Comment évaluer la rentabilité des mesures d’efficacité énergétique résidentielle

Ajouter R-5 à un mur de R-12 améliore la performance thermique du mur de 42 %, alors que le même R-5 ajouté à un mur de R-30 n'améliore la performance thermique de ce mur que de 17 %.

Ajouter R-5 à un mur de R-12 améliore sa performance thermique de 42 %, mais le même R-5 ajouté à un mur R-30 ne réduit ses pertes de chaleur que de 17 %.

Vous vivez votre vie avec fierté et agissez de façon écoresponsable. Vous avez décidé d’entreprendre la construction ou la rénovation d’une maison avec la ferme intention de donner l’exemple et de démontrer qu’il est possible de construire ou de rénover intelligemment en minimisant la consommation énergétique et l’empreinte écologique. Or, au beau milieu de votre projet, le doute s’installe. Vos amis vous questionnent sur la pertinence de vos choix et vous réalisez soudain que les coûts associés aux travaux seront beaucoup plus élevés que ce que vous aviez anticipé au départ. Est-il possible que vous soyez engagé dans un projet non rentable ?

Ma carrière de conseiller en construction efficace m’a souvent amené à être témoin des difficultés de construire ou rénover de façon écoresponsable. Par exemple, on me consulte souvent au sujet de l’isolation des maisons. On sait que plus la quantité d’isolant est importante, plus l’économie d’énergie sera appréciable. Par contre, lorsqu’un mur est déjà bien isolé, l’ajout d’isolant supplémentaire ne génère habituellement que peu d’économies d’énergie supplémentaires. Par exemple, ajouter R-5 à un mur de R-12 améliore sa performance thermique de 42 %, mais le même R-5 ajouté à un mur R-30 ne réduit ses pertes de chaleur que de 17 %. C’est souvent pour cette raison qu’il est parfois difficile de choisir le niveau optimal d’isolation d’une maison. Parmi les embûches, il y en a une qui ne pardonne pas : le dépassement des coûts établis dans le budget, et les difficultés financières qui en découlent. Lorsque l’on s’engage dans un projet novateur et écoresponsable, on néglige parfois de s’interroger sur la rentabilité réelle de nos décisions, et on oublie que construire et rénover, c’est d’abord investir dans un actif. Or, qui dit investissement, dit aussi rentabilité de l’investissement. Voici quelques considérations sur le sujet.

Comment calculer la rentabilité

Dans le domaine de l’efficacité énergétique, la rentabilité d’un investissement est déterminée par la valeur des économies d’énergie réalisées grâce à cet investissement comparativement à son coût. Ainsi, un investissement est considéré rentable lorsque le montant estimé des économies sera supérieur à la valeur de l’investissement avant la fin de la durée de vie utile du bâtiment ou des appareils utilisé pour mettre en place la mesure d’efficacité énergétique. Toutefois, pour déterminer l’utilité d’un investissement rentable, il faut aussi apprécier son niveau de rentabilité. Pour ce faire, on utilise un indicateur, habituellement exprimé en années, que l’on appelle la période de rendement de l’investissement (PRI)[1]. La PRI est déterminée en identifiant le nombre d’années nécessaires pour récupérer entièrement l’investissement. Pour calculer correctement cet indicateur, il faut prendre soin de bien évaluer les valeurs exactes de l’investissement et des économies réalisées.

D’abord, dans le cas qui nous occupe, la valeur de l’investissement doit représenter le surcoût de la dépense, c’est-à-dire le montant supplémentaire défrayé pour un investissement écoresponsable comparativement au coût d’un investissement qui n’inclut pas de mesure d’efficacité énergétique. Par exemple, pour calculer le surcoût de l’isolation écoénergétique de la toiture d’une maison neuve, on prend le coût total de l’isolation de la toiture duquel on soustrait le coût d’isolation de cette même toiture avec uniquement la quantité règlementaire d’isolant prescrit. Dans le cas d’une toiture existante, le surcoût sera égal à l’investissement puisque la toiture est déjà isolée et que tous les travaux sont des travaux supplémentaires. Dans le cas de l’installation écoénergétique d’une thermopompe dans une maison neuve, le surcoût sera le coût total de l’installation duquel on soustraira le coût d’installation d’un système de chauffage de base (avec des plinthes électriques, par exemple). Par contre, dans le cas d’une maison existante, le surcoût sera ici aussi égal à l’investissement (la maison est déjà dotée d’un système de chauffage) auquel on ajoutera les coûts nécessaires au démantèlement du système de chauffage que l’on veut remplacer.

Ensuite, l’économie ne doit représenter que la portion « nette » de la valeur, c’est-à-dire le montant total de l’économie d’énergie duquel on soustrait les coûts des travaux d’inspection, d’entretien et de remplacement que nécessite l’investissement. Par exemple, pour calculer l’économie nette réalisée par l’installation d’une thermopompe, on prend le coût total de la consommation énergétique de la maison avec un système de chauffage de base, comme des plinthes électriques, duquel on soustrait le coût de la consommation énergétique de la maison avec une thermopompe auquel on a ajouté les coûts de l’entretien annuel et du remplacement des filtres. Dans le cas de l’isolation écoénergétique de la toiture d’une maison neuve, l’économie nette sera le coût total de l’énergie requise pour compenser les déperditions thermiques de la toiture respectant le Code du bâtiment duquel on soustraira le coût de l’énergie requise pour compenser les déperditions thermiques de cette même toiture dotée d’un niveau plus élevé d’isolation. Le même calcul des coûts de chauffage s’applique avant et après l’isolation d’une toiture existante[2].

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Calculs de la période de recouvrement du surcoût d’une maison certifiée Novoclimat 2.0 (avec ou sans aide financière)

Conserverez-vous votre maison ? En utilisant la PRI, l’investisseur peut mieux apprécier la rentabilité de son investissement et juger de sa pertinence en fonction de sa situation financière, du risque relié à l’investissement et de la durée de vie des matériaux ou appareils utilisés pour la mise en place de cet investissement. Voici quelques exemples qui vous aideront à déterminer les valeurs de PRI et d’autres indicateurs qui conviendront le mieux à votre situation et à votre projet.

La première situation est celle d’un jeune couple qui possède peu d’économies et qui accède à la propriété en construisant une maison neuve. L’endroit choisi n’étant pas définitif, ils pourraient être appelés à déménager dans quelques années. Dans ce cas, le risque lié à l’investissement est la courte période de récupération. Le couple devrait donc choisir des investissements qui seront récupérables rapidement (en moins de cinq ans, par exemple) ou des investissements qui ajoutent une valeur tangible pouvant être récupérée lors de la revente.

La deuxième situation est celle d’un couple avec des enfants qui a accumulé quelques économies ou une équité sur sa demeure actuelle. Les conjoints projettent de construire une maison neuve qui deviendra leur résidence définitive ou pour une période supérieure à 30 ans. Ils espèrent même léguer un jour la demeure à leurs enfants. Dans ce cas, la période de récupération ne comporte pas de risques véritables, sinon la désuétude prématurée du bâtiment et l’obsolescence des systèmes. Le couple peut ainsi se permettre des investissements avec des PRI beaucoup plus longues (10, 20 ou 30 ans, par exemple, selon le niveau de rentabilité recherché) en veillant toutefois à ne pas dépasser la durée de vie utile du bâtiment et des systèmes.

Dans la troisième situation, on investit les sommes économisées en vue de la retraite (un REER par exemple) pour améliorer l’efficacité énergétique de sa demeure. Dans ce cas, le risque lié à l’investissement concerne les économies générées par les nouvelles mesures éconergétiques qui doivent être supérieures au montant obtenu si les économies avaient été laissées dans un régime de retraite. Il faut donc s’assurer dès le départ du rendement qui sera généré par les améliorations énergétiques envisagées. On utilise alors le même indicateur que celui des fonds de placement, soit le rendement de l’investissement. Cet indicateur est un pourcentage qui se calcule ainsi :

RI =       Économies annuelles nettes générées / Montant de l’investissement x 100

Par exemple : 300 $ / 3 000 $ x 100 = 10 %

La quatrième situation est celle d’un membre d’une coopérative d’habitation qui projette d’investir dans un projet d’efficacité énergétique. Dans ce cas-ci, la période de récupération ne présente pas vraiment de risques autres que la désuétude prématurée du bâtiment et l’obsolescence des systèmes. Par contre, il est possible de profiter d’une période de récupération beaucoup plus longue (jusqu’à 30 ans et même davantage dans certains cas) pour générer un rendement à long terme. Il est donc question ici d’un investissement qu’on devrait pérenniser en choisissant des matériaux encore plus durables, des niveaux d’isolation plus élevés, ou des systèmes offrant un bon rendement mais sur de plus longues périodes. L’objectif est de récupérer l’investissement, ou mieux, d’obtenir un rendement positif avant la fin de la durée de vie du bâtiment ou de ses systèmes. On utilise alors comme indicateur la valeur actuelle nette de l’investissement (VAN). Cet indicateur plus complexe peut être calculé par un comptable ou un économiste. Une VAN positive indique que l’investissement est rentable et permet de bien évaluer la pertinence des projets d’investissement.

Les ressources financières acquises au fil du temps accordent aux familles et aux organisations une certaine latitude d’action pour améliorer leur qualité de vie et leur environnement. Or, dans les projets écoresponsables, on oublie parfois que l’argent préservé en évitant des investissements non rentables peut habituellement être investi dans d’autres mesures offrant de meilleurs bénéfices. Ainsi, la rentabilité des investissements est une notion qui devrait être intégrée dans tous les projets résidentiels, écoresponsables ou non. Malgré ce que certains intervenants affirment, un investissement en efficacité énergétique bien planifié devrait normalement générer suffisamment d’économies pour récupérer entièrement le montant de la dépense initiale. Les environnementalistes allègueront, avec raison, que les analyses de rentabilité négligent habituellement les impacts environnementaux de la consommation d’énergie. Or, dans un contexte comme celui du Québec où l’énergie consommée est abordable et principalement d’origine renouvelable, il est tout de même opportun de se demander s’il est judicieux d’investir pour acquérir des équipements écoénergétiques non rentables fabriqués en Chine dans des conditions environnementales douteuses puis transportés ensuite jusque chez nous. Pour cette raison, les analyses du cycle de vie sont souvent ce qui permet de départager entre les bons et les mauvais investissements.

Si les causes environnementales nous tiennent à cœur au point d’envisager des investissements non rentables, voire polluants, on devrait se demander s’il ne serait pas beaucoup plus bénéfique de faire des contributions à des organismes de défense de l’environnement.

Prochain article : des conseils pour réduire vos coûts de construction et de rénovation et améliorer la rentabilité de vos investissements écoénergétiques.



[1] Aussi appelée PRI simple. Pour alléger le texte, nous ne discuterons pas de la PRI actualisée (PRIa) qui compare des valeurs rendues à des moments différents. La PRIa exprime le nombre d’années requises pour que les économies actualisées soient égales à l’investissement actualisé.
 
[2] Les économies d’énergie devraient être évaluées par un conseiller évaluateur indépendant. Les économies d’énergie estimées par les fournisseurs sont souvent exagérées.

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