La passion de Nicolas

 

Nicolas Girouard.

Nicolas Girouard était ambulancier avant de se mettre à ressusciter les vieilles maisons.

Nicolas Girouard, Écorénovateur certifié Écoentrepreneur Plus, n’a pas un parcours banal. Rien ne laissait présager qu’il développerait une passion pour la rénovation. Début vingtaine, il travaille pour Urgences-santé comme ambulancier. Une dizaine d’années dans le secteur paramédical lui auront appris, notamment, à garder son sang-froid, gérer les priorités et vulgariser l’information médicale. Début trentaine, il se tourne vers le secteur de l’immobilier. Il devient conseiller en placement, formateur et conférencier. Il acquiert des compétences dans la vente et apprend à composer avec une clientèle variée.

En 1990, Il fait l’acquisition de sa première maison et se lance dans l’aventure de la rénovation. Il y prend tellement goût qu’en 2005, il crée sa propre entreprise : Les Projets de Nicolas. Comme dans tout ce qu’il fait, Nicolas Girouard n’improvise pas. Il fait ses classes, épluche le Code national du bâtiment et devient membre en règle de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Toujours à l’affût des dernières innovations techniques et des matériaux plus performants, il s’inscrit à de multiples formations puis devient lui-même formateur et conférencier.

 

Virage vert

« À la maison, on recyclait depuis un bon moment. J’ai rénové ma maison  avec des matériaux sains. Il me semblait logique d’appliquer les mêmes règles à ma pratique professionnelle », explique Nicolas. À partir de 2013, accrédité comme Écoentrepreneur (lire l’encadré), Nicolas transforme la culture de l’entreprise pour adopter des techniques, des produits et des matériaux à faible impact environnemental.

Mais il ne s’arrête pas là, il gravit les échelons pour devenir Écoentrepreneur Plus. Pour ce faire, il doit réaliser une rénovation écologique et mettre en application au moins six actions écoresponsables sur le chantier. Cela va de la réduction des énergies fossiles avant, pendant et à la fin du chantier, à l’utilisation des matériaux locaux, écologiques ou revalorisés, à la gestion écologique des déchets, aux économies d’eau, à la peinture sans composés organiques volatiles (COV), etc. Pour ce faire, il acquiert en 2013 un triplex désaffecté dans le quartier Rosemont à Montréal et le rénove entièrement de façon écologique. Les trois unités sont revendues en condos. Acheter, rénover et revendre est pratiquement devenu un hobby pour lui. En boutade, il se plaît à dire que ses trois enfants sont nés dans des maisons différentes. Depuis 1990, il a acheté et rénové une douzaine d’habitations, se plaisant à relever les défis que chacune lui a posés.

Fort de sa nouvelle certification, Nicolas se rend compte qu’il existe un réel marché pour la rénovation résidentielle écologique et découvre aussi que cela n’est pas nécessairement plus coûteux. Il précise que de plus en plus de grands quincailliers tiennent en inventaire une variété de matériaux écologiques, pratiquement au même prix que les matériaux courants.

 

Un travail d’équipe

Le défi de Nicolas est de mettre en valeur le potentiel des résidences qu’il rénove. « Je vois la finalité, ma force est l’ergonomie de la circulation des occupants dans les espaces, dit-il. Les gens ont peine à s’imaginer la lumière qu’on peut faire entrer en décloisonnant les espaces. Montréal est principalement un vieux bâti composée de petites pièces et de longs corridors. J’ai développé une expertise dans la pose de poutres en remplacement des murs porteurs pour créer des espaces ouverts et lumineux. La lumière est un attribut essentiel à un milieu de vie de qualité. »

Nicolas élabore des cahiers de charge minutieusement détaillés et prévoit toujours une marge d’erreur. Car il est bien connu que les bonnes et les mauvaises surprises sont une partie intrinsèque du travail de rénovation. « Dans 80 % des chantiers, le client demande « tant qu’à y être…» sans s’imaginer le niveau de difficulté d’exécution et les dépassements de coût que cette requête peut nécessiter. Je prend toujours le temps de bien expliquer les tenants et aboutissants de ces demandes spontanées », raconte Nicolas. À la fin d’un chantier, le client reçoit un album photos des étapes de la rénovation lui permettant de repérer les tuyaux et les fils électriques intra-muros. Le ruban à mesurer sert d’outil de repérage.

Pendant les cinq premières années de l’entreprise, Nicolas a pris les bouchées doubles en travaillant sur le chantier de jour, aidé de deux ou trois bons ouvriers, et en consacrant ses soirées et ses week-ends à l’élaboration des soumissions et à la facturation. Les Projets de Nicolas est une entreprise en expansion. Des centaines de rénovations plus tard, il s’est adjoint un directeur et huit chefs d’équipe qui sont responsables de la bonne marche du chantier. De plus, Nicolas est présent sur tous les chantiers et prend les décisions techniques qui s’imposent.  « J’ai donné le nom Les Projets de Nicolas à mon entreprise parce que j’aborde chacun des projets comme si c’était chez moi. Je porte une attention particulière à la structure et aux finitions, il m’importe que le rapport qualité/prix soit maximisé. La rénovation est un travail d’équipe et nous travaillons en partenariat avec nos clients. La composante esthétique est plus émotive et c’est le client qui a le dernier mot », précise l’entrepreneur.

Son champ d’action est principalement le Montréal Métropolitain mais il déborde sur la rive nord et la rive sud.

 

ecoentrepreneurCertification Écoentrepreneur

La certification Écoentrepreneur et Écoentrepreneur Plus est décernée par l’organisme Écohabitation fondé en 2000 par deux constructeurs-menuisiers, Emmanuel Cosgrove et Yanni Milon.

Écohabitation fait la promotion de l’habitat écologique tant auprès du grand public que des entrepreneurs et des instances gouvernementales. La certification Écoentrepreneur a été élaborée en concertation avec des entrepreneurs et des professionnels de la section montréalaise de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). L’entrepreneur doit suivre une formation d’une journée et réussir un examen théorique avec une note de passage d’au moins 80 %. Cette accréditation garantit aux clients que l’entrepreneur aune pratique plus écologique et applique au moins six actions écoresponsables sur chacun de ses chantiers. L’entrepreneur s’engage également à suivre une formation continue qui lui permet notamment de suivre l’évolution de la réglementation et l’arrivée des nouveaux matériaux écologiques sur le marché.

Nicolas Girouard a été parmi les premiers entrepreneurs à recevoir cette certification. Pour Emmanuel Cosgrove, il est un beau fleuron du Québec en matière de rénovation écologique : « Nicolas a le sens des affaires, son succès a été presqu’instantané. Son entreprise est florissante. C’est un bon pédagogue et un formateur hors pair. » En effet, Nicolas Girouard donne pour le compte d’Écohabitation et de l’APCHQ métropolitaine des formations sur les bonnes pratiques en rénovation écologique. On compte aujourd’hui environ 25 Écoentrepreneurs certifiés répartis sur l’ensemble du territoire québécois. Ils œuvrent dans les domaines de la construction neuve et de la rénovation.. Une cinquantaine de certifications de chantiers sont en cours de processus. Pour sa part, Les Projets de Nicolas a été deux fois finaliste au prix Domus 2016 (Meilleure rénovation résidentielle plus de 50 000 $, moins de 150 000 $ et Meilleure rénovation résidentielle plus de 150 000 $, moins de 350 000 $) et a remporté le prix Domus 2015 (Meilleure rénovation résidentielle plus de 50 000 $, moins de 150 000 $).

Créer une aire ouverte

Julien David est ÉcoCourtier certifié par l’organisme Écohabitation pour le courtier Via Capitale. C’est un professionnel en courtage immobilier qui a des connaissances en habitation écologique, saine et durable. Propriétaire d’un condo à rénover dans le Mile-End, Julien a pris soin de comparer quelques soumissions d’entrepreneurs pour finalement s’en remettre à Nicolas Girouard qui lui avait été chaudement recommandé.

Dans une des portions de l’habitation, le défi était de créer un lieu de vie à aire ouverte pour la cuisine, la salle à manger et le salon, le tout baigné dans la lumière naturelle. Pour y arriver, le mur porteur séparant les pièces a été remplacé par une poutre insérée entre les solives et dissimulée dans le plafond. Cette prouesse technique a été une réussite. Les murs extérieurs ont été isolés au polyuréthane pour augmenter simultanément leur étanchéité et ainsi réduire les coûts de chauffage. La cuisine a été rajeunie par l’entreprise montréalaise À Hauteur d’homme. Le comptoir est en Corian, matériau non poreux à base de charges minérales (aux 2/3, principalement du trihydrate d’alumine) et de polymère acrylique (1/3), réparable et résistant aux taches, fabriqué depuis 1967 par Du Pont. Les panneaux d’armoires NU Green 2, fabriqués par l’entreprise québécoise Uniboard, sont faits de particules de bois recyclées pré-consommation et d’une résine ULEF (très faible émission de formaldéhyde) afin de répondre aux strictes normes californiennes (CARB Phase 2) en la matière.

La gestion des déchets a été bien orchestrée. « Le tri se fait à la source et selon la catégorie des matériaux, soit un conteneur pour le béton, un pour les rejets de bois et un autre pour les matières mélangées. En procédant ainsi, les matières peuvent être facilement recyclées », explique Nicolas Girouard. En cours de rénovation, l’équipe a trouvé dans le mur une cheminée faite de 500 briques centenaires qui ont été récupérées puis données sur Kijiji. Comme Julien tenait à marier l’ancien et le moderne, il a conservé le plancher d’origine ainsi que les moulures des fenêtres de ce bâtiment datant de 1910.

Comme pour bien des gens qui entreprennent une rénovation, le stress fait partie de l’aventure et Nicolas et son équipe l’ont bien géré, confie Julien. « J’avais en tête ce je voulais mais je n’arrivais pas à le communiquer clairement. Fort heureusement, on s’est compris à demi-mots et le résultat final correspond à ce que j’imaginais. Cette complicité est essentielle. J’ai été consulté tout au long du processus. Le chef de chantier m’expliquait toujours ce qu’on pouvait faire et ne pas faire et pourquoi. Il m’offrait des solutions toujours respectueuses de l’environnement sans gonfler les prix. J’ai tellement apprécié! » En plus de l’aire ouverte, il fallait créer une nouvelle salle de bain. « Je voulais une douche en céramique, dit Julien. Nicolas m’a convaincu de choisir un module en inox beaucoup plus facile à entretenir et j’ai été agréablement surpris. »

Cette projet a reçu le Prix Domus 2016 dans la catégorie rénovation pour la meilleure rénovation résidentielle de plus de 50 000 $ et de moins de 150 000 $. Ce prix a été créé en 1984 par l’APCHQ région du Montréal Métropolitain qui récompense l’excellence en construction. Domus est un terme latin qui signifie habitation, demeure ou maison.

Pour visionner ce projet, voir la vidéo Une rénovation de 3 mois en 3 minutes! sur projetsdenicolas.com/fr/videos

 

Rénover un sous-sol

François Parent a fait l’acquisition d’une maison dans le quartier Ahunstic en 2012 et voulait rénover le sous-sol. François est pointilleux sur l’écologie. Après avoir comparé les offres de quelques entrepreneurs, il opte pour Les Projets de Nicolas. L’écorénovation s’imposait. Pour leur fournir une soumission la plus adéquate possible, Nicolas lui a demandé, comme à tous ses clients, de détailler tout ce que lui et sa conjointe souhaitaient voir se réaliser. De son propre aveu, François Parent a trouvé l’exercice exigeant. Ils ont fait appel à une designer qui leur a donné de judicieux conseils pour l’aménagement de l’espace.

Le grand défi de cette rénovation était de retirer la dalle existante d’environ 4 po (10 cm) d’épaisseur ainsi que le gravier. Plus de 30 tonnes impériales (30 500 kilos) d’agrégats ont été sortis manuellement par une fenêtre de 20 po (50 cm) de hauteur. François Parent a fait de nombreux voyages à l’éco-centre et le reste des rebuts a été traité par une entreprise de recyclage. Ce creusage a permis de gagner quelques centimètres pour couler une nouvelle dalle de béton dotée d’un treillis en fibre de verre recyclée résistant à la corrosion plutôt qu’en acier. « En principe, les ouvriers devraient rehausser le grillage d’armature d’acier au fur et à mesure de la coulée de béton, mais ce n’est pratiquement jamais réellement bien fait, donc le métal rouille et se détériore, explique Nicolas. De toute façon, le prix de revient est légèrement moins cher avec la fibre de verre. » La dalle a été isolée avec le polystyrène expansé Isorad V2, d’Isolofoam, qui comprend des pastilles facilitant la pose de tuyaux d’eau chaude et réduisant les pertes énergétiques du plancher.

François Parent a également bénéficié de la subvention Rénoclimat du ministère québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles, qui vise l’amélioration de l’efficacité énergétique des domiciles. Ce programme consiste à identifier les travaux les plus rentables dans une maison précise et à calculer sa performance énergétique avant et après travaux. Chez M. Parent, la cote ÉnerGuide de la maison est passée de 47 à 76 sur une échelle de 100.  « C’est un gain énergétique substantiel pour une maison construite en 1953 », commente François.

Ce dernier désirait aussi récupérer les eaux grises pour les réutiliser dans les toilettes et pour l’arrosage extérieur. Il a trouvé le système Ecovision, de l’entreprise québécoise Aquartis World, qui permet de réduire de 30 à 40 % la consommation d’eau potable. Finalement, il a fait installer un récupérateur de chaleur des eaux de drainage ThermoDrain, fabriqué au Québec par ÉcoInnovation Technologies. Ce système réduit les coûts d’eau chaude jusqu’à 40 %, typiquement en préchauffant l’eau à 16 degrés Celsius avant qu’elle entre dans le chauffe-eau.

La nouvelle dalle a été recouverte de céramique, sauf dans la salle de lavage où François Parent, qui a grandement apprécié de prendre part à son chantier, a posé du linoléum de marque Marmoleum, du grand fabricant européen Forbo. Composé principalement de poudre de bois et d’huile de lin, ce revêtement résilient, très résistant, antistatique et même compostable en fin de vie, est souvent installé dans les hôpitaux et les écoles.

Six mois de rénovation, avec des temps d’arrêt, ont permis de refaire le logement locatif au sous-sol – un trois pièces et demi, d’insonoriser le mur de séparation avec la portion privée et d’installer une toilette dans cette portion. François convient que les finitions sont impeccables. « En voyant le logement, cela fait WOW !!! C’est ce que je voulais et j’en suis très heureux. » Cet écologiste dans l’âme rêve d’un toit vert et de panneaux solaires. Parions qu’il réalisera son rêve.

Pour en savoir davantage

projetsdenicolas.com

ecohabitation.com/ecoentrepreneur

 

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