Murs végétaux : là où le mur n’est plus un obstacle

Connaissez-vous les murs végétaux ? C’est une forme d’horticulture urbaine dont la popularité ne cesse de croître. Le concept n’est pas nouveau, puisqu’au moins une forme de mur végétal existe depuis belle lurette. En effet, jadis, on observait fréquemment ces longues haies que les agriculteurs érigeaient entre les champs et au bord des routes. Elles étaient constituées, la plupart du temps, d’une succession d’arbres plantés très près les uns des autres dans le but de contrer la force du vent qui, au lieu de souffler avec fureur sur les cultures, était « éparpillé » en plus petites entités. Beaucoup moins tourbillonnantes, ces brises étaient freinées d’environ 50 %. L’effet décroissant se faisait sentir sur une distance pouvant parfois atteindre 25 fois la hauteur des arbres !

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Ces aménagements se sont ensuite transportés dans les villages, où les habitants les ont rapidement adoptés. Ils installaient, entre les maisons, des haies de lilas, de rosiers ou de pommiers qui, en plus de servir de brise-vent, assuraient une certaine intimité aux habitants tout en embellissant leur propriété.

(Encadré : Le mur végétal intérieur)

Une ville sous le réchaud
Une autre raison incite aujourd’hui les résidents des milieux urbains et périurbains à végétaliser leur environnement : le contrôle de la température. Et pour cela, les végétaux sont un choix parfaitement sensé : ils doivent, pour conserver un état harmonieux, maîtriser le réchauffement de leur organisme. À l’instar des êtres humains, ce contrôle s’exerce au moyen de la transpiration. Durant les périodes de grande chaleur, une plante aspirera des dizaines de litres d’eau du sol. Puisque son organisme ne renferme que les quantités nécessaires à son bon fonctionnement, la plante rejette l’humidité prélevée en trop grande quantité : jusqu’à 98 % de cette humidité sera ainsi relâchée dans l’air environnant par l’intermédiaire des stomates (minuscules orifices situés principalement sur la face inférieure des feuilles), dont l’ouverture et la fermeture régularisent l’entrée et la sortie de l’air et des liquides. Ce phénomène est qualifié d’évapotranspiration. La brise refroidit ensuite l’humidité, ce qui rafraîchit les alentours immédiats de la plante. Multiplié par des centaines, voire des milliers d’individus, l’effet est aisément mesurable. Les arbres sont les maîtres de l’évapotranspiration. Voilà pourquoi les parcs boisés procurent aux habitants, lorsque la température est suffocante, des refuges de fraîcheur au milieu des îlots de chaleur, aujourd’hui de plus en plus fréquents dans nos villes et banlieues. Sans compter l’ombre absolument bienfaitrice qu’ils procurent à l’utilisateur!

C’est la venue des temps nouveaux
Aujourd’hui, les murs végétaux « modernes » sont en vedette. Il en existe une grande variété dont la plupart sont très faciles à concevoir et ils peuvent être installés pratiquement partout. Les structures spécialement conçues pour recevoir des végétaux sont de plus en plus recherchées. Elles ornent les parcs, les façades d’édifices ou encore les cours avant de maisons cossues. Elles peuvent être de dimensions modestes ou imposantes, passant du simple cube d’un mètre carré au panneau de plusieurs dizaines de mètres de longueur. Le désavantage de ce type de mur, c’est qu’il doit être conçu et réalisé selon des normes strictes, car l’agencement parfait des végétaux et un système d’irrigation irréprochable sont cruciaux si l’on veut assurer la survie du mur durant toute l’année.

Dans les pays européens au climat plus chaud, les murs végétaux de ce type sont devenus très populaires, grâce entre autres au Français Patrick Blanc, le docteur en biologie végétale qui réinventa les murs de plantes il y a une vingtaine d’années. Plus connu à l’échelle internationale depuis la parution de son ouvrage Être plante à l’ombre de forêts tropicales (Éditions Nathan, 2002), l’homme a à son actif une liste impressionnante de réalisations dans plusieurs pays. Nul doute qu’il a inspiré plusieurs créateurs de murs végétaux partout sur la planète.

Les températures clémentes qui règnent en France et dans plusieurs pays d’Europe offrent une plus grande latitude aux constructeurs de murs, les végétaux n’ayant pas à souffrir d’hivers très rigoureux. Chez nous, c’est ce qui limite la réalisation de ces ouvrages. Mais d’autres façons de construire des murs végétaux existent. La plus accessible ? Un alignement tout simple de plantes grimpantes qui s’accrochent d’elles-mêmes aux aspérités du mur. Il suffit d’une bande de terre de quelques dizaines de centimètres au pied d’une construction verticale, et voilà! Ainsi, certaines propriétés sont pratiquement couvertes de verdure, pour un look tout à fait extraordinaire!

Vigne vierge © Patrick Laberge

La vigne vierge est probablement l’espèce la plus propice pour la réalisation de ce type de mur. Sa croissance est rapide, et ses limbes aux multiples folioles camouflent très efficacement les parois. Elle produit, en automne, quantité de grappes lâches de petits raisins d’un bleu profond, qui font la joie des oiseaux. Ces fruits persistants sont également très décoratifs. Il est évidemment possible de faire appel à d’autres espèces, comme le lierre de Boston ou l’hydrangée grimpante. Cette dernière, que l’on dit rustique jusqu’en zone 4, produit une ravissante floraison.

Pour grimper et bien s’accrocher, certaines espèces ont besoin de supports. Elles utilisent pour ce faire leurs tiges volubiles, leurs racines crampons ou encore leurs vrilles. Pensons au houblon, au chèvrefeuille ou à la clématite. Les fleurs gigantesques de cette dernière sont extrêmement attrayantes, mais elle est réservée aux plus patients, car sa croissance est lente. Encore plus intéressantes sont les espèces alimentaires : kiwi, haricot et mieux, vigne à raisins. Les kiwis sont des arbustes grimpants aux tiges ligneuses solides et résistantes. Il est nécessaire de planter un plant mâle et un plant femelle si l’on veut récolter des fruits. C’est la durée de nos saisons de croissance qui limite en hauteur la taille du kiwi, comme d’ailleurs celle de toutes les autres grimpantes vivaces.

Joindre l’utile à l’agréable
Mais parlons vignes à raisins. La sagesse populaire dit que les raisins ne poussent que dans les climats chauds. Pourtant, plusieurs espèces résistent à nos hivers québécois, et quelques-unes sont même indigènes au Canada : Vitis labrusca, commune sur la côte est, et Vitis riparia, rustique au Québec en zone 2. Cette dernière produit de petites baies bleues, comestibles à la fin de l’été. Très appréciées des oiseaux, elles demeurent sur le plant bien après la chute des feuilles, et leur taux de sucre augmente avec les gelées nocturnes qui deviennent plus fréquentes en septembre et octobre. Elles peuvent alors être récoltées et consommées ou cuisinées comme le seraient les raisins de table sucrés. Certaines vignes à raisins dites modernes peuvent aussi être cultivées en mur végétal. Citons par exemple les cultivars Montreal Blue, Magenta ou Prairie Star. D’autres sont un peu moins contemporaines, mais parfaites pour la culture en zone « froide ». Vitis Ste-Croix, par exemple, est très rustique. Elle produit en septembre de belles grappes de fruits bleus peu acides. Le cultivar Fredonia est un peu moins rustique et produit de beaux raisins rouges en grappes serrées. La hauteur des vignes varie entre 2 et 30 mètres à maturité. Cependant, il est tout à fait possible de diriger les grandes branches volubiles vers de plus hauts sommets.

Clématite © Patrick Laberge

Pour la réalisation d’un mur végétal temporaire, il existe une espèce indigène du Québec, l’amphicarpe bractéolée, qui fait très bien l’affaire. Sa croissance, bien que tardive au printemps, est par la suite presque fulgurante : une dizaine de centimètres par jour! Elle demande un support pour grimper : ses minces tiges volubiles, tendres et grêles, s’enroulent autour de toute structure apposée à une distance d’environ 2 ou 3 centimètres d’un mur. Ses petites fleurs bleutées sont très discrètes. La plante meurt en automne, après avoir produit quantité de graines qui germent très facilement. Si le support demeure en place, les résidus séchés y persistent également, ce qui confère au mur une certaine protection contre les éléments. Au printemps, les nouvelles pousses s’accrochent à ces restes, et couvrent rapidement l’espace disponible. Après un certain nombre d’années, les structures sur lesquelles se sont appuyées les tiges pour leur croissance initiale ont pratiquement disparu sous les restes séchés.

Guide montréalais
Anne-Marie Bernier, une biologiste spécialisée en écologie végétale, a récemment publié, en collaboration avec le Centre d’écologie urbaine de Montréal, le guide Les plantes grimpantes, une solution

ecologieurbaine.net

rafraîchissante. Mme Bernier répond à des questions aussi fondamentales que celle-ci : les plantes grimpantes abîment-elles les murs ? « Absolument pas !, répond-elle. En fait, sur un mur dont le parement est intact, c’est plutôt le contraire qui se produit : il est protégé des éléments extérieurs, et demeure en bonne condition beaucoup plus longtemps ». Le document s’avère aussi une mine d’informations incomparable sur l’histoire, la pertinence, la fonction et la beauté des murs végétalisés. Leur atout principal ? « En quelques mots, un mur végétal procure un avantage pour le bâtiment, pour la qualité de l’environnement, mais aussi, et peut-être surtout, pour la qualité de vie de la collectivité », affirme Mme Bernier.

Des murs en banlieue aussi
En banlieue, les parois murales végétalisées sont peu répandues, ce sont plutôt les haies qui ont la côte. Bien qu’elles soient généralement éloignées du bâtiment principal, elles dispensent également énormément de services et de bienfaits. L’utilité première du mur végétal en banlieue est la création d’une barrière d’intimité entre les voisins. Les règlements municipaux imposent presque partout une hauteur limite pour les clôtures de bois, de fer, etc., alors que les haies peuvent s’élever très haut sans qu’une infraction soit commise !

Les banlieusards d’aujourd’hui ont choisi le thuya (cèdre blanc) en guise de mur séparateur. Il procure en effet, à moyen terme, une barrière d’intimité très efficace. Cependant, en raison de sa très grande densité, il n’est pas le meilleur choix pour « briser » le vent. Afin d’être efficace, la densité du feuillage d’une haie brise-vent doit atteindre environ 50 %. Les thuyas cultivés sont beaucoup plus denses, et créent parfois des turbulences désagréables à leur base. Malgré tout, l’espèce est devenue tellement populaire qu’il est impossible de parcourir les rues d’une agglomération sans en voir au moins quelques spécimens implantés en forme de haie.

Cependant, tous les types de végétaux sont utilisés pour former des haies. Au cours des dernières années, une « nouvelle » espèce a fait son apparition : le saule à croissance rapide. Indigène au Québec, il est parfaitement adapté à notre climat rigoureux, et sa hauteur maximale peut atteindre 9 mètres. Sa croissance, réputée extraordinairement vigoureuse, attire l’amateur qui souhaite implanter rapidement une haie séparatrice.

Croissance parfois décevante
Au printemps 2011, j’ai mis en terre 50 boutures de saule d’une vingtaine de centimètres de hauteur. Toutes portaient environ 4 ou 5 bourgeons dormants. Bilan ? Décevant… On m’avait fait miroiter une croissance d’environ 2 à 3 mètres pour la première saison : les quelques plus hautes tiges n’ont atteint que 120 centimètres. La majorité du lot s’élevait plutôt à 50 centimètres. Alors qu’on disait l’espèce résistante aux insectes, plusieurs tiges ont subi les attaques répétées d’une armée de pucerons. D’autres ont été envahies de minuscules chenilles vertes, des ogresses, à vrai dire. De mystérieuses brûlures ont ravagé les bourgeons terminaux. Enfin, plusieurs bourgeons ont avorté.

La morale de cette histoire? Une plante est un organisme vivant. En tant que tel, elle ne répond pas toujours exactement aux normes habituelles pour l’espèce. Heureusement, l’implantation d’un mur végétal demeure généralement aisée, et le résultat, vraiment satisfaisant. Je ne me laisserai donc pas abattre par ce début apathique, car, je le sais bien, c’est au fil des saisons que l’espèce choisie s’adaptera pleinement à son environnement, s’épanouissant toujours plus joliment, pour mon plus grand plaisir.

Vous voulez un mur végétal intérieur dans votre maison ? De très nombreuses techniques existent, et quelques entreprises au Québec (visitez envirozone.ca à Montréal et fleursdujour.ca à Québec) se sont spécialisées dans cette forme de jardinage vertical. Vous pouvez aussi vous procurer le livre de Jean-Michel Groult, Créer un mur végétal en intérieur et en extérieur, publié aux Éditions Eyrollees en 2008. Bien qu’il nous provienne d’outre-Atlantique, ce livre propose au bricoleur une foule de trucs et de techniques adaptables au contexte nord-américain. Allez-y gaiement!

www.eyrolles.com

Pour en savoir davantage
ecologieurbaine.net/plantes-grimpantes
murvegetalpatrickblanc.com
greenovergrey.com
greenroofs.com  

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1 Response

  1. Julien

    J’aimerais savoir si un mur de vigne pourrait amener d’avantage de fournis charpentières à notre maison, pour le moment nous contrôlons bien le problème, mais nous ne voudrions pas l’aggraver tout de même. Pouvez-vous élaborer sur les possibles inconvénients des murs végétales, ainsi que les façons de les gérer? Merci.

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