Vivre autrement dans un écovillage

 

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La montagne possède un sommet plat d’une superficie d’environ deux terrains de football.

Tout a commencé par un rêve, le rêve passionné de deux hommes qui ont voulu créer un « village de Schtroumpfs » à échelle humaine. Le but était de concevoir un milieu de vie sain où il serait possible de vivre ensemble, en harmonie avec l’environnement, et ce avec un minimum d’impact sur la nature. La Terre de la Réunion est un organisme à but non lucratif né de l’idée en apparence utopique de construire un écovillage en formule collective; un modèle où les membres deviennent copropriétaires de l’ensemble, tout en possédant chacun leur propre lot individuel pour y construire leur maison.

C’est à l’été 2008 que Serge Bolduc et Simon Leclerc se sont réunis pour la première fois afin d’échanger sur leur rêve respectif. Entrepreneur en construction de maisons saines et écologiques, Serge complétait alors un contrat dans la région de Bromont, en Estrie. C’est dans ce lieu qu’ils ont commencé les recherches pour trouver un endroit qui pourrait accueillir leur projet. Mais les coûts d’achat très élevés des terrains disponibles allaient rapidement décourager les deux « rêveurs », qui ont alors mis leur projet en veilleuse.

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Simon Leclerc

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Serge Bolduc

De nouveau réunis dans la région de Val-David à l’automne 2010, Serge et Simon ont relancé les démarches, et au bout de quelques semaines, un site enchanteur était découvert. Une offre d’achat a alors été déposée sur cette érablière de 60 acres en montagne, et six mois plus tard, après avoir bien étoffé et défini leur projet, la transaction fut officialisée.

Des êtres de communauté et de service

« D’aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours voulu vivre autrement, nous dit le cofondateur Simon Leclerc. Le concept de vie à l’occidentale, où les gens habitent à proximité mais séparés les uns des autres, n’a jamais eu de sens pour moi. Beaucoup de gens ne connaissent pas leurs voisins, et pourtant, ils habitent dans le même environnement qu’eux. Quand j’habitais à Montréal, les seules fois où je voyais mes voisins, c’était lors de tempêtes de neige, lorsque l’un de nous restait coincé avec sa voiture! J’étais toujours étonné de constater à quel point les gens étaient alors heureux de collaborer et enthousiastes à l’idée d’aider. Je crois vraiment que l’humain est un être de communauté et de service, mais le mode de vie occidental nous a conditionnés autrement. »

Avant le 20e siècle, l’homme vivait en microsociété, dans des regroupements où les habitants partageaient une culture et des valeurs communes. Les villages d’Amérique se sont déployés à partir de cette envie naturelle de se réunir. Dans les années 1970, beaucoup de gens ont voulu se regrouper en communauté. Ils ont créé des modèles qui étaient à l’opposé du mode de vie occidental courant. Mais les formules proposées étaient plutôt orientées vers les communes, d’inspiration hippie, où l’intimité des uns empiétait sur celle des autres. Bien qu’attrayants au départ, ces regroupements ne proposaient pas vraiment de vision à long terme, car le besoin naturel d’intimité ressortait tôt ou tard, et cette façon de vivre fut presque entièrement abandonnée.

Aujourd’hui, les nouveaux modèles de vie en commun proposent des zones collectives et d’autres parties privées. Ce sont des lieux où la création et le développement favorisent le partage, la collaboration et le respect d’autrui, dans une ambiance à la fois calme, ressourçante et joyeuse.

Chacun est libre de construire sa maison comme il le souhaite.

La première maison construite à la Terre de la réunion.

Trouver l’équilibre

Serge Bolduc explique : « À la Terre de la Réunion, trouver l’équilibre entre les zones communes et l’intimité des maisons a fait partie de la vision dès le départ. La montagne, qui possède une pente douce et naturelle côté sud, permettait de construire les maisons sur ce versant. Nous pouvions ainsi optimiser l’aménagement du territoire en concentrant les infrastructures (Hydro-Québec, Bell Canada, route) requises pour permettre les constructions tout en bénéficiant de l’ensoleillement. Chacun est libre de construire sa maison comme il le souhaite, mais nous nous sommes dotés à l’interne d’un plan d’urbanisme visant à harmoniser les demeures entre elles. Aujourd’hui, les prix des matériaux écologiques sont presque équivalents à ceux des matériaux standards. Il n’y a plus aucune raison d’installer des matières polluantes dans une maison. Il est possible de créer des lieux de vie modernes, sains et ergonomiques, tout en minimisant notre empreinte sur l’environnement. »

Dans le but de préserver la montagne, ils ont choisi de subdiviser uniquement 12 lots sur l’ensemble du territoire (4 sont toujours disponibles). En concentrant ainsi les constructions sur un même versant, 90 % de la superficie de la terre, dont le sommet de la montagne, est préservée pour les espaces communs et les projets collectifs (sentiers aménagés, zones de ressourcement, lieux de partage, etc.).

« La montagne possède un sommet plat d’une superficie d’environ deux terrains de football, explique Simon. Cette zone est le cœur du projet, c’est l’élément qui nous a fait tomber en amour avec ce lieu. C’est une ancienne érablière qui a été exploitée dans les années 1960. On avait priorisé les érables et ils occupent aujourd’hui la presque totalité de la forêt. Il s’y dégage une grande paix et beaucoup d’harmonie. »

L’environnement, une priorité durable

Le chemin d’accès de un kilomètre a été complété en 2011. Sillonnant naturellement la montagne, il a été installé sur l’ancienne route qu’empruntaient les chevaux pour le transport de la sève d’érable. Afin de limiter au maximum l’érosion et l’impact sur le lac Gravel situé juste au pied de la montagne, on a engagé l’ingénieur forestier Gabriel Charbonneau, qui dirige la firme AUBIER Environnement, et le biologiste Daniel Lambert, de Biofilia. Ils ont aménagé les pentes et géré l’écoulement des eaux de pluie le long de la route, la protégeant ainsi de l’érosion. Plusieurs milliers de dollars ont ainsi été investis uniquement pour préserver la route et le lac.

La protection de l’environnement est souvent le premier poste budgétaire visé pour réduire les coûts d’un lotissement. Mais la construction d’une route en montagne a beaucoup d’impacts négatifs sur l’environnement immédiat, particulièrement lorsque cette route avoisine un lac ou une rivière. Si le sol ne peut les retenir, les sédiments glisseront naturellement vers le bas lors des pluies, et ils se retrouveront dans le plan d’eau pour s’accumuler au fond où ils favoriseront la croissance des algues.

S’unir à un lieu

« De par mon métier de designer d’intérieur, je suis très sensible à l’environnement et à l’harmonie d’un lieu, nous dit Julie Girard, qui s’est jointe au projet en 2012. Depuis toujours, j’ai ressenti un certain malaise, face à l’attitude de l’homme envers son environnement, et encore davantage quand il est question d’établir son domicile. À mes yeux, ce décalage provient de l’habitude d’acheter, de s’approprier et de posséder, plutôt que de mettre l’énergie à habiter et à s’unir à un lieu. Bien que je sois propriétaire d’un terrain et d’une maison tout récemment construite à la Terre de la Réunion, je ne ressens pas le sentiment de possession, mais plutôt une immense gratitude envers cette nature généreuse qui m’accueille et avec laquelle je cohabite respectueusement. Pour moi, il est dans l’ordre naturel des choses que je m’adapte à mon milieu de vie, au lieu de l’inverse. C’est la recette qui permet un équilibre et une harmonie durables. »

Serge abonde dans le même sens : « La création de ce projet a été l’un des plus grands cheminements de ma vie. À chaque étape du processus, nous avons été accompagnés par la vie : recherche de la terre, financement, autorisations municipales, infrastructures, constructions de maisons, etc. Les petits avantages individuels sont subtils et parfois, sans s’en rendre compte, on détourne des idéaux plus larges vers des bénéfices personnels. À la terre, on s’est toujours remis en question pour s’assurer que les décisions prises servaient le bien commun. Quand est venu le moment de déterminer l’emplacement du pavillon commun à venir – qui est déjà financé par la vente des terrains –, nous avons choisi de l’installer sur le plus bel endroit du site, où tous pourront en bénéficier. »

« Depuis le début de notre projet, la vie nous a offert plusieurs cadeaux, poursuit Serge. Par exemple, alors que tous les fournisseurs de télécommunications considéraient notre secteur comme étant trop éloigné pour le desservir, un budget spécial a récemment été débloqué par Bell Canada pour installer la fibre optique dans de nouveaux lotissements, dont le nôtre. Nous pouvons donc vivre en pleine nature, tout en restant connectés au monde grâce à la technologie la plus rapide et la plus saine disponible. »

À la Terre de la Réunion, l’un des objectifs à long terme est d’être autonome sur le plan alimentaire. « Tous ensemble, nous voulons cultiver des potagers, des jardins, des arbres fruitiers et toute autre plante comestible vivace, raconte Lucie Laurin, première résidante à s’y être établie. Nous voulons nous inspirer des concepts de permaculture et de forêt nourricière pour nous offrir une abondance d’aliments sains et biologiques. Un jour, qui sait, nos récoltes en surplus pourront peut-être même être redonnées à la communauté. »

Partager l’expérience

Aucune hypothèque n’a été nécessaire pour créer la Terre de la Réunion. Son financement a été assuré entièrement par les membres copropriétaires. Un accès facile aux routes principales rend ce lieu très attrayant pour ses habitants, car le domaine n’est situé qu’à cinq minutes du village de Val-David, dans les Laurentides, et à environ une heure de route de Montréal.

La complémentarité des membres de la Terre de la Réunion a permis de passer du rêve initial à la réalisation concrète et matérielle. Par son élan communautaire, ce projet a également une mission éducative qui passe par le partage des expériences vécues. Ils mettent ainsi en valeur les éléments fondamentaux qui ont rendu ce projet viable et ils présentent les options qui paraissaient prometteuses au départ, mais qui ont été jugées inapplicables en cours de route.

L’idéal proposé par la Terre de la Réunion rejoint un grand nombre de personnes. C’est un milieu de vie créatif et stimulant, un laboratoire où l’on expérimente de nouveaux concepts de demeures et de relations, et où l’on cultive le bonheur de vivre ensemble. Loin d’être recluse, cette communauté s’ouvre aux collectivités avoisinantes et reçoit les visiteurs curieux d’en apprendre davantage sur ce concept. « Notre but, conclut Simon, est d’inspirer les gens afin qu’ils reproduisent ce modèle de lieu de vie en harmonie avec l’environnement et de stimuler l’esprit communautaire inhérent à la nature humaine. »

Pour en savoir davantage
terredelareunion.com

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2 Responses

  1. Louise Ranger

    Je viens de découvrir votre site suite à un article dans La Pesse d’aujourd’hui

    Votre projet nous intéresse grandement.

    Nous rencontrons les gens de Belvedair jeudi.

    Est-ce qu’il y a une possibilité de visite bientôt

    Dans l’attente de votre réponse et vous en remerciant à l’avance.

    Louise

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