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À Terra Perma, pour chaque acre vendu en zone résidentielle, un acre sera ajouté au parc.

Terra Perma offre une occasion unique d’expérimenter divers types de maisons écologiques.

En collaboration avec André Fauteux

L’écodéveloppement Terra Perma ne pousse qu’à 80 minutes au nord de Montréal, à Harrington, mais dans son esprit et dans sa forme, ce projet unique est à des années-lumière de la grande ville! La route 327 — entre Lachute et Mont-Tremblant — qui y mène est d’abord parsemée de terres agricoles, formant de surprenants plateaux dans ce paysage vallonneux de l’ouest des Laurentides. Puis, la forêt reprend le dessus, avec le parfum indescriptible de la nature sauvage. terra perma philippe

C’est là qu’il y a quatre ans, le Montréalais Philippe Leclerc a décidé de s’établir pour reprendre contact avec la nature. « Les villes sont super importantes, on a besoin des hôpitaux et des universités, mais elles manquent d’équilibre et d’encadrement, c’est malsain d’être complètement décroché des rythmes de la nature », raconte l’homme d’affaires de 44 ans. À travers ses nombreux voyages et expériences de travail (en construction et en production alimentaire) dans plusieurs pays, il a constaté que l’humain gère l’eau, les aliments et l’énergie de manière si irréfléchie qu’il met en péril ces ressources indispensables à sa sécurité et sa survie. « Nous devons absolument passer à de nouvelles façons de faire en plaçant le développement durable et la diversité au centre de nos décisions », dit-il. Sa décision était prise : il devait changer d’air et donner un sens nouveau à sa vie. champignons

Amateur de cuisine, Philippe aspirait à combiner son amour de la bonne bouffe à celui, tout aussi intense, de la nature. C’est à ce moment qu’a germé l’idée de Terra Perma : un endroit qui rendrait possible une existence où la vie domestique, le travail et le jeu sont intimement liés. Un endroit où la culture de produits alimentaires, l’élevage des animaux et la gestion des ressources forestières feraient partie d’une vie quotidienne saine et joyeuse. Un endroit où il ferait bon vivre autrement, au sein d’une nature intacte et dans un état d’harmonie avec l’écosystème. Un endroit où le chant des oiseaux et le bruissement du vent dans les feuilles seraient les seuls « bruits » tolérés.

L’étincelle terra perma carte

Pour Philippe, il s’agissait de créér un macrocosme aux multiples possibilités. Peu à peu, l’ébauche d’une entreprise un peu folle prenait forme. Sous la suggestion d’un collègue, la permaculture devint l’élément de base du projet. Cette pratique inventée par l’Australie Bill Mollison dans les années 1970 est définie ainsi par le Petit Robert depuis 2010: « mode d’aménagement écologique du territoire, visant à concevoir des systèmes stables et autosuffisants et à produire de la nourriture en renforçant l’écosystème ». Pour tendre vers cette autosuffisance permanente, il fallait donc construire des maisons écologiques. Il y aurait des résidences permanentes uni et multifamiliales, mais aussi divers types d’écogîtes (yourtes, véhicule récréatif rénové, etc.) en location. Ceux-ci permettent d’en faire l’expérience avant de choisir le type d’écohabitation qui vous convient. Le troisième pilier de Terra Perma, certes le plus vital, serait la mise de côté de larges portions de terrain afin de créér un parc de conservation à l’abri du marché spéculatif à perpétuité.  

Qu’est-ce que la permaculture?
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La permaculture consiste à former de petites parcelles agricoles dans un milieu existant et mature, tel celui de la forêt. Loin, très loin du modèle conventionnel qui consiste à déboiser d’immenses surfaces pour y cultiver une seule espèce, la permaculture met à profit des ouvertures déjà présentes. Elle est le fruit d’une approche systémique, où l’on tient compte de tous les éléments et de leurs différentes interactions, dans une optique d’exploitation durable et écologique. À Terra Perma, en coupant un arbre ici et là, en exploitant les pentes naturelles et les orientations au sud, on a créé de petits potagers indépendants. Chacun renferme plusieurs types de légumes, des arbres fruitiers, des fines herbes. L’espace devient un lieu dynamique, où les échanges entre plantes, insectes et microorganismes sont privilégiés, permettant la culture sans pesticide. Abeilles, champignons, moutons et poules y seront à l’honneur afin d’accroître l’harmonie et la biodiversité de l’écosystème existant.

moutonQuelques moutons s’occupent de la tonte du gazon et des poules picorent le sol à la recherche d’insectes nuisibles. Le fumier et les déjections des animaux, en plus du compost, enrichissent la terre, rendant inutile l’ajout de fertilisant chimique. La récolte nourrit l’ensemble des travailleurs sur le site.

Trouver un site permettant de réaliser l’ensemble du projet promettait d’être ardu. Et pourtant, c’est le plus simplement du monde, en fouillant dans les petites annonces en 2009, que Philippe a découvert son eldorado : un lot forestier de plus de 800 acres, promis à une coupe future. Terra Perma avait donc une adresse! Petit à petit, il s’est adjoint d’autres éco-entrepreneurs extraordinaires : Elan et Jonah Neumark, respectivement entrepreneur général et jardinier-nature, se sont imposés naturellement. Puis, Katherine Garoufalis, coordonnatrice, et Bianca Cloutier, administratrice, ont joint les rangs. D’autres sont venus, ont vu, et sont restés. Il ne restait plus qu’à se mettre au travail.

La mise en branle IMG_1981

Tout le projet repose sur un leitmotiv bien défini : minimiser l’impact humain sur l’environnement. Les déclinaisons naturelles sont respectées. Les arbres sont protégés. Les sources d’eau sont chéries. Les animaux sauvages conservent leurs pleins privilèges. Terra Perma s’est installé autour et au sein de ces éléments. Son cœur bat au rythme de la permaculture (voir encadré). Deux zones sont réservées à l’habitation : une large bande en périphérie du site, dédiée aux résidences permanentes, et un secteur écotouristique plus central, pour les chalets.

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L’équipe de Terra Perma est composée de gens talentueux associés à un réseau d’experts.

Les maisons feront beaucoup plus que respecter les normes municipales et provinciales en vigueur. L’équipe de Terra Perma est composée de gens talentueux associés à un réseau d’experts et de fournisseurs qui épauleront les acheteurs désireux de s’y faire construire ou de s’autoconstruire une maison écologique, d’implanter une production maraîchère ou même d’élever des animaux. Parmi les services offerts : gestion de projets, main-d’œuvre, outils et matériel, consultation LEED, plans et dessins architecturaux, plan de production agricole, conclusion de contrats privés, taux d’intérêts préférentiels et autres avantages, expertise en protection de l’environnement et en constructions durables.

Roulotte Aistream remise à neuf.

Roulotte Aistream remise à neuf.

Dans la zone résidentielle, les règlements municipaux sont plutôt rigides, par exemple ils interdisent le remplacement d’une installation septique classique par une toilette à compost. Ils sont plus souples dans la zone écotouristique, où l’on accepte différents types d’hébergement aux formes et aux matériaux alternatifs : yourtemaison de bauge (cob en anglais, mélange de terre, sable et paille), yourtes (grande tente mongole avec porte de 4 pieds de hauteur et une version canadienne, plus moderne et avec porte de 6 pi 3 po), maison en bois cordé, earthship en pneus remplis de terre, roulotte Airstream qui a conservé sa coquille d’aluminium des années 1970 mais dont l’intérieur a été rénové. « La force du projet, dit Philippe Leclerc, c’est la diversité sous toutes ses formes. »

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Des murs sculptés à l’argile.

Ces écogîtes sont offerts en location pour des périodes de deux à 30 jours. Elles permettent aux curieux d’expérimenter un mode de vie alternatif avant de décider de s’y installer pour de bon. « Les prix d’hébergement en location sont déduits du prix de construction, explique Philippe Leclerc. Notre concept permet de faire un genre d’expérience de laboratoire, on n’impose pas de recette. Comme tous les éléments des maisons écologiques ne vont peut-être pas vous convenir, ça permet de faire du shopping, par exemple pour décider de fusionner des éléments. Un earthship peut ne pas coûter cher à construire, mais il faut beaucoup d’amis pour remplir de terre tous ces pneus!»

Ces installations sont autonomes en électricité, produite par des systèmes à base de modules solaires photovoltaïques. Dans un secteur à proximité s’élève un bâtiment qui sert de cuisine collective, alimenté lui aussi par des panneaux solaires. Réchauds au propane, un congélateur, de très grands espaces de travail, l’eau courante, tout est bien planifié! Un terrain de jeux et un étang à canards se trouvent tout près. Mais il y a beaucoup plus.

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Une micromaison isolée aux ballots de paille.

Trois micromaisons (Tiny Homes de moins de 500 pieds carrés) toutes neuves sont séparées les unes des autres par de larges pans de forêt. Une quatrième est en cours de réalisation. Érigée sur une plate-forme mobile, elle servira une autre clientèle, qui choisira le lieu où elle sera stationnée en fonction de son séjour. Ces bâtiments, construits en utilisant des techniques parfois traditionnelles, parfois révolutionnaires, mais toujours pleines de bon sens, représentent l’essence même de ce que propose Terra Perma.

Ces quatre micromaisons superfonctionnelles occupent un espace minime au sol. À l’intérieur, rien n’est laissé au hasard. Plusieurs éléments remplissent une double, parfois même une triple fonction. Ainsi, la banquette devient lit qui devient table, etc… L’isolation est d’une importance capitale. Ici, un enduit à base de paille, d’argile, de sable et d’eau s’imbrique dans la structure. Là, un mur de pneus récupérés et de terre fait quatre pieds d’épaisseur et emmagasine la chaleur qui est restituée en soirée, réduisant ainsi les besoins de chauffage. Ailleurs, on aperçoit une maison bâtie au bas d’une pente, cernée par les arbres pour réduire l’effet des forts vents hivernaux et du soleil d’été, avec fenestration parfaitement orientée et chauffage au bois. De petites merveilles!

chute terra permaTerra Perma en chiffres

En 2014, plus de 50 personnes ont participé à l’achèvement de Terra Perma. C’est un site de 810 acres au total : 50 lots résidentiels, divisés en 3 phases, s’étalent sur une superficie de 200 acres. Un espace écotouristique de 40 acres regroupe quatre micromaisons, deux yourtes, une tente de prospecteur et un véhicule récréatif en location. Une zone de 140 acres est aménagée en permaculture. Des secteurs boisés comprennent une forêt nourricière (cerisiers, pruniers, pins coréens et autres arbres à noix…) de 30 acres, une zone de forêt protégée de 50 acres et un parc de 200 acres parcouru par 15 km de sentiers. On peut faire la cueillette de plantes et de champignons comestibles sur presque tout le territoire. On y découvre un lac, plusieurs zones humides… et bien d’autres surprises encore!

Le prix des terrains débutent à 17 000 $ l’acre et celui des maisons à 160 000 $ pour 620 pieds carrés plus une serre de 300 pi2.

Leur conception rejoint l’idée d’origine : impact minimal sur l’environnement.  Fenestration orientée au sud, matériaux de construction récupérés pour certains, fabriqués sur place pour d’autres, superficie réduite, besoins de chauffage minimes… tout a de l’importance. Le bois de charpente provient de la forêt environnante, les arbres à couper ayant depuis longtemps été sélectionnés : on n’utilise que ceux qui sont morts, moribonds ou qui représentent un danger. Les morceaux sont travaillés sur place, dans une scierie artisanale où se trouve un moulin de 30 pieds. La sciure servira pour les toilettes sèches, les baguettes comme bois d’allumage. Rien n’est jeté, rien n’est perdu. À côté de la scierie, une cabane à outils où chacun peut se servir. À quelques pas, un espace ouvert renferme une infinité de matériaux récupérés, provenant de sources diverses, qui serviront à la construction des maisons ou à la réalisation de tout autre projet.

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Le lac Besançon.

Et le poumon de Terra Perma, c’est son parc, d’une superficie de 200 acres… pour le moment, car Philippe compte bien l’agrandir. En favorisant les échanges avec les propriétaires fonciers voisins, eux aussi soucieux de préserver leur environnement, il crée des partenariats, des ententes, avec, comme but ultime, l’élargissement de cette zone protégée. À Terra Perma, pour chaque acre vendu en zone résidentielle, un acre sera ajouté au parc. D’ici peu, les frontières du parc rejoindront d’autres aires sous protection, et ces terres deviendront une oasis pour une multitude d’espèces animales et végétales du Québec.

Le lac Besançon sert de frontière naturelle au parc. Autour, quelques sentiers de marche, tous très étroits, toujours aménagés selon la notion d’impact minimal. Les détours sont nombreux, puisque le tracé est basé sur des ouvertures déjà présentes. On a repoussé quelques arbres morts et taillé certaines branches, sans plus.

L’un des sentiers mène à un barrage de castors. D’une certaine façon, cet ouvrage sans doute très âgé représente l’archétype du concept de Terra Perma. On y voit l’accumulation de troncs aux marques distinctives, sans cesse remis en place par les occupants successifs, peut-être tous issus d’une seule famille. À l’origine, l’arrivée du barrage a bouleversé l’équilibre de la forêt pour un moment bien sûr, mais elle a retrouvé son harmonie. Les « travailleurs » ont judicieusement choisi leurs matériaux de construction. Ils en ont laissé pour la postérité. Leur habitat est fonctionnel. Leurs sources de nourriture sont nombreuses. Leurs relations avec les voisins sont harmonieuses. Ils respectent leur environnement, le façonnent suivant leurs besoins, ni plus, ni moins.

La cuisine collective est équipée de capteurs solaires photovoltaïques qui produisent de l'électricité.

La cuisine collective est équipée de capteurs solaires photovoltaïques qui produisent de l’électricité.

Philippe Leclerc compte bien les imiter. « Nous n’imposons pas de règles, il y en a trop dans notre culture. Je souhaite plutôt mettre en place des structures qui favorisent l’échange d’idées. Chacun possède ses spécialités. Il y a parfois des désaccords et des désaccords, mais il faut se parler, proposer et encourager. Ce n’est pas toujours facile pour les gens de passer à l’action. Une maison, c’est l’investissement d’une vie. Nous sommes chanceux d’avoir tellement de forêt et de pouvoir nous régénérer avec elle. Malgré tous les efforts pour la décimer, elle a toujours su rebondir. » Il a rêvé de cet endroit, et, en trois années seulement, en a fait une réalité. Mais ne vous y trompez pas. Il aura fallu au « rêveur » beaucoup de détermination et une ferme envie de changer le monde à sa propre échelle pour en arriver là. Et ces gens-là, il en faudrait davantage!

Pour en savoir davantage

terraperma.ca 

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