applique des couches subséquentes de teinture fournie par le même fabricant avant la fin de la garantie, la plupart des fabricants de revêtement vont la prolonger d’autant. Bref, si elle est de 15 ans et que vous refaites la teinture après 14,5 ans, ça vous procure encore 15 ans de garantie. »

Éric Venne ajoute que depuis quelques années les nouveaux finis à deux tons présentent également des défis. « À partir du moment où les finis semi-transparents sont devenus moins populaires, certains fabricants ont commencé à offrir cette finition constituée de couches de teinture de couleurs différentes  superposées qui donnent l’impression d’un bois teint, mais en fait il s’agit d’une forme de faux-fini. Ça donne une durée vie intermédiaire, de huit à dix ans selon le fabricant. » Ce fini implique toutefois deux contreparties bonnes à savoir, poursuit-il. « D’abord, il ajoute une difficulté si l’on doit retoucher le matériau; le fini à deux tons produit en usine ne se reproduit pas fidèlement sur le chantier. C’est dommage, puisque l’un des avantages du revêtement de bois réside dans le fait qu’il permet de facilement ajuster le matériau aux situations diverses sur le bâtiment et de repeindre une coupe, même de retoucher un dommage ou une égratignure pendant les années subséquentes. Deuxièmement, on ne pourra toujours pas reproduire le même fini lorsque viendra le temps d’appliquer la couche d’entretien. Le consommateur devra presque inévitablement se résigner à obtenir ensuite une finition opaque. »

Enfin, d’autres tendances populaires font la vie dure aux revêtements de bois. Selon Robert Périnet, de la GCR, « la mode est aux couleurs de plus en plus foncées qui peuvent créer des températures plus élevées dans la cavité. De plus, les études en cours nous diront si l’efficacité énergétique accélère ou non le vieillissement des parements. » Louise Coutu note en effet que c’est probable : « Les nouvelles méthodes de construction qui privilégient l’installation de l’isolant du côté extérieur de l’ossature des murs [bris thermique], et donc directement derrière les lattes de bois, augmentent les températures des matériaux et posent des défis qui n’existaient pas auparavant. L’isolation derrière le bardage absorbe la chaleur et peut causer des détériorations au bardage de bois puisque la ventilation traditionnelle pourrait être insuffisante. »

Le défi de la diffusion

Somme toute, cet excellent guide rend accessible au plus grand nombre tout ce qu’il faut savoir pour réaliser des ouvrages de revêtements de bois durables à tous points de vue. Mais le groupe de travail de FPinnovations n’est pas sans savoir que le grand défi demeure celui de la diffusion de son contenu. Comme le reconnaît Éric Venne : « Trop peu d’intervenants prennent vraiment connaissance des instructions de pose des fabricants, alors imaginez un guide beaucoup plus élaboré! Sont donc prévus différents outils de diffusion – séminaires, capsules vidéo sur le Web, feuillet d’instructions simplifiées et très imagées, etc. – garantissant un meilleur succès à rejoindre les gens qui tiennent le marteau! »

 

Pour en savoir davantage

FPInnovations
Cecobois
Comparaison entre le bois et les autres revêtements extérieurs :
groupeconceptpv.com

Autres fabricants :

Fraser Wood Siding

Goodfellow

Groupe Crête

Juste-du-PinMaibec

Maxi-Forêt

MEL Innovation

Plafond Lambris et Cie

Revêtements Premium

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