Les maisons usinées se mettent au vert (réservé)

Les maisons usinées se mettent au vert (réservé)

 

L'un des grands atouts des maisons usinées est qu'elles se trouvent souvent plus isolées que la plupart des maisons classiques. Certaines, comme les maisons Énergéco Concept, sont mêmes certifiées LEED. © Énergéco Concept

L’un des grands atouts des maisons usinées est qu’elles se trouvent souvent mieux isolées que la plupart des maisons classiques. Certaines, comme les maisons Énergéco Concept, sont mêmes certifiées LEED. © Énergéco Concept

Souvent mieux isolées et de meilleure qualité que les maisons classiques, certaines sont même certifiées Novoclimat 2.0 et LEED. Mais pourquoi les maisons usinées vertes sont-elles si rares?

Un dossier réalisé en collaboration avec Stéphane Gagné

Depuis toujours, les fabricants de maisons usinées nous vantent avec raison les vertus de leurs produits par rapport aux maisons construites sur chantier. Mais lesquels misent davantage sur l’écologie et la santé? Pour séparer le bon grain de l’ivraie, nous en avons contacté plusieurs et avons demandé l’avis de spécialistes indépendants.

Un marché en croissance

D’abord, soulignons que, bien que le marché de la maison usinée soit encore marginal, ce produit jouit d’une très bonne réputation, si bien que la demande est appelée à croître fortement. Selon l’Institut canadien de l’habitation usinée, celle-ci représentait 11 % (en 2012) de toutes les mises en chantier de maisons unifamiliales au Canada. Depuis 2005, ce pourcentage oscille en moyenne entre 12 et 14 %, avec un pic à près de 16 % en 2007. « Je pense que l’industrie est affectée par la baisse de commandes de maisons neuves, mais la part de marché serait tout de même en croissance », selon Yves Côté, coordonnateur de la SQMH, qui compte parmi ses membres 12 fabricants qui selon lui construisent « probablement plus de 85 % » des maisons usinées au Québec. Il n’a toutefois pas pu nous fournir des statistiques sur le chiffre d’affaires de son industrie. Par contre, l’économiste Marc Vézina, de la Société d’habitation du Québec, affirme que la demande pour ce genre de maison explose dans de nombreux pays. « D’ici 15 ans, selon des études albertaines et britanniques, la moitié de tout ce qui se construira nous arrivera en modules ou sous forme de panneaux à assembler », a-t-il affirmé dans le magazine L’actualité de janvier 2017. Cette tendance s’explique par les avantages de construire en usine et par les limites de la construction sur chantier.

Construites au sec

Avant tout, les maisons usinées sont un synonyme de contrôle de la qualité, une vertu essentielle de durabilité. Contrairement aux maisons bâties sur chantier, elles ne font pas l’objet d’inspections — rares et aléatoires — d’autorités compétentes comme une municipalité ou la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Par contre, le Code de construction du Québec exige que les maisons entièrement assemblées en usine soient certifiées conformes à la norme CAN/CSA-A277, « Mode opératoire visant la certification en usine des bâtiments ».  « La certification des fabricants est basée sur un programme de contrôle de la qualité de l’usine qui, conjointement avec les modes opératoires de conception, doit permettre d’obtenir des produits toujours conformes aux exigences pertinentes. L’appareillage, les modes opératoires et le personnel doivent être inclus dans le programme », explique la RBQ. Il s’agit d’un gros avantage, selon Renaud de Larochellière, ancien directeur chez Maison Laprise et conseiller chez Aube Architecture, la nouvelle entreprise spécialisée dans l’accompagnement et la conception de projets d’habitation écologique fondée par Solution ERA : « En vertu de cette certification, les fabricants seront soumis notamment à des inspections périodiques faites au hasard en usine. Tous les matériaux utilisés devront aussi avoir fait l’objet de tests par des laboratoires approuvés par le Centre canadien des matériaux de construction (CCMC). Plusieurs fabricants possèdent déjà cette certification, mais à partir de décembre 2016, elle sera obligatoire. »

Côté matériaux écologiques, l’emploi des produits sans colle d’urée-formol devient la norme parmi les fabricants de maisons. La plupart s’approvisionnent aussi localement le plus possible. Plusieurs, comme Énergéco Concept et Les Habitations Mont-Carleton, affirment utiliser du bois certifié FSC (Forest Stewardship Council) provenant de forêts exploitées durablement et éthiquement.

Ensuite, les fabricants mettent évidemment l’accent sur l’avantage le plus connu de la construction en usine, soit le fait que la maison soit bâtie à l’abri du climat. « Pas besoin de la vider de la neige en commençant le matin! », souligne Yves Côté, coordonnateur de la Société québécoise des manufacturiers d’habitation (SQMH). « La maison usinée se construit beaucoup plus vite et sèche plus rapidement. Ça, ça fait vraiment notre affaire », dit l’architecte André Bourassa, président sortant de l’Ordre des architectes et ancien formateur d‘investigateurs en qualité de l’air intérieur pour la Société canadienne d’hypothèques et de logement.

Les fabricants utilisent tous du bois débité sec (teneur en humidité maximale de 19 % estampillé S-DRY) qui « aura déjà manifesté ses défauts de séchage, s’il y en a », explique le Conseil canadien du bois. Comme il ne tordra et ne rétrécira plus significativement, il ne provoquera pas de fissures de retrait dans les murs de gypse. De plus, le bois sec n’encourage pas la croissance de moisissures, lesquelles peuvent faire pourrir le bois non séché et engendrer des problèmes de santé chez les occupants. Si jamais le bois séché est mouillé, il sèchera plus rapidement qu’un bois « vert » (plus de 19 % d’humidité, S-GRN). Mais ce n’est plus un avantage des maisons usinées comme autrefois, précise Renaud de Larochellière :  « Plus personne n’utilise de bois vert pour construire, sauf certains autoconstructeurs inexpérimentés. L’avantage de la maison usinée réside beaucoup plus dans le fait qu’elle ne sera jamais exposée aux intempéries avant d’être fermée. Elle ne pourra donc pas emprisonner d’humidité dans ses murs, ce qui prévient les problèmes de moisissures si le reste des travaux est bien exécuté. »

Ingénierie avancée

Ce dernier insiste aussi sur les importantes innovations permises par les techniques de design et d’ingénierie avancées, comme ces cuisines, salles de bains et salles mécaniques préfabriquées, qui s’installent comme des électroménagers. De meilleure qualité et évitant les erreurs de chantier, ces modules très populaires dans les hôtels et condos en Europe et en Asie économisent sur les coûts de main d’œuvre, car ils s’installent plus rapidement sans faille, indique l’entreprise KBpods, de Westmount : « Parce que, comme pour les voitures, la façon la plus simple, rapide et économique de construire des composantes de bâtiments de meilleure qualité passe par la fabrication et l’assemblage de précision en usine. Nécessitant plus de 50 interventions de la part de huit corps de métier différents, la construction en chantier de cuisines et salles de bains constitue l’une des phases les plus complexes et délicates de toute construction traditionnelle d’hôtels et de bâtiments multirésidentiels; il est très difficile d’y éviter les longs et coûteux rappels que nécessitent les nombreux travaux mal exécutés. Grâce aux modules KBpods entièrement inspectés en usine, vous pouvez maintenant vous éviter ces dépenses et tracas inutiles. »

Les 3RV

La construction de plusieurs maisons en usine réduit aussi beaucoup le gaspillage de matériaux : les méthodes de préfabrication sont axées sur la récupération, le réemploi, le recyclage ou la valorisation de la plupart des matériaux comme le bois, le gypse, le métal et certains plastiques, ce qui réduit la quantité envoyée à l’enfouissement. Par exemple, dans les deux usines des Industries Bonneville, le coprésident Dany Bonneville affirme avoir investi beaucoup dans une machinerie de précision qui effectue des coupes précises, minimisant ainsi les pertes. Marc Ratté, directeur technique chez le fabricant Maisons usinées Côté, de Saint-Lin (Laurentides), compte même récupérer et recycler l’emballage de plastique protégeant les modules durant leur transport.

Tous les fabricants s’équivalent en matière de réduction des déchets, selon Emmanuel Cosgrove, directeur d’Écohabitation et responsable de la certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design) pour les habitations au Québec. « Que leurs maisons soient en panneaux ou en modules, elles peuvent toutes obtenir quatre points LEED pour leurs charpentes avancées. C’est de l’optimal engineering (ingénierie optimale) axé sur la réduction des pertes. On compare donc des pommes avec des pommes. Mais à part Énergéco Concept qui inclut les coûts de la certification LEED dans ses prix, les autres devraient faire du prêt-pour-LEED avec la certification en option pour x $ de plus. »

Outre l’optimisation de l’utilisation du bois, les forces des fabricants, selon M. Cosgrove, consistent en leur offre, généralement, de services de design très efficaces, de kits pour autoconstructeurs, d’enveloppe du bâtiment étanche et bien isolée, ainsi que de respect d’une date de livraison précise moyennant un surcoût. « Un bon indicateur d’usine rodée s’avère le service d’installation : vont-ils partout à travers la province? Batitech, du Bas-Saint-Laurent, fait des murs classiques mais livre partout, tout le temps. » Emmanuel Cosgrove ajoute toutefois qu’il faut se méfier de certains fabricants qui ne respectent pas les plans de leurs clients. L’un d’eux « n’a pas suivi les plans d’un architecte et la maison ne convenait pas quant à la fondation! »

LEED facilite les choses

Trouver un site sain et écologique représente déjà tout un défi : le terrain idéal se situe près d’espaces verts, d’infrastructures existantes et du transport en commun, et loin de sources de pollution (usines, autoroutes, antennes, perturbations géomagnétiques détectées par un géobiologue, etc.). Mais distinguer les qualités écologiques des maisons s’avère encore plus complexe. Bien qu’il ne se préoccupe pas d’électrosmog, le système d’évaluation LEED facilite les choses (lire les critères de cette certification à multiples niveaux sur ecohabitation.com/leed). Fait surprenant, un seul fabricant offre la maison certifiée LEED comme produit standard : Énergéco Concept, de Rivière-Rouge (Laurentides). Il évite ainsi au consommateur la longue et compliquée recherche des diverses qualités souhaitées (salubrité, haute efficacité énergétique, matériaux et techniques écologiques et durables, aménagement écologique du site, etc.).

Selon Emmanuel Cosgrove, avant tout, ce sont les matériaux employés qui distinguent les maisons vertes des résidences classiques. « Nous avons un projet d’étude sur les coûts récurrents des produits non durables. Les revêtements muraux en vinyle, les planchers laminés flottants et les toitures en bardeaux d’asphalte ne sont pas dignes de nos pages vertes. C’est le trio des grands coûts écolos récurrents car leur durée de vie est courte. »

Concours du plus bas prix

La majorité des constructeurs — sur chantier ou en usine — feront valoir qu’ils utilisent ces matériaux moins chers pour répondre à la demande pour des maisons abordables. Le problème, c’est que le consommateur moyen ne tient compte que du prix d’achat d’une maison et non de ses frais d’occupation et d’entretien. Il se fait leurrer par le prix affiché, par exemple d’un kit à 120 000 $ sans finition. « La coquille, ce n’est pas cher, ça représente environ 25 % du prix d’une maison », rappelle Emmanuel Cosgrove.

Pourtant, en général, la maison usinée est plus chère que la maison classique, selon lui, et ce même si fabriquée par des ouvriers non syndiqués. « Les gros joueurs ont tendance à être plus chers, affirme M. Cosgrove. Ils ont probablement de la difficulté à concurrencer les équipes de charpente qui montent l’ossature sur chantier parce qu’ils ont de grosses structures et investissent plus dans le marketing. » Yves Côté, de la SQMH, nuance : « Ce n’est pas toujours plus cher. Le prix peut être le même, mais la maison usinée aura des murs intérieurs en [montants de] 3×5 po au lieu de 2×4 po. Elle doit être plus solide, car il faut qu’elle résiste au transport. »

S’il y a si peu de maisons usinées écologiques au Québec, c’est peut-être parce que certains fabricants se sont cassé les dents après s’être lancés dans ce marché. Par exemple, Maisons Alouette n’a pas récupéré sa mise dans le cadre du défunt programme fédéral Équilibrium de maisons solaires à consommation d’énergie nette zéro. Sa maison ÉcoTerra (lire notre dossier ici) avait des murs 38 % plus éconergétiques que des murs ordinaires, mais son surcoût était surtout associé à sa toiture solaire photovoltaïque-thermique. L’entreprise a fermé ses portes après avoir vendu son usine de Sainte-Anne-de-la-Rochelle aux Industries Bonneville. Chez Modulex International, l’option de murs isolés à la laine de roche et même en 2×8 n’a pas trouvé preneur. L’entreprise a fait faillite en 2015, après 50 ans d’exploitation. Dany Bonneville affirme aussi avoir construit des maisons plus écologiques, mais, selon lui, leur coût était trop élevé pour ses clients. Il dit toutefois proposer des innovations, telle la construction sur pieux plutôt que sur fondations dont la fabrication du béton est très énergivore.

Et il y a aussi le problème de l’accessibilité à la propriété. Le ratio de la dette au revenu des ménages canadiens grimpe à 166,9 %, annonçait La Presse du 14 décembre 2016. Pas surprenant que la SCHL ait encore resserré ses règles hypothécaires, le 17 octobre dernier. Elle exige désormais que tout prêt faisant l’objet d’une d’assurance hypothécaire (obligatoire quand la mise de fonds est inférieure à 20 %) fasse l’objet d’une simulation de crise pour vérifier si l’emprunteur pourra rembourser son emprunt hypothécaire si le taux d’intérêt augmentait. Et pour se qualifier pour un prêt hypothécaire, les dettes globales de l’acheteur ne doivent pas dépasser 44 % de son revenu.

« Le resserrement hypothécaire risque de nuire à 74 000 ménages actuellement aptes à devenir propriétaires », selon l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), qui s’attend à ce que le nombre de mises en chantier chute de 18 % en 2017. En somme, « le client est obligé de rapetisser sa maison de 20 %. Ça va affecter beaucoup le marché, car le client a besoin de 20 % plus d’argent, il doit faire un choix », explique le président de Maison Laprise, Daniel Laprise. Nous sommes obligés d’offrir une gamme de maisons plus accessibles. Le coût des terrains est tellement élevé, tout comme les coûts de construction, il y a donc moins d’acheteurs potentiels. »

D’ailleurs, cette situation joue en faveur des fabricants de maisons usinées, ajoute M. Laprise. « En région, où le préfab est plus connu qu’à Montréal, de gros entrepreneurs courent après nous ces jours-ci, la culture change. Ils trouvent moins cher d’acheter des murs usinés pour faire des maisons à moindre coût et de plus grande qualité. On ne voyait pas ça avant, ce sont de grosses sociétés rentables qui considèrent que c’est logique d’opter pour l’usiné. La main d’œuvre qualifiée est plus rare sur les chantiers, les jeunes s’en vont de plus en plus en informatique. »

Novoclimat 2.0

Depuis le lancement du programme Novoclimat en 1998, il s’est construit des centaines de ces maisons à haute efficacité énergétique certifiées par le gouvernement. Mais parmi la quarantaine de fabricants de maisons québécois, aujourd’hui très peu participent à la nouvelle version du programme, Novoclimat 2.0, lancé en 2013 par le Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques (BEIE). Sur 432 maisons homologuées, seulement 24 sont usinées, selon Nicolas Bégin, porte-parole du BEIE, quoique «  certaines sont inscrites par un entrepreneur général plutôt que par le fabricant lui-même ».

Fondé en 1989, Maison Laprise est le seul fabricant faisant partie du Groupe Sélect Novoclimat depuis 1998. Cela signifie qu’au moins 90 % des maisons qu’il assemble sur chantier sont homologuées Novoclimat 2.0 par le BEIE. Quel pourcentage le sont? « Malheureusement, il s’agit d’informations sensibles que nos compétiteurs aimeraient bien avoir et je ne suis pas autorisé à les transmettre », précise Stéphane Lessard, directeur de l’immobilier chez Laprise. Comme d’autres, ce manufacturier possède une licence d’entrepreneur général qui lui permet d’assembler ses maisons chez le client. Mais alors que certains préfèrent livrer leurs maisons clés en main, chez Laprise on recommande aux clients de se charger des travaux de finition comme la peinture et la pose des revêtements de plancher.

Ce fabricant, qui s’est doté d’une ligne de montage automatisée pour le multilogement, est réputé pour ses murs à double ossature isolés au polystyrène expansé. Toutefois, Daniel Laprise propose aussi la laine de roche, car elle ne retient pas l’humidité. « Il n’y aura pas de bactéries ou de moisissures dans le mur si jamais de l’eau devait s’y infiltrer. À long terme, la laine de verre amène des complications… »

Surcoût éliminé par la subvention

Une maison homologuée Novoclimat 2.0 coûte environ 6 500 $ plus cher qu’une maison classique, selon le BEIE. Heureusement, depuis le 4 octobre 2016, ce surcoût peut être éliminé, car la subvention de 1 000 $ offerte tant aux acheteurs qu’aux constructeurs de ces maisons a été bonifiée, pouvant maintenant atteindre 6 500 $ (4 000 $ pour un premier acheteur et 2 500 $ pour un entrepreneur membre du Groupe Sélect). « La nouvelle subvention va nous aider », dit Daniel Laprise en soulignant que cela laissera une marge de manœuvre aux gens qui veulent s’offrir une maison plus écologique. Son directeur de la gestion immobilière, Stéphane Lessard, le confirme : « Je peux vous affirmer qu’on peut obtenir un surcoût de 6 500 $ pour atteindre la base requise afin d’obtenir l’homologation Novoclimat 2.0 pour les maisons construites dans la zone sud que nous appelons à l’interne « Zone Haute Performance ». Bien sûr, il est possible d’ajouter plusieurs options pour augmenter encore l’efficacité du bâtiment, mais celles-ci engendrent des coûts additionnels. »

Tourné vers l’avenir, Daniel Laprise dit songer à offrir des maisons de taille modeste ou même des minimaisons solaires passives qui tendent vers l’autosuffisance énergétique. « D’ici quelques années, on pourrait installer sur les toits des tuiles solaires qui ressemblent à de l’ardoise et garanties 30 ans. Il faut s’adapter au marché, les jeunes de 20 ans qui représentent nos futurs clients sont plus sensibles aux nouvelles technologies. Quand ils voudront s’acheter une maison, dans 5-6 ans, on va être prêts. Il faudrait même un label pour dire qu’une maison consomme tant de carbone; c’est sûr que le bois prendra beaucoup plus de place à l’avenir. »

Il n’y a donc plus de raison de ne pas acheter une maison homologuée Novoclimat 2.0 puisqu’elle coûte 20 % moins cher de chauffage qu’une habitation construite selon le Code de construction du Québec. Elle satisfait à des exigences de performance détaillées et fait l’objet d’inspections indépendantes assurant la qualité de son isolation, son étanchéité et son système de ventilation. De plus, l’acheteur pourra obtenir une remise sur la prime d’assurance hypothèque de la SCHL et des rabais sur le taux hypothécaire sont également offerts par certaines institutions financières.

Critères d’admissibilité

M. Bégin explique que le BEIE a apporté divers changements au programme. « La version précédente de Novoclimat offrait l’attestation de performance aux propriétaires qui achetaient une maison en kit ou modulaire d’un fabricant de maisons usinées accrédité Novoclimat Sélect [mais non certifiées par le programme]. L’entrepreneur recevait une aide financière d’un peu plus de la moitié comparativement à celle offerte quand la maison était certifiée. Des problèmes ont été rencontrés avec les attestations de performance, entre autres lorsque le premier acheteur et parfois même le deuxième (lors de la revente) étaient convaincus qu’ils avaient acheté une maison certifiée Novoclimat alors que cela n’était pas le cas — l’attestation de performance garantissait seulement que le kit expédié par le fabricant répondait aux exigences Novoclimat. Ces maisons n’étaient pas nécessairement construites entièrement par un entrepreneur accrédité et aucune inspection n’avait lieu en cours de construction, ce qui dans certains cas ne donnait pas les résultats escomptés. »

« Les maisons usinées peuvent être admissibles au programme Novoclimat 2.0 si elles sont construites et assemblées par des entrepreneurs certifiés Novoclimat 2.0, souligne le site du BEIE. Lors de l’assemblage en particulier, l’entrepreneur certifié devra prendre sous sa responsabilité et respecter toutes les exigences Novoclimat 2.0, par exemple :

  • les fondations;
  • l’assemblage de tous les matériaux;
  • l’isolation;
  • l’installation du ventilateur récupérateur de chaleur (VRC) par un spécialiste en ventilation certifié Novoclimat 2.0;
  • l’installation d’un appareil de chauffage conforme. »

L’homologation n’est toutefois pas offerte aux maisons vendues à des autoconstructeurs ou avec tâches partagées. « La raison pour laquelle peu de manufacturiers de maisons usinées offrent la certification Novoclimat 2.0, explique Renaud de Larochellière, c’est qu’elle leur exige de gérer la fondation en tant qu’entrepreneurs généraux. Or, la plupart des entreprises en usine ne désirent pas gérer cette partie des travaux, car les conditions du terrain les influencent énormément. C’est souvent rempli d’imprévus plutôt difficiles à gérer avec les clients quand les budgets se trouvent limités. Les principes d’usinage sont mis en place pour anticiper les imprévus, pas les gérer. » « Beaucoup de sites campagnards s’avèrent compliqués, surtout ceux en pente, près des plans d’eau ou dont la nappe phréatique est élevée », ajoute l’architecte et inspecteur en bâtiment montréalais Morris Charney. En montagne, celui-ci recommande d’aménager de profondes tranchées de diversion des eaux de ruissellement.

De toute façon, beaucoup de clients préfèrent poser l’échangeur d’air eux-mêmes alors que pour obtenir l’homologation Novoclimat 2.0, un professionnel doit installer un ventilateur récupérateur de chaleur haute efficacité et s’assurer que l’amenée d’air frais et l’évacuation d’air vicié sont équilibrées, explique Yves Côté, de la Société québécoise des manufacturiers d’habitations. « Construire une maison Novoclimat 2.0 coûte plus cher. Beaucoup de gens achètent un prix et certains de nos membres ont perdu des ventes parce qu’ils promouvaient Novoclimat. Quand tu perds trois ventes, t’arrêtes d’en parler. Tous nos fabricants peuvent en bâtir une et sont d’avis que c’est mieux, mais c’est au BEIE de la promouvoir afin que les gens la demandent. Ils n’en feront plus la promotion aux clients potentiels fermés à la chose. »

Stratégie de vente déficiente

Renaud de Larochellière est d’un autre avis : « La principale raison pour laquelle les clients ne veulent pas payer plus cher pour une maison de qualité, c’est que les entreprises ne leur expliquent pas les économies énormes sur le long terme (durée de l’hypothèque) s’ils choisissent des matériaux durables et performants. Souvent, le prix de vente initial s’avère le SEUL argument de vente, car c’est plus facile d’aller chercher le volume d’acheteurs nécessaire pour amortir les frais fixes élevés de l’usinage — surtout durant l’hiver alors que l’usine ne fonctionne pas ou très peu. » Pour sa part, Emmanuel Cosgrove croit qu’en général cette industrie sous-estime le nombre de consommateurs qui recherchent une maison saine, écologique et hyperperformante du point de vue énergétique : « Ils sont des milliers », affirme-t-il. 

Mais certains fabricants se montrent plus ouverts que d’autres. Emmanuel Cosgrove mijote d’ailleurs un partenariat avec quelques-uns d’entre eux en réponse à l’engouement créé par sa maison Edelweiss, certifiée LEED v.4. « Nous avons élaboré un concept de kit écologique usiné en collaboration avec nos membres professionnels et corporatifs. Nous donnerons notre bénédiction à un consortium usine-architecte qui produira des maisons avec un look d’enfer. Ils ont très bien accueilli l’idée d’un test d’infiltrométrie obligatoire. Dans le cadre de l’entrée en vigueur du Code de construction 2012, nous avions d’ailleurs recommandé que la Régie du bâtiment teste l’étanchéité des maisons neuves en échantillonnage, ce qui n’a malheureusement pas été retenu. »

L’étanchéité à l’air

Selon Emmanuel Cosgrove, ce sont principalement le choix de la composition du mur et le bilan du test d’infiltrométrie qui distinguent les fabricants les uns des autres. En effet, sur chantier comme en usine, bien des constructeurs prétendent que leurs maisons sont aussi performantes ou davantage que les maisons homologuées Novoclimat 2.0. Mais la seule façon de le garantir, c’est de les soumettre à une infiltrométrie effectuée par une tierce partie. Pour être homologuée Novoclimat 2.0, une maison ne peut excéder 1,5 changement d’air à l’heure à 50 pascals (CAH à 50 Pa) durant ce test qui consiste à la soumettre à une dépressurisation avec un gros ventilateur qui évacue l’air à cette pression de 50 Pa. Pour sa part, le règlement sur l’économie d’énergie du Code de construction du Québec (CCQ) a repris l’essentiel des exigences Novoclimat 1.0 en matière d’étanchéité à l’air, sans toutefois préciser de taux de fuite à respecter ni exiger de test d’infiltrométrie pour le mesurer. Obligatoire dans les maisons certifiées (LEED, Novoclimat 2.0, R-2000, Passivhaus, etc.), ce test permet de garantir qu’une maison minimisera les infiltrations et fuites d’air à travers l’enveloppe du bâtiment. Bref, qu’elle sera confortable, économe en chauffage et à moindre risque de condensation (de l’humidité sur les matériaux froids) et de moisissure.

Or, d’après Emmanuel Cosgrove, les résidences préfabriquées que son organisme a certifiées LEED étaient très étanches à l’air. « En général, les maisons usinées que nous avons testées étaient toujours sous un changement d’air à l’heure à 50 pascals. Mais comme chaque maison se trouve différente, tant qu’elle n’est pas testée, on ne sait pas si elle est étanche. »

C’est pourquoi les experts recommandent fortement, à quiconque achète une maison non certifiée, de se payer un test d’infiltrométrie indépendant avant la pose du gypse. « Si on ne fait pas le test, on ne sait pas s’il y a des failles dans l’assemblage », prévient Louise Coutu, architecte de Sainte-Adèle spécialisée en inspection des bâtiments. Celle-ci a remarqué que les maisons usinées, qui sont généralement déposées sur des fondations préalablement construites par un autre entrepreneur, ne sont pas étanches au niveau de la lisse d’assise, cette pièce de bois clouée sur le dessus des fondations. « Pour empêcher l’eau de pénétrer et de toucher la structure, les matériaux intermédiaires des murs (comme les contreplaqués ou les panneaux de copeaux orientés) doivent dépasser de trois pouces pour couvrir le haut des fondations. Sinon, l’eau stagnante fera pourrir la lisse d’assise. »

À titre de pare-air, Mme Coutu préfère d’ailleurs les membranes élastomères autocollantes. « La plupart des architectes ne se montrent pas friands des membranes pare-air classiques ni de leurs rubans adhésifs non homologués. Si on les utilise, il faut s’assurer d’installer des rondelles de plastique sous les agrafes, sinon elles ne couvrent pas assez de surface pour prévenir que le vent les arrache. Les membranes autocollantes sont au moins 10 fois plus chères, par exemple 600 $ pour du Blueskin contre 50 $ pour un rouleau de Tyvek, mais on n’en achète pas une si grande quantité par rapport au prix d’une maison. C’est un matériau tellement important, car il rend la maison étanche autant à l’air qu’à l’eau. »

La marque R-3000 de Bonneville

L’entreprise Industries Bonneville, en affaires depuis plus de 50 ans (35 000 maisons livrées!), a, quant à elle, créé sa propre marque de commerce, appelée R-3000. Dany Bonneville assure que ses maisons sont très étanches et très bien isolées (« plus de R-30 pour les murs et plus de R-40 pour le plafond ») avec de la cellulose, sans ponts thermiques. Dany Bonneville affirme que pour chaque module de maison, un total de 15 inspections sont effectuées par l’entreprise, soit une à chaque étape de construction. Mais peu importe les matériaux utilisés, rappelons-le, c’est le test d’infiltrométrie qui fait foi de l’étanchéité à l’air. Chez Bonneville, les maisons ne sont pas inspectées ni certifiées par un organisme indépendant tel le BEIE.

Le cas des matériaux isolants

La plupart des fabricants interrogés isolent leurs maisons à la cellulose, l’isolant classique le plus écologique selon Écohabitation. Fabriqué à partir de papier journal non distribué et recyclé, c’est l’isolant qui contient le moins d’énergie intrinsèque (ou énergie « grise »), car sa fabrication s’avère la moins énergivore. Il suffit de broyer le papier et de le traiter aux borates, des sels à faible toxicité comme le borax, contre le feu, la moisissure, la corrosion et les insectes.

La cellulose est très populaire dans les combles car très abordable à souffler. Dans les murs, sa pose est plus dispendieuse, car elle doit être retenue par une colle, une membrane ou un panneau pour éviter qu’elle ne s’affaisse. Si elle n’est pas collée, il faut l’injecter à haute densité (jusqu’à quatre livres au pied cube); dans les deux cas, elle résistera très bien au passage de l’air et du son. La cellulose est aussi appréciée pour sa résistance thermique élevée, de R-3,6 au pouce. Certains fabricants affirment dépasser les exigences d’isolation Novoclimat 2.0 de R-45 pour les toits plats ou cathédrale et de R-25 pour les murs hors sol. C’est le cas d’Énergéco Concept. « Nos murs sont R-40 et nos toits R-70 », dit Alain Culis, propriétaire de l’entreprise. Chez Maisons usinées Côté, Marc Ratté parle de murs R-36 et de plafonds R-50.

Pour sa part, le fabricant gaspésien Habitations Mont-Carleton, qui utilise aussi la cellulose dans les plafonds, préfère la fibre de verre dans les murs tout en offrant l’option de la laine de roche (R-22 car plus dense, mais près de trois fois plus chère au pied carré qu’une laine R-20). Fabriquée en Ontario par Roxul, la laine de roche volcanique et de scories d’acier recyclées Comfortbatt résiste au feu et à l’eau en plus d’être plus dense que la fibre de verre. Elle est considérée comme l’isolant le plus sain et le plus écologique par les « biologistes du bâtiment » (baubiologie.fr). La Société canadienne d’hypothèques et de logement l’a d’ailleurs utilisée dans sa maison usinée pour personnes hypersensibles aux polluants. Roxul offre aussi les panneaux haute densité Comfortboard IS permettant de couper les ponts thermiques à travers l’ossature et d’isoler les fondations. Les produits Roxul sont liés au phénol-formol, un liant peu émissif car résistant à l’humidité.

« Il est vrai que la laine Roxul est  beaucoup plus dispendieuse que la fibre de verre, (80 ¢/pi2 vs 30 ¢/pi2, reconnaît Daniel Bouchard, directeur des ventes d’Habitations Mont-Carleton. Mais la laine de roche possède des qualités absentes dans la laine classique : insonorisation supérieure, ne se mouille pas, résiste à la formation de champignons, etc.  Il faut reconnaître cependant que le prix élevé des produits écologiques représente un frein pour le consommateur. Tout le monde veut une maison écologique mais malheureusement la majorité des consommateurs ont un budget limité. »

Chez Habitat Kyo, qui fait des maisons en poutres et poteaux souvent isolées avec des panneaux UsiHOME, fabriqués à Magog, on ne jure que par le Roxul. « Elle pardonne tout, si jamais il y a de l’eau qui s’infiltre, ça va sécher. Je lui cherche encore des inconvénients », dit l’associé Patrick Jetté. Et le surcoût en vaut la chandelle, selon lui. « C’est environ 700 $ d’extra pour une petite maison et de 1 500 $ à 2 000 $ pour une grosse. »

Pour sa part, Renaud de Larochellière considère la laine de verre plus verte car moins énergivore à fabriquer, en plus d’être disponible sans résine de formol. « Elle est aujourd’hui faite jusqu’à 100 % de matériaux recyclés et reste performante si l’installation et l’étanchéité sont bien faites. La cellulose offre cependant le meilleur rapport qualités vertes/prix. » Ce spécialiste recommande toutefois la laine de roche en panneaux sur les fondations et sous la dalle. « Elle conserve ses propriétés isolantes même si elle se trouve en contact avec l’humidité. » 

Quant à lui, Emmanuel Cosgrove rappelle que les isolants plastiques ne sont pas considérés comme écologiques car ils sont fabriqués à partir de pétrole et de produits chimiques potentiellement nocifs pour les hypersensibles, dont certains contribuent aux changements climatiques. Il reconnaît toutefois que ces isolants permettent de construire des maisons à efficacité énergétique supérieure à prix compétitifs. « Une maison Laprise [isolée au polystyrène expansé], c’est clairement une coche au-dessus de la moyenne, même si sa coupe de mur a un plus grand impact environnemental qu’avec de la cellulose. » Par contre, les isolants plastiques peuvent avoir du contenu recyclé — les polyuréthanes ont une part de plastique recyclé et même d’huile végétale — et leur résistance thermique supérieure pour de faibles épaisseurs génère des économies d’énergie qui à long terme permettent de compenser certains de leurs impacts environnementaux.

Pour stimuler la construction hyperperformante du point de vue énergétique, Écohabitation accorde à ses membres professionnels et corporatifs l’accès gratuit à un dossier complet, intitulé Dessins techniques : Recueil de coupes pour les nouvelles constructions durables. Ce guide comprend de nombreuses coupes de mur, utilisant notamment la double ossature préconisée par M. Cosgrove. « C’est le fruit d’un an et demi de travail, on aurait pu le vendre 1000 $! Ceux qui veulent faire de l’hyperperformance n’ont donc plus d’excuses : ils ont juste à le télécharger et à copier-coller les coupes. »

Conclusion

Somme toute, une maison n’est pas saine et écologique uniquement parce qu’elle est fabriquée à l’abri des éléments, qu’elle génère moins de déchets et qu’elle contient quelques matériaux verts. C’est l’ensemble de l’oeuvre qui compte! Pour y voir de plus près, découvrez ici quelques fabricants qui font les choses différemment des autres.

 

Vous aimeriez aussi
Sous-sols humides : résumé des solutions
Des clés pour contrôler l’humidité dans les sous-sols
Comment régler les problèmes d’humidité au sous-sol (réservé)
Le mur qui respire : mythes et réalités

Laisser un commentaire