Les confidences d’un inspecteur Novoclimat, Rénoclimat et LEED

Le technologue en architecture Claude Blain a inspecté des centaines de maisons classiques, Novoclimat et LEED depuis plus de 20 ans.

Zut, et moi qui croyais être un des rares privilégiés à avoir une maison inspectée par Claude Blain! En fait, après avoir réalisé environ 5 000 évaluations énergétiques pour le programme Rénoclimat pendant une décennie au tournant du millénaire, au cours de la dernière décennie ce technologue professionnel en architecture a aussi inspecté près de 4 000 unités d’habitations certifiées LEED et/ou Novoclimat (le terme exact dans ce dernier cas est « homologuées »). Méconnu du grand public, Claude Blain est toujours un interlocuteur intéressant, car il se trouve au cœur de l’action dans le domaine du bâtiment sain et durable québécois. Ancien menuisier et entrepreneur général, une fois devenu technologue il s’est spécialisé en inspection de bâtiments et en conception de plans de maisons performantes et écologiques, avant de devenir conseiller en efficacité énergétique pour Rénoclimat et Novoclimat et finalement, évaluateur pour les maisons écologiques inscrites au programme LEED. Bref, un excellent conseiller qui a une profonde connaissance de l’habitat écologique et des entrepreneurs québécois dans ce domaine.

Au sujet des constructeurs d’élite, il affirme d’ailleurs une évidence dont les consommateurs seraient fous de se priver : « Au départ, ça prend quelqu’un de méticuleux, parce que si le client demande la certification Novoclimat ou LEED, il va faire plus attention car il sait que la maison sera inspectée [pour l’isolation, l’étanchéité et la ventilation]. Il sera donc beaucoup plus soigneux dans sa construction. »

Ces inspections indépendantes incitent habituellement les entrepreneurs à offrir un excellent service après-vente, parce que celui-ci ne leur coûte pas cher, ajoute-t-il. « S’il s’agit d’une maison de qualité au départ, ils ne sont pas obligés de revenir plus tard, comme pour une maison montée trop vite parce que non inspectée. S’il n’y a que des petits ajustements à faire, en général ils vont donner un bon service après-vente. »
Autre signe que l’on fait affaire avec une entreprise fiable : les bons entrepreneurs conservent généralement leurs sous-traitants longtemps. « Leurs équipes sont au courant des exigences techniques Novoclimat et LEED et savent qu’elles auront du boulot constant si elles soignent leur travail. La plupart des entrepreneurs ordinaires aiment les sous-traitants qui vont vite et tournent les coins ronds, ce qui est impossible quand on sait que la maison sera inspectée. »

Et bien que l’industrie soit dynamisée par la génération montante d’entrepreneurs plus versée en écologique que la précédente, Claude Blain émet une mise en garde : « Les jeunes constructeurs n’ont pas l’historique. En général je ne les vois qu’une fois : leur première maison écolo, ils la font pour eux-mêmes, mais ensuite ils disent souvent aux clients que ça va coûter trop cher. »

Les Québécois sont des champions de l’autoconstruction, rappelle Claude Blain, qui voit souvent des rêveurs se casser les dents. « De plus en plus de consommateurs suivent les formations d’Écohabitation ou de Solution Era pour s’éduquer. Il y a des clients qui veulent réinventer la roue et je les vois régulièrement sous-évaluer le prix de leur future maison. Ils ne veulent pas accepter que ce sera un coût budgétaire de 150 $ le pied carré. Même si tu fais de l’autoconstruction pendant un an, le temps que tu passes sur ton chantier a un prix. »

Des chantiers LEED unifamiliaux certifiés (voir la liste ici), il en a inspecté plusieurs construits entièrement ou partiellement (ossature et enveloppe du bâtiment) par des entrepreneurs généraux réputés. Au nord de Montréal, par exemple, il cite ceux de Construction Gilles Lanoue, de Construction Voyer, d’Écohabitations Boréales, de GNC Habitation, de Groupe Tremä, de Larix Construction, Constructions Raymond et fils et de Tessar Constructions.

Tant qu’à avoir l’expert sur la ligne (téléphonique et courriel), j’en ai profité pour lui poser des questions techniques. D’abord, que préfère Claude Blain comme murs en construction et comment isole-t-il les fondations? Dans les deux cas, il dit bien aimer notamment la laine de roche fabriquée par Rockwool (anciennement Roxul).

« J’ai souvent fait des plans de maisons à double ossature isolée à la cellulose, mais les entrepreneurs ne veulent pas la faire. Ça sort trop de leur méthode traditionnelle et ça augmente trop les coûts de main-d’œuvre, tout comme les matériaux exotiques tels que les enduits à la chaux. À la limite, on pose une ossature en 2×8. Pour des murs abordables et performants, j’aime bien la laine de roche Comfortbatt R-22 entre les montants avec les panneaux ComfortBoard R-10 ou SONOclimat ÉCO4, de Matériaux Spécialisés Louiseville, à l’extérieur et un panneau rigide R-5 ou plus à l’intérieur avec doubles fourrures. »

En train d’acheter une maison usinée Côté, un lecteur m’a écrit pour me demander mon avis. Il prévoyait isoler ses fondations avec un panneau Comfortboard sur le béton ainsi qu’une laine Comfortbatt entre les 2×4 et se demandait quoi mettre sous la dalle et comment sceller au pare-vapeur l’essentiel conduit d’évacuation du radon. À l’extérieur, il privilégiait une membrane d’imperméabilisation Delta-MS pour couvrir l’enduit de goudron recommandé sur le béton par son entrepreneur. J’ai donc adressé ses questions à Claude Blain en ajoutant que je lui recommandais des colombages en acier contre les moisissures, un pare-vapeur « intelligent » Membrain, de Certain Teed, permettant au béton de sécher vers l’intérieur. Qu’en pense notre expert?

« L’isolant décrit pour les fondations respecte les exigences minimales. Pour une meilleure performance, on pourrait remplacer la laine de 3,5 pouces entre les montants par de la laine de 5,5 pouces si on avance les montants 2 x 4 de 2 pouces vers l’intérieur. On pourrait aussi appliquer de l’uréthane à l’intérieur, en laissant un espace de 2 pouces derrière les 2 x 4.  Faire gicler ensuite une épaisseur de 4 pouces permettra un rendement optimal (minimum de 2,5 pouces requis par le Code).

« Même si on installe une membrane Delta sur les fondations extérieures, c’est une bonne pratique d’appliquer quand même un enduit goudronné sur le béton. La membrane va mieux adhérer et cela assure une protection supplémentaire. 

Le pare-vapeur Membrain est un bon choix à l’intérieur, même si plus coûteux.

« Sous la dalle, on doit installer un isolant ayant une valeur minimale de R-5, mais R-10 est plus efficace. Que ce soit avec du polystyrène, de l’uréthane ou les panneaux ComfortBoard, cela fonctionne.

« L’important sera ensuite d’installer sur le dessus une membrane pare-vapeur, d’une épaisseur minimum de 6 mil [millième de pouce d’épaisseur], mais plus épais (8 ou 10 mil), c’est mieux. On doit faire des joints qui se chevauchent sur 6 pouces au moins et bien sceller ces joints avec un ruban adhésif de pare-vapeur. Autour du conduit de radon, on va aussi sceller avec le même ruban adhésif (le Tuck qui est bleu, pas le rouge). Ce conduit est généralement un conduit de PVC blanc non plastifié, de type homologué par le BNQ (Bureau de normalisation du Québec), d’un diamètre de 4 pouces. Idéalement, on le prolonge jusqu’à l’extérieur, comme un évent de plomberie. Si la toiture est en métal, prendre soin de le sortir près du faite de toit pour éviter qu’il soit arraché quand elle se vide de sa neige (souvent gelée). »

Chez moi, sous la dalle, j’ai utilisé comme pare-vapeur la membrane hydrofuge prémoulée avec noyau plasmatique, du fabricant W.R. Meadows. Qu’en pense Claude Blain?

« La membrane Mel-Rol est un produit de qualité supérieure, mais on l’utilise pour des conditions sévères, par exemple quand la nappe phréatique est haute ou dans une zone inondable et qu’on veut éviter à tout prix de l’humidité au sous-sol. Le mot important dans cette phrase est prix. Si on se fait subventionner la membrane, on peut se permettre d’utiliser un tel produit, mais à mon avis, un pare-vapeur de 6 mil bien posé et bien scellé fera le même travail. Si on est craintif de le déchirer, on peut à la limite utiliser du 10 mil, plus épais. »

Et peut-on sortir l’évent du radon par le mur de fondation plutôt que par la toiture? 

« Si on veut sortir l’évent par le côté de la maison, on doit normalement ajouter un petit ventilateur qui permettra de créer la pression négative sous la dalle. Quand on utilise un long tuyau vers le toit, l’aspiration se fait naturellement par effet de cheminée. Une autre solution, si on veut éviter de payer inutilement, serait de seulement sortir le conduit de radon sur le côté de la maison, prévoir une prise de courant à proximité, puis tester la maison durant quelques mois l’hiver, à l’aide d’un dosimètre de radon. Après cette période, on envoie la capsule au laboratoire indiqué et il nous retourne le résultat par courrier ou courriel. On peut se procurer ces dosimètres dans les boutiques CAA Québec pour environ 35 $ [même chez RadonScan à partir de 30 $, analyse incluse]. Comme le radon n’est pas systématiquement présent dans toutes les maisons, on peut ainsi dormir tranquille, surtout si le pare-vapeur sous la dalle est bien scellé! Si du radon est détecté, on ajoute alors le ventilateur extracteur requis. »

Merci beaucoup, monsieur Blain, et souhaitons bonne santé à nos travailleurs de la construction ainsi qu’à leurs clients!

Site de Claude Blain : www.testinfiltrometrie.ca 

 

Auteur

Dernières publications


Vous aimeriez aussi
Modernisation à petit budget d’une maison des années 1950
ÉcoEntrepreneurs : de nouveaux standards dans l’habitation (réservé)
Pourquoi choisir un constructeur Novoclimat?
Les pratiques d’excellence des écoentrepreneurs

Laisser un commentaire