Bois traité à l’arsenic : idéalement le sceller à chaque année

L'on devrait sceller le vieux bois traité à chaque année, idéalement. Photo: INSPQ

Le bois traité à l’ACC lessive plus d’arsenic et de chrome cancérogènes en vieillissant. ©INSPQ

Retiré du marché résidentiel en 2004, le bois traité à l’arséniate de cuivre chromaté (ACC) devrait néanmoins être scellé annuellement pour éviter qu’il ne libère de l’arsenic et du chrome hautement cancérigènes.

Malgré les pressions de l’industrie et d’un avis scientifique publié en 2006, l’EPA l’a confirmé en 2011 : « L’application régulière d’un fini pénétrant à base d’huile ou d’eau (teintures ou scellants) aux structures en bois traité à l’ACC pourrait réduire l’exposition potentielle aux résidus chimiques. »

Menacée de règlementation aux États-Unis, l’industrie a cessé « volontairement » d’utiliser l’ACC pour traiter le bois résidentiel au Canada et aux États-Unis depuis le 31 décembre 2003. Par contre, les détaillants ont pu écouler après cette date leurs stocks de bois traité avec cet insecticide et fongicide contenant 22 % d’arsenic. Depuis les années 1970, l’ACC était le principal pesticide appliqué sur le bois dans le monde.

Le glas a sonné pour ce produit en 2001. Une étude de l’Université de la Floride avait alors conclu que les enfants qui touchaient régulièrement à des patios, quais, balançoires et autres structures en bois traité à l’ACC couraient un risque élevé de souffrir d’un cancer de la vessie, du poumon ou de la peau. Le danger est considérable car l’arsenic pénètre la peau, les enfants mettent souvent leur main à la bouche et aucune dose d’arsenic n’est jugée sécuritaire.

L’année suivante, Tim Townsend, professeur de génie environnemental à la même Université, révélait que le bois traité à l’ACC devient même plus toxique avec les années. Il a découvert qu’après dix ans, la décomposition de la lignine du bois entraîne l’émission de quantités très élevées de la forme la plus toxique d’arsenic, l’arsenic trivalent ou arsénite, ce qui justifierait que ce bois soit classé déchet dangereux, comme c’est le cas en Europe.

L’EPA et la Commission sur la sécurité des produits de consommation (CPSC) des États-Unis ont étudié l’efficacité de huit scellants appliqués sur du nouveau bois traité à l’ACC. Les niveau d’arsenic mesurés sur certains mini-patios étaient significativement plus élevés après 15 mois comparativement à la période de 12 mois. Les teintures à l’huile et à l’eau qui pénètrent le bois étaient les plus efficaces pour réduire la migration de l’arsenic. Les peintures et autres produits formant un film en surface sont déconseillés : ils présentent un plus grand risque d’exposition à l’arsenic car ils s’écaillent et doivent être grattés et sablés. Par contre, comme les teintures translucides à l’huile (dans un solvant pétrolier) s’écaillent aussi, l’utilisation d’une teinture à l’eau pénétrante, comme les produits écologiques de marque Broda ou Sansin, semble plus sécuritaire.

Risque élevé de cancer

La Californie et la Floride estiment qu’un enfant touchant régulièrement à un équipement de jeu en bois traité à l’ACC augmente son risque de souffrir plus tard d’un cancer de 1/1 000 enfants à 4/100 000. Un risque de cancer de 1 sur 1 000 est mille fois plus élevé que le risque considéré comme légalement acceptable aux États-Unis, souligne l’Environmental Working Group (EWG), l’organisme environnemental basé à Washington qui a réussi à faire retirer ce produit du marché.

L’EWG estime même que le risque est aussi élevé qu’un sur 500 pour un enfant qui touche à du bois traité à l’ACC trois heures par jour à l’année longue. Si un tel risque était confirmé par l’EPA, il serait « énorme », car le niveau acceptable de risque de cancer environnemental se situe autour de un sur un million, précise le chercheur Onil Samuel, coauteur d’un feuillet sur le bois traité à l’ACC publié par l’INSPQ en 2002. « Des mesures immédiates devraient être prises pour réduire l’exposition des gens », nous affirmait en 2005 cet expert des pesticides.

Mais Onil Samuel était très sceptique face à la méthodologie de l’EWG et prudent face à ce genre d’estimation. « Dans les villes où il y a beaucoup d’arsenic dans l’air ou dans l’eau, on n’observe pas les taux incroyables de cancers envisagés dans les analyses de risque. »

La chercheure de l’EWG, l’ingénieure Jane Houlihan, s’est inspirée de la norme de l’EPA quant au potentiel cancérigène de l’arsenic dans l’eau potable. Elle a tenu compte du fait que l’EPA considère que le corps absorbe seulement 6,4 % du poison qui touche à la peau, comparativement à 25 % s’il est ingéré (par exemple dans du sable) et à 100 % si l’enfant se met les doigts dans la bouche. « En fait, dit-elle, nous avons peut-être sous-estimé le risque car la norme de l’EPA ne tient pas compte du fait que les enfants sont dix fois plus vulnérables aux produits cancérigènes que le sont les adultes. »

Onil Samuel de l’INSPQ a noté que les données sur la performance des produits scellants 15 mois après leur application étaient basées sur un plus petit échantillonnage que celles portant sur les 12 premiers mois. « C’est sûr qu’il faut utiliser des scellants pénétrants, et que l’idéal est de les appliquer annuellement; mais si on le fait aux deux ans parce que ça coûte cher et que ça prend du temps, je ne serais pas inquiet, d’autant plus que dans notre climat on ne touche pas au bois traité 12 mois par année. »

Ce scientifique se préoccupe plus de la mode des laveuses à pression utilisées chaque année. « Je n’aimerais pas me promener pieds nus sur un tel patio en bois traité à l’ACC dont on aurait enlevé la couche de protection. »

L’INSPQ recommande aussi :

  • de fermer les espaces sous les patios afin que les enfants ne puissent jouer sur un sol contaminé qu’ils pourraient toucher ou ingérer;
  • d’éviter le contact entre les aliments ou l’eau potable et le bois traité à l’ACC;
  • de ne jamais brûler ce bois car la fumée serait très toxique;
  • et de ne jamais l’utiliser comme paillis, pour faire du compost ou comme bordure de potager.

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