La résidence du Lac Louise, construite par Écohabitations Boréales, est certifiée LEED Argent.

La résidence du Lac Louise, construite par Écohabitations Boréales, est certifiée LEED Argent.

Quels sont les coûts supplémentaires d’une construction écologique ? Pour y répondre, nous utiliserons les catégories du système LEED pour les habitations et présenterons les surcoûts d’un projet visant une certification LEED Argent et Novoclimat 2.0.

1. Innovation et processus de conception (coûts additionnels : 0 $)

Cette catégorie concerne les étapes préliminaires d‘un projet comme l’établissement d’objectifs de performance pour le futur bâtiment, l’intégration de stratégies vertes, et la concertation avec les membres de l’équipe. Sans ajouter de coûts directs au projet, ces étapes représentent une occasion de planifier les travaux adéquatement afin de limiter les erreurs en cours de construction. C’est aussi à cette étape que l’on en profite pour intégrer des mesures d’efficacité énergétique simples, comme un design solaire passif optimisé au site, qui peuvent avoir une influence importante sur la performance d’un bâtiment et la qualité de vie des occupants sans qu’il y ait de coûts additionnels.

2. Emplacement et liaisons (coûts additionnels : 0 $)

Cette catégorie récompense la proximité du bâtiment aux services et aux infrastructures de transport. Elle favorise ainsi les projets en milieu urbain. Bien que le coût des terrains soit plus élevé dans les villes qu’en milieu rural, cette catégorie n’ajoute aucun coût additionnel au bâtiment comme tel. Elle pourra par contre avoir des effets concrets importants sur le bilan environnemental du bâtiment et de ses occupants.

3. Aménagement écologique des sites (coûts additionnels : 0 $)

L’obtention d’une certification LEED Argent n’exige pas de mesures extraordinaires sur le plan de l’aménagement du terrain. Au contraire, elle favorise des aménagements naturels, l’utilisation de plantes et couvre-sol indigènes et de matériaux perméables à l’eau. Ces stratégies permettent de limiter les coûts encourus pour le terrassement, et à moyen et long terme, de diminuer les coûts d’entretien (ex. engrais, tonte, arrosage).

4. Gestion efficace de l’eau (coûts additionnels : 0 $)

La réduction de 25 % à 40 % de la consommation d’eau dans une maison n’ajoute pas de coûts additionnels puisque les fabricants proposent maintenant une foule de robinets, toilettes et autres équipements à faible consommation d’eau au même prix que les équipements classiques.

L’atteinte des objectifs LEED requiert plutôt un minimum de recherche et d’analyse sur la performance des appareils de plomberie. Dans les habitations équipées de compteurs d’eau ou d’un puits artésien, l’atteinte des objectifs LEED représente une économie de coûts d’exploitation plutôt qu’une dépense additionnelle.

5. Énergie et atmosphère (coûts additionnels : 10 500 $)

Cette catégorie est la plus importante en ce qui concerne le nombre de points LEED récoltés dans le processus de certification. Dans les climats nordiques, elle représente l’essentiel des surcoûts d’une maison écoénergétique par rapport aux surcoûts d’une maison construite de façon traditionnelle. L’efficacité d’une maison performante passe par deux éléments essentiels, soit l’augmentation de la résistance thermique de l’enveloppe du bâtiment (facteur R), et une grande étanchéité à l’air. À titre d’exemple, comparons un bâtiment visant la certification Novoclimat 2.0 et capable d’obtenir une cote EnerGuide pour les maisons de 80 (minimum exigé pour obtenir une certification LEED) et une maison de 2 500 pieds carrés de même grosseur construite selon le code de construction actuellement en vigueur.

Les surcoûts suivants sont à prévoir :

  • Isolation thermique supérieure des dalles de béton : 3 000 $
  • Isolation thermique supérieure des murs : 4 000 $
  • Isolations thermique supérieure de la toiture : 500 $
  • Réduction des infiltrations d’air : 3000 $ (1 $/pi²)

6. Matériaux et ressources (coûts additionnels : 1 500 $)

Cette catégorie se rapporte à l’utilisation de matériaux écologiques, locaux et non toxiques ainsi qu’à la réduction des déchets de chantier générés par la construction. Tout comme pour le choix des appareils de plomberie, il est possible de se procurer des matériaux d’isolation, de structure et de finition écologiques à des prix semblables à ceux des matériaux affichant un bilan environnemental moins reluisant. De nos jours, les fabricants proposent une foule de matériaux intéressants, et pour obtenir des résultats exceptionnels dans cette catégorie, il importe plus de faire des recherches que d’investir des montants additionnels. Posez des questions à vos fournisseurs à propos de la composition, la provenance et la fabrication des matériaux. De plus, vous trouverez sur le Web plusieurs fiches techniques et de nombreuses informations pertinentes qui vous aideront à faire vos choix. Il faut prévoir des surcoûts d’environ 500 $ pour acheter du bois local certifié FSC (Forest Stewardship Council) et de zéro à 1 000 $ pour assurer une gestion adéquate des déchets de construction selon votre localité, que vous soyez entrepreneur ou autoconstructeur.

7. Qualité des environnements intérieurs (coûts additionnels : 877 $)

Cette catégorie porte sur la bonne qualité de l’air dans le bâtiment. Dans une maison très étanche, il est essentiel d’assurer une ventilation adéquate. L’installation d’un ventilateur récupérateur de chaleur (VRC) qui distribue l’air frais dans chaque pièce et contrôle le taux d’humidité est bénéfique pour la santé des occupants et favorise la durabilité du bâtiment en réduisant les risques de condensation qui encourage la croissance de moisissures. Offrant un taux de récupération de chaleur de 60 % et installé avec des conduites rigides, un tel système représente un surcoût de 377 $ (115 $ d’installation et 262 $ de matériel) pour une maison de grosseur moyenne, comparativement à l’installation d’un VRC de moindre qualité exigée dans le nouveau Code de construction québécois, selon Nicolas Bégin, porte-parole du ministère des Ressources naturelles.

D’autre part, le programme LEED requiert l’installation d’un système de base permettant si nécessaire d’atténuer la concentration de radon (gaz cancérogène s’infiltrant du sol) dans une maison. Il s’agit de poser un conduit de ventilation sous la dalle de béton et de le monter jusqu’à 12 po [30 cm] au dessus de cette dernière, ce qui coûte tout au plus 300 $. Si un test de radon s’avère que la concentration dépasse la ligne directrice de Santé Canada en la matière, le conduit sera raccordé à un ventilateur d’extraction qui pourra dépressuriser l’air sous la dalle afin de réduire l’infiltration du radon.

Enfin, les appareils de combustion doivent être reliés à une entrée d’air frais pour éviter de dépressuriser le bâtiment lorsqu’ils sont utilisés (200 $).

Bref, nous évaluons les surcoûts d’une maison de 2 500 pi² certifiée LEED Argent et Novoclimat 2.0 à environ 13 400 $. Sachant qu’aujourd’hui la construction résidentielle coûte en moyenne 140 $/pi², il s’agit d’un surcoût de moins de 5 % par rapport au coût d’une maison construite selon le code de construction en vigueur. Précisions que ces coûts incluent l’excavation, les fondations, le puits, l’installation septique, la finition intérieure (incluant le sous-sol en rez-de-jardin) et extérieure.

Dans un prochain article, nous tenterons d’évaluer la rentabilité économique d’une construction écoénergétique, tout en tenant compte du fait que l’on construit vert davantage par principe – pour notre santé et celle de la planète – que pour des raisons financières.

Robin Gauthier-Ouellet est propriétaire d’Écohabitations Boréales. Il est le leader québécois de la construction de maisons unifamiliales LEED, avec huit maisons certifiées et sept autres en voie de certification, en date du 24 janvier 2014.

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