La vie intergénérationnelle à Cohabitat Québec 

Jean-Yves Fréchette et sa femme Nicole Gagnon vivent une retraite heureuse à Cohabitat Québec. © Jean-Yves Fréchette

Six mois après avoir pris sa retraite du Cégep Garneau, l’ancien professeur de littérature Jean-Yves Fréchette avait perdu contact avec la plupart de ses anciens collègues. Heureusement, sa femme Nicole Gagnon et lui avaient remplacé leur grande maison de six chambres, trop grande pour le couple dont les deux enfants avaient quitté le nid familial, pour s’établir dans un bel écocondo solaire passif à Cohabitat Québec, une communauté intergénérationnelle présentée dans notre numéro du printemps 2014.

« Lorsque j’ai quitté mon emploi, j’ai cessé de rencontrer un grand nombre de mes collègues parce que la retraite nous fait abandonner un travail, mais aussi perdre un réseau social. Ici, à Cohabitat, j’ai eu la grande chance de me refaire un réseau d’amis avec des gens de mon âge, mais aussi avec des gars et des filles qui ont vingt ans de moins que moi. Ça, c’est rare dans la vie. De façon très égoïste, ce fut important pour moi parce que ça m’a donné un nouvel élan. Mes nouveaux voisins m’ont apporté leur jeunesse, leur dynamisme et leur vision. Ils élèvent leurs enfants, leurs ados, et à les voir ainsi dépenser autant d’énergie m’a fait retrouver un peu la vivacité de mes 40 ans », nous a confié en entrevue ce sympathique verbomoteur qui aura 73 ans en mai.

Cohabitat Québec est une copropriété écologique qui comprend quatre bâtiments résidentiels, dont une lumineuse maison commune, dans l’esprit du concept danois de cohousing. © Jean-Yves Fréchette

Inaugurée en juin 2013 dans le quartier Saint-Sacrement de la Vieille Capitale, Cohabitat Québec est une copropriété écologique certifiée Novoclimat et LEED Platine regroupant 42 unités dans 32 condos et 10 maisons de ville, le tout ayant coûté 11 millions de dollars. Conçue par Tergos Architecture et mise en œuvre par Construction Lys, elle comprend quatre bâtiments résidentiels, dont le premier multilogement au Québec certifié LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), et une lumineuse maison commune. Celle-ci regroupe cuisine, salle à manger, espace de réunion, salles de jeux, d’exercice et de rangement, buanderie, atelier de bricolage et deux chambres d’invités. Ces immeubles de trois et quatre étages sont disposés autour d’une cour intérieure comprenant une terrasse, un grand espace vert avec foyer extérieur, un carré de sable et un « bloc moteur » (ensemble intégré de grimpette et balançoires) pour les enfants.

Inspirée du modèle danois du cohousing, Cohabitat Québec est le fruit d’une coopérative de solidarité qui s’est forgée sur huit années de discussions autour d’objectifs et de valeurs partagés, dont l’autopromotion immobilière et le développement durable. Chaque membre qui veut y adhérer s’engage à suivre deux formations à ses frais (environ 1 000 $ au total) : l’une en sociocratie, un mode de gouvernance par consentement qui tient compte de toutes les objections individuelles, et l’autre sur la communication non violente. « Ça nivelle par le haut les comportements attendus des individus qui se joignent au groupe. Une diversité de métiers et de professions y sont représentés : professeurs(es), fonctionnaires, chercheurs(euses), ingénieurs(es) programmeurs(euses), géomaticiens(nes), gestionnaires Web… De plus, un des éléments qui explique le succès de notre communauté tient à la diversité d’âges de ses membres : bébés, enfants, ados, jeunes adultes, travailleurs(euses) et retraités(es). Tout ça contribue à diversifier des points de vue et à enrichir la réflexion collective.

Résoudre les problèmes par la discussion et l’échange produit très souvent des changements de perception, en plus de créer de nouvelles amitiés. © Jean-Yves Fréchette

L’aspect intergénérationnel et communautaire de Cohabitat Québec aide sa centaine de résidants à résister aux conséquences néfastes de la pandémie de COVID-19 qui chamboule l’humanité. « À Cohabitat, nous aimons accueillir de jeunes ménages, car se priver de l’enfance et de la jeunesse est une façon de s’éloigner des vrais enjeux de la société. »

Les défis de la gestion communautaire tirent profit de la diversité des horizons professionnels de ses membres, ajoute-t-il. « Résoudre les problèmes par la discussion et l’échange produit très souvent des changements de perception. Notre pensée est toujours en action, elle est mobile, elle se transforme autour des enjeux qui sont importants pour les apprentis sages comme aiment à se nommer nos aînés(es). »

Bien qu’ils ne puissent plus se réunir à 12 ou à 85 autour d’une pizza ou d’un spectacle en temps de confinement, les membres de Cohabitat Québec se voient encore régulièrement, raconte M. Fréchette, qui avoue s’être réfugié avec sa femme dans leur maison de campagne : « On n’est pas privés de tout parce qu’on ne se voit plus en personne. Nous avons six ou sept cercles de travail qui se réunissent régulièrement par Zoom et lorsqu’on jette un coup d’œil dans la cour intérieure, on voit des gens qui circulent dans les sentiers.

Comme le stationnement est situé à l’extérieur du site, il y a amplement d’espace au coeur même du complexe pour créer plein d’occasions d’échanges stimulants et briser l’isolement intergénérationnel. © Jean-Yves Fréchette

La grande trouvaille de Cohabitat Québec, c’est d’avoir refusé que les voitures soient près des habitations. » Limité à 24 espaces, dont 8 avec bornes pour voitures électriques, le stationnement donne sur la rue, à distance de marche des services essentiels comme l’autobus, l’épicerie et la pharmacie. « Les gens sont obligés de circuler à l’intérieur de la cour intérieure où ils passent devant le carré de sable, la grimpette, et derrière on aperçoit le grand jardin communautaire, la patinoire ou le terrain de basket en été. Quand on se promène sur les coursives [des passages extérieurs en hauteur qui agissent comme brise-soleil], on est aussi obligés de se voir, c’est un tout simple artifice d’architecture. Le geste quotidien que l’on pose, c’est de lever le bras droit et agiter la main en disant : ‘‘Salut!’’. C’est fait pour ça! Pour briser l’isolement, il faut se rendre visibles aux autres et la disposition particulière des bâtiments sur le site nous y prédispose. Ici, il y a des gens qui bougent, c’est toujours fluide. Tout le monde est exposé aux voisins et au lieu de nous agacer, ça nous fait plaisir. Nous vivons une sorte de promiscuité libre et consentie. Et si on veut s’isoler, on n’a qu’à fermer les rideaux de nos condos. Au-delà des masques, la convivialité et la complicité communautaires passent par le regard, en temps de pandémie. »

Les résidants ont bien hâte de se retrouver pour regarder un film et partager un repas de groupe dans la maison commune. © Jean-Yves Fréchette

Faute de pouvoir jouer devant leurs voisins, Geneviève, comédienne, et Sylvain, professionnel du Web, ont imité le chanteur Damien Robitaille qui fait fureur sur les réseaux sociaux de la planète. Sylvain a mis en ondes Geneviève, costumée en Madame Tout-le-Monde avec perruque, maquillage et décor, qui interviewe dans une approche ludique enfants et adultes concernant leur perception de la pandémie. À ne pas manquer sur la page facebook.com/CohabitatQC/videos.

De toute évidence, ce qui fait le succès de cette aventure, c’est l’estime partagée entre voisins. M. Fréchette dit prendre grand plaisir à donner trois heures ou plus de bénévolat hebdomadaires que chaque résidant de Cohabitat Québec s’engage à offrir. Pour lui, cela n’a rien d’une corvée. « Quand c’est au tour de mon équipe de travail d’effectuer le ménage de la maison commune, je suis responsable de laver les planchers. Je mets du Jacques Brel à tue-tête car je suis seul. Je passe un bon moment avec Brel… C’est un de mes petits moments de bonheur. »

© Jean-Yves Fréchette

À Cohabitat Québec, l’individu a beaucoup de place pour faire l’expérience personnelle de ses goûts et talents, dit-il en concluant. « C’est une structure circulaire de don : tu donnes, tu reçois, tu donnes, tu reçois : cela n’exclut pas les demandes d’aide ponctuelles et favorise le partage des expertises. Il y a souvent un surplus de surprises générées par l’autre. Par exemple, un p’tit gars de 12 ans avait pigé le nom de Nicole dans un chapeau lors de la fête de Noël. Quelques semaines plus tard, il est venu lui apporter un délicieux gâteau aux bananes. D’ailleurs, ici, les enfants et les ados saluent les adultes lorsqu’ils les croisent. La structure familiale leur a enseigné des comportements sociaux et la communauté veille au renforcement des bonnes valeurs familiales. »

Et cet esprit communautaire déborde même dans le voisinage. « Tous les ans, on organise une fête des voisins. Leur perception de nous est passée d’une gang de hippies colocataires à celle de gens qui s’intéressent aux autres! Bref, nous sommes une communauté de voisins dans un village urbain et mieux, nous sommes des voisamis! »

Pour en savoir davantage

https://www.facebook.com/CohabitatQC

https://www.flickr.com/photos/123599319@N02/albums

https://www.ecohabitation.com/guides/query/Cohabitat+qu%C3%A9bec/

 

 

Auteur

Dernières publications


Vous aimeriez aussi
Belvedair et Benoit Lavigueur volent de leurs propres ailes
Des maisons 6 % plus chères et donc plus petites
Les confidences d’un inspecteur Novoclimat, Rénoclimat et LEED
Lectures à l’heure de la pandémie (mars 2020)

Laisser un commentaire