Autoconstruction : conseils pratiques

 

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La résidence autoconstruite par l’architecte Roberpierre Monnier. Photos : Monnier Architecte

Cet article s’adresse surtout aux personnes qui en sont à leur première expérience d’autoconstruction d’un petit bâtiment résidentiel du groupe C (Habitations) au Code de construction du Québec (CCQ) en vigueur.

L’autoconstructeur a deux épées de Damoclès prépondérantes au-dessus de la tête : la gestion de l’argent et le contrôle de l’eau. Elles comptent parmi les principales causes des échecs, conflits ou réussites d’un projet.

La plupart des autoconstructeurs ont deux objectifs principaux en tête : réduire les coûts de la main-d’oeuvre spécialisée et avoir le sentiment de contrôler le déroulement et la compréhension fine de leur projet du début à la toute fin.

Hormis les facteurs financiers et climatiques, il y a toutes les conformités qui s’imposent pour éviter les dérapages. Voici les plus importantes.

Les règlements municipaux

Chaque municipalité a le pouvoir de réglementer plusieurs éléments qui viendront encadrer la liberté de construire. Entre autres choses, le zonage urbain, le choix des matériaux, des couleurs, des styles architecturaux, de la hauteur et de la profondeur du bâtiment et même l’application en partie ou non du CCQ. Il faut donc toujours vérifier si les règlements locaux permettent la construction du projet espéré à cette date dans votre municipalité. 

L’autoconstructeur a tendance à vouloir personnaliser l’architecture résultante. Il faut avoir en tête que cette construction faite par soi et pour soi sera un jour vendue ou léguée à d’autres, en particulier à la suite d’un décès. Votre maison sera donc dans l’avenir inspectée et appréciée par un acquéreur éventuel (acheteur ou héritier).

Pour éviter les erreurs techniques

Il faut produire des plans du site et du bâtiment, des détails de construction et rédiger un devis au fur et à mesure que les plans progressent. Pour les résidences isolées, accordez la priorité à l’emplacement (et à l’orientation) de votre bâtiment avant celui du champ d’épuration lorsque c’est possible.

Conformité à la Loi sur la qualité de l’environnement

Nul n’a le droit de polluer. À cet égard, il n’y a aucun droit acquis!

On doit obtenir la certitude que la construction projetée est conforme, notamment en matière d’alimentation en eau potable et de traitement des eaux usées pour les résidences isolées des réseaux.

En matière d’efficacité énergétique

Le CCQ comprend depuis 2012 la partie 11 qui oblige le respect de la Loi sur l’économie de l’énergie dans le bâtiment.

Monnier copieLe budget

Sachez que la maison solaire passive coûte environ le même prix qu’une unifamiliale conforme au CCQ, aux lois et à leurs règlements. Il suffit essentiellement d’orienter la majorité des fenêtres vers le soleil et de prévoir les zones ombragées requises. Elle sera structurée, ventilée, isolée et étanchéifiée selon toutes les prescriptions du Code en vigueur.

En Estrie, en 2016, on estimait le coût d’une construction conforme entre 150 $ et 175 $ le pied carré (pi2), soit entre 300 000 $ et 350 000 $ pour 2 000 pi2 (185 m2) habitables, excluant les coûts des installations autonomes du traitement des eaux usées et du forage d’un puits d’eau potable.

Selon la région, une maison répondant aux exigences du programme provincial Novoclimat 2.0 consommerait 20 % de moins en chauffage qu’une maison neuve conforme au CCQ, mais son coût de construction se situerait entre 306 500 $ et 308 000 $, selon le Bureau de l’efficacité et de l’innovation énergétiques (BEIE) qui gère ce programme. Le BEIE n’homologue que les maisons construites par un entrepreneur certifié Novoclimat 2.0 par le Bureau de normalisation du Québec.

La maison dite « à consommation d’énergie nette zéro » produit autant d’électricité annuellement que ses occupants en consomment. Elle dépasse largement les exigences du Code en vigueur en matière d’efficacité énergétique et est dotée d’une ou plusieurs sources de production d’énergie, typiquement un système solaire photovoltaïque. En 2012, son coût était estimé au double d’une maison conforme, soit au moins 600 000 $, mais en 2015-16 le surcoût avait chuté radicalement et oscillait entre 60 000 $ et 80 000 $, selon le ministère fédéral des Ressources naturelles.

Dans tous ces cas, on présume que la hauteur moyenne entre le plancher et le plafond est de 8 pieds. De plus, la puissance et les coûts associés à la consommation énergétique varient selon le nombre d’occupants dans une maison et leurs habitudes de consommation d’électricité.

Pour assurer la stabilité, la sécurité, l’efficacité et la salubrité

Construire une maison est devenu chose de plus en plus complexe. Il y a environ 50 ans, l’enveloppe du bâtiment ne comptait que de trois à quatre fonctions primaires — structure, isolation, finition extérieure et intérieure, ouvertures. Aujourd’hui, elle compte une dizaine de systèmes distincts qui doivent être installés dans l’ordre et en fonction des prescriptions du CCQ en vigueur :

1- Finition intérieure, peinture et placoplâtre résistant au feu ou à l’humidité qui protège le pare-vapeur plastique et l’isolant combustible, s’il y a lieu;

2- Pare-vapeur étanche;

3- Isolation avec bris thermique (extérieur ou intérieur);

4- Structure la plus fine possible (aux états limites);

5- Ouvertures (portes et fenêtres et autres conduits);

6- Contreventement;

7- Pare-air structuré (stable);

8- Pare-pluie chevauché et solinage;

9- Espace (pour l’équilibre des pressions d’air);

10- Finition extérieure (le parement).

Conformité en fonction de la valeur marchande

La construction faite par soi et pour soi sera un jour ou l’autre évaluée par d’autres. Le taux de votre hypothèque, la valeur de revente et les taxes applicables en dépendent. Toute initiative personnelle qui tente de faire fi de ces normes de construction et d’évaluation marchande courante verra l’étude de son dossier retardée ou refusée par les prêteurs.

MEHiver2010_2766Licence requise, travaux permis

Consultez le site de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ) pour savoir si vous devez détenir une licence particulière. En principe, une construction résidentielle aurait besoin des services d’environ 22 corps de métier et nécessiterait donc 22 contrats complétés par 22 devis explicites permettant d’obtenir des soumissions comparables.

Tout ce qui se rapporte à la plomberie, à l’électricité, au gaz, au mazout et au pétrole est particulièrement règlementé pour des raisons de sécurité et de salubrité. Ni les propriétaires ni l’homme à tout faire ne peuvent intervenir dans ces domaines sans la présence responsable des entrepreneurs spécialisés. Comme l’explique la RBQ : « Si vous faites vos travaux de construction ou de rénovation vous-même, vous ne pourrez bénéficier d’aucune protection. Une protection s’applique seulement quand vous faites affaire avec un entrepreneur détenant une licence de la Régie du bâtiment du Québec. »

Responsabilité civile du chantier en cours

L’autoconstructeur doit aviser ses assureurs que le projet sera en chantier pendant une période déterminée. Ce risque sera pris en compte moyennant un supplément et l’obtention d’un statut particulier d’entrepreneur-propriétaire accordé par la RBQ.

Pour rendre son projet écoresponsable 

En construction ou en rénovation, il est impossible d’éliminer toute empreinte dommageable à l’environnement à court, moyen et long terme. On ne peut que verdir et réduire au mieux.

Il faut donc : 

1- Analyser l’environnement naturel ou déjà construit (milieu urbanisé) qui pourrait affecter le projet souhaité, notamment la topographie, le parcours du soleil, la végétation, les zones d’ombre, les corridors de vent, les feuillus disponibles, les sources de bruit… Prévoir un coût pour l’étude et les tests de percolation du sol;

2- Vérifier toutes les servitudes, les emprises et le zonage. Prévoir un budget pour l’établissement du cadastre et du certificat de localisation à la fin du projet;

3- Réduire les distances entre votre futur emplacement et le lieu de votre travail coutumier (trajets automobiles), ainsi que :

         a- les déplacements de la main d’œuvre,

         b- les lieux-sources des matériaux (traversent-ils le continent ou un océan?), tout en s’assurant que le fournisseur le plus près possède une politique de retour des matériaux en surplus, sans frais additionnels;

4- Réduire les surfaces à construire; 

5- Réduire les déchets, les trier à la source, les réutiliser, les donner ou sinon les envoyer au recyclage. Brûler sur place et l’enfouissement sont les pires options;

6- Maximiser les apports du chauffage et de l’éclairage solaire passif avant, pendant et après le chantier;

7- Trouver les matériaux qui émettent un minimum de composés organiques volatils (COV) ou au besoin les sceller.

Tenir compte de tous les coûts

Tout a un prix! Peu importe l’ampleur et la nature de votre autoconstruction, il faut sans tarder mettre en œuvre un chiffrier dynamique qui inclut absolument tous les coûts reliés à votre projet :
• des matériaux livrés et leur entretien prévu à court, moyen et long terme;
• de l’énergie payée ou épargnée avant, pendant et après l’occupation et dans tous les cas, il faut calculer le retour sur l’investissement;
• de la main-d’œuvre engagée, celle des propriétaires eux-mêmes et leurs proches;
• de l’hypothèque, du notaire, des assurances-chantier, des assurances courantes, des taxes et autres dépenses;
• du remplaçant si jamais vous êtes blessé ou malade ou si vous décédez pendant la durée du chantier. Le coût réel du remplaçant doit être prévu dans votre chiffrier.

Conservez toutes les factures permettant d’obtenir les crédits auxquels vous êtes admissible. Seules les factures formelles originales sont acceptées par les gouvernements (crédits d’impôt et de taxe, subventions, etc.) et les fournisseurs (en cas de demande de remboursement ou de crédit).

Procédez toujours à une analyse qualité-prix en termes de durabilité de ces coûts par rapport aux bénéfices escomptés, pour tout et pour le moindre geste.

L’autoconstructeur a tendance à vouloir utiliser la main-d’œuvre bénévole de ses proches. Ce risque doit être évalué pour toute la durée du chantier.

Enfin, si vous êtes copropriétaires ou avez un conjoint, préparez une convention de copropriété simplifiée.

Mythes à déboulonner et réalités à considérer

• Une construction sans empreinte écologique n’existe pas. On laisse toujours une trace.

• Personne ne veut être envahi d’animaux, d’insectes ou de végétaux indésirables qui pourraient réduire sa quiétude, la durabilité des matériaux ou la valeur marchande d’une maison.

• Les maisons avec un sous-sol bien conçu fonctionnent très bien. Ce sont des masses thermiques potentielles importantes à exploiter et souvent des espaces à moindre coût.

• Les maisons étanches doivent être ventilées correctement à l’année et en période de chauffe par une ventilation mécanique conforme, contrôlée par l’occupant, aux débits équilibrés prescrits.

• À ce jour, au Québec, il n’existe aucune recette miracle, aucun matériau, ni plante pour assainir l’air ambiant selon les exigences minimales des normes en vigueur. Il n’y a rien de plus efficace pour la réduction des polluants que la ventilation (l’échange d’air). La filtration n’est qu’un dernier recours.

(Détails : « Comment purifier l’air avec nos plantes », par André Fauteux, La Maison du 21e siècle, hiver 2010, et « Des solutions calquées sur le biomimétisme », par Roberpierre Monnier, magazine Québec habitation, août 2012.)

• La construction conforme prend en moyenne environ six mois à se finaliser.

• L’autoconstruction prend souvent plus de temps. Les conséquences sont de toute nature :

         a) Les matériaux longtemps exposés aux éléments se dégraderont plus rapidement;

         b) Le financement versé à la fin des travaux sera retardé;

         c) La qualité de vie sera réduite;

         d) La reprise de la vie courante sera handicapée quand un chantier tarde à se finaliser.

• Il faut être présent sur son chantier en permanence et avoir l’œil ouvert pour saisir toute occasion qui pourrait survenir.

 

Pour en savoir davantage

Voici la présentation Powerpoint de ma conférence sur l’autoconstruction prononcée à la Foire ÉCOSPHÈRE de Magog, le 30 septembre 2017, ainsi que les tableaux qui l’accompagnent :

Main d’oeuvre et Coût construit.

Les ressources humaines et les expertises sont accessibles facilement via Internet, il ne faut pas s’en priver, après avoir vérifié doublement leurs références.

Construire ou agrandir sa maison (CCQ)
Si vous effectuez les travaux vous-même (RBQ)
ecohabitation.com

Bons travaux!

Pour en savoir davantage :

Ex-conseiller en innovation technologique au Conseil national de recherches du Canada pendant 14 ans, l’architecte Roberpierre Monnier roberpierre.monnier@bell.net se passionne pour l’architecture durable depuis 1975. facebook.com/Monnier-Architecte-972927066097733/

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