L’avenir, c’est moins de technologie et plus de multilogements !

A Desbiens, une première résidence en panneaux de bois massif. Image de l'architecte Christian Côté pour Le Quotidien.

A Desbiens, une première résidence en panneaux de bois massif. Image de l’architecte Christian Côté pour Le Quotidien.

Une maison écologique plantée toute seule au milieu de la campagne ou de la banlieue, sans voisine pour se tenir chaud, c’est de moins en moins pertinent. Nous n’avons qu’à regarder comment les manchots qui vivent près du pôle sud font pour survivre au climat extrême — ils se collent tous ensemble les uns contre les autres. Plusieurs études démontrent que l’emplacement d’une maison est plus déterminant pour son bilan écologique global que l’épaisseur de ses murs ou le nombre de ses panneaux solaires. Vivre à proximité des écoles, du bureau et de l’épicerie, dans des triplex mitoyens, des maisons en rangée ou des multilogements où la chaleur se transmet d’une unité à l’autre, et se passer le plus possible de la voiture, c’est la base du mode de vie écologique de nos jours. Si en plus l’habitation est efficace sur le plan énergétique, alors tout est parfait ! Au Québec, le marché des maisons unifamiliales stagne, et de plus en plus de promoteurs de multilogements et de logements sociaux essaient d’obtenir la certification LEED. C’est une excellente nouvelle.

L’avenir, c’est… moins de technologie !
On a longtemps construit des maisons peu performantes avec de beaux et gros systèmes de chauffage. Leur enveloppe était toute croche puisqu’on chauffait très fort ! Certaines maisons écologiques sont également trop dépendantes de la technologie, solaire ou géothermique. On est en train de passer à autre chose. On construit de plus en plus comme il le faut, c’est-à-dire en privilégiant d’abord l’enveloppe du bâtiment (étanchéité et isolation) avant de penser à tous les systèmes qu’on va y installer. Plutôt que de planifier en fonction des technologies disponibles, on veut une maison conçue pour être efficace sur le plan énergétique. C’est le design solaire passif. Un retour aux principes fondamentaux, puisque nos ancêtres construisaient de cette manière. On l’avait oublié.

L’avenir, c’est… la maison durable qu’on transmet à ses enfants !
Les baby-boomers d’Amérique du Nord auront acheté en moyenne de cinq à dix maisons au cours de leur vie. Quand tu sais que tu vas revendre ta maison cinq ans après l’avoir achetée, tu ne fais pas attention à son coût global, c’est-à-dire le prix à l’achat, les rénovations nécessaires, le coût de l’énergie… Il faut faire comme les Européens : on achète une maison et on l’investit de façon à ce qu’elle soit durable et efficace, afin de la transmettre en bon état à sa descendance. Il faut arrêter avec les maisons jetables.

Mercier Pfalzgraf

Mercier Pfalzgraf

L’avenir, c’est… d’être reliés aux réseaux d’eau et d’électricité
Je ne crois pas que l’autonomie sur le plan de l’énergie et de l’alimentation en eau soit la panacée. Au Québec, riche en hydroélectricité, une source d’énergie plutôt propre, la maison qui reliée au réseau est plus écologique que la maison autonome qui plie sous le poids de ses nombreux panneaux solaires. Je ne suis même pas certain que la maison autonome en eau, avec un système complexe de citernes et de tuyaux, soit plus écolo que la maison reliée à l’aqueduc. Il faut aller vers la simplicité.

L’avenir, c’est… le cumul intelligent de Passivhaus, Net zéro et LEED !
Le concept de consommation annuelle nette zéro met l’emphase sur l’autoproduction d’énergie et l’échange avec le réseau en cas de pénurie ou de surplus, Passivhaus maximise l’efficacité énergétique à l’extrême, alors que le programme LEED est plus holistique : il tient compte de l’aménagement extérieur, de l’eau, de la proximité des services, etc. L’idéal est donc de cumuler ces trois « familles ». Par exemple, une maison nette zéro mal isolée est une aberration. Quand nous nous entourons d’ingénieurs, le résultat est nécessairement une maison avec de beaux équipements. Mais il faut d’abord penser à optimiser l’enveloppe avant de réfléchir à l’énergie à produire. Si la maison requiert très peu d’énergie, alors oui, on peut se permettre des panneaux solaires s’ils sont plus économiques pour produire l’énergie requise que le coût d’investir davantage dans l’isolation et l’étanchéité.

Maison solaire passive conçue par Luc Muyldermans - thermtech.ca

Maison solaire passive conçue par Luc Muyldermans – thermtech.ca

L’avenir, c’est… la maison solaire passive, mais pas nécessairement la « Passivhaus » ! La maison solaire passive, conçue pour profiter du soleil au maximum pour chauffer les espaces, c’est génial. Toutefois, il est particulièrement difficile d’obtenir la certification allemande Passivhaus, surtout dans un climat nordique comme le nôtre. Nous faisons des expériences sur ses exigences extrêmes en évaluant les caractéristiques de la maison Kénogami, construite par notre collaborateur Alain Hamel qui cherche à obtenir cette certification. Intéressant, mais épuisant ! C’est pourquoi nous lançons, avec notre site jumeau anglophone Ecohome.net, le programme Net-Zero Heat qui reconnaîtra les maisons qui consomment sans peine deux fois moins d’énergie qu’une maison neuve conforme au Code de construction du Québec, allant jusqu’à zéro sur le plan des besoins en chauffage.

Emmanuel Cosgrove est directeur d’Écohabitation, organisme spécialisé en habitat durable fondé en 2001. Visité par plus de 100 000 internautes chaque mois, son portail ecohabitation.com offre un service d’assistance gratuit aux consommateurs, un programme de certification en rénovation écologique, des services d’accompagnement pour les écoquartiers, les municipalités, l’efficacité énergétique et la construction solaire passive….

Propos recueillis par Emmanuelle Walter d’Écohabitation

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