Pour l’amour du vieux bois de grange

vieux boisPlusieurs entreprises québécoises font revivre le vieux bois pour habiller nos maisons. En voici deux qui sont particulièrement inspirantes.

Recycler le passé pour construire le futur 

Œuvrant dans la construction depuis 2001, Alexandre Raymond était insatisfait de ce milieu polluant jusqu’au jour où il put se consacrer à la construction écologique et surtout à sa grande passion : le recyclage des bâtiments patrimoniaux, grâce à l’entreprise Vieux Bois qu’il a fondée en 2010. Aujourd’hui, il fait le tour du Québec pour dénicher de vieux bâtiments à déconstruire afin de récupérer leurs poutres équarries à la hache et autres trésors.

« Nous possédons la plus grande réserve de bois de grange au Québec », affirme l’entrepreneur de Saint-Donat (Lanaudière) qui bâtit aussi des maisons avec Les Constructions MontagneArt. « Chaque bâtiment que nous déconstruisons est recyclé à 100 %. Des tôles sur le toit jusqu’au béton des fondations en passant par les clous et bien sûr le bois, tout est réutilisé. Cette façon de faire nous permet de récupérer au moins 50 tonnes de déchets par projet qui auraient été soit enfouis ou brûlés sans notre intervention. Les éléments historiques et décoratifs tels que les portes, les fenêtres, les vitraux ainsi que les ornements et ferronneries antiques sauront rehausser votre décor. »

Vieux Bois collabore aussi avec des designers créatifs et des ébénistes talentueux qui conçoivent et fabriquent des meubles uniques à partir de matériaux recyclés. « Il nous arrive souvent de tomber sur des trésors. Établi centenaire, armoire à panneau soulevé, vieille publicité, outils et jouets antiques font partie de notre réalité. Nous les recueillons, les réparons pour décorer nos projets et les transformons pour leur donner une nouvelle vie. »

Espace-BoisLe bois de grange : très tendance

Il n’y a pas si longtemps, le sort d’une vieille grange abandonnée était généralement d’être démolie à la pelle mécanique ou d’être brûlée car on n’y voyait aucune utilité, raconte Guillaume Ouellet, copropriétaire de l’entreprise Espace Bois, de Saint-Pascal de Kamouraska. « On voit encore ça, parfois. Les gens n’ont pas le choix car il y a risque d’effondrement, c’est dangereux pour les enfants, et en plus ils paient inutilement des taxes sur le bâtiment. »

Mais depuis quelques années, ce bois a pris de la valeur. C’est pourquoi M. Ouellet et son associé Vincent Bouchard ont fondé Espace Bois : afin de le récupérer et le recycler en produits à valeur ajoutée. « Le bois de grange est de plus en plus en demande, c’est tendance depuis un certain temps. C’est moderne, à la fois rustique et chic. Beaucoup d’entrepreneurs et de propriétaires de nouvelles cuisines et de lofts aiment bien le mélange de matériaux comme le bois et le métal. Les gens voient qu’il y a un nouveau potentiel, quelque chose de magnifique à faire avec ce vieux bois. »

Espace-BoisChez Espace Bois, le bois récupéré est transformé en meubles sur mesure, en revêtements muraux intérieurs ou extérieurs, en plafonds, notamment. Après en avoir retiré les clous, le bois est trié, déligné au banc de scie pour lui enlever ses rainures le cas échéant, remis parfaitement droit au convoyeur à couteaux, puis sablé. « C’est beaucoup de travail, mais en tant qu’entrepreneurs en construction depuis une dizaine d’années, nous aimons ça!, dit Guillaume Ouellet. Nous travaillons avec des ébénistes passionnés, ce n’est pas une corvée. »

Cet artisan minutieux a bâti sa propre maison en bois massif selon la technique ancienne de tenons et mortaise qui met les poutres en valeur. Il ajoute que son entreprise ne fait pas que vendre du bois : « Nous pouvons aussi réaliser un projet clé en main, comme refaire totalement un aménagement intérieur de cuisine, avec ilôt, table, bancs, recouvrement mural, portes coulissantes, plancher, etc. »

Comme le bois de grange est plus en demande, les récupérateurs ne peuvent plus l’obtenir gratuitement, juste en démontant les bâtiments et en nettoyant le site. « Les propriétaires se sont rendus compte que leur grange a pris de la valeur, certains veulent vendre au gros prix. Heureusement, nous sommes compétitifs et certains ateliers d’ébénistes urbains sont même plus chers. Pour nous, la ressource est moins coûteuse et nos coûts d’atelier et de main d’oeuvre sont moins chers. »

Nous saluons les artisans de Vieux Bois et d’Espace Bois qui créent des emplois dans les campagnes en valorisant les trésors autrefois insoupçonnés qui font partie de nos paysages depuis des siècles.

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2 Responses

  1. Renée

    C’est bien joli le recyclage du bois de grange, mais c’est une façon de faire disparaitre très rapidement le patrimoine bâti du Québec et d’ailleurs. Un bâtiment, même en ruine, témoigne de notre histoire et en plus sert d’abri à la faune environnante (rongeurs, petits prédateurs, oiseaux, etc.). Cette situation a pris des proportions très inquiétantes aux USA, ou les vieilles granges se font littéralement voler morceau par morceau par les amateurs de bois de grange. Ce bois, je ne veux pas le voir dans les salons des plus nantis, je veux le voir où il a pris tout son sens.

  2. agfauteux

    Très intéressant, merci de la précision. Le problème, c’est que personne n’investit dans la réhabilitation de ces vieux bâtiments qui présentent un danger public quand ils sont abandonnés, comme l’explique Guillaume Ouellet dans le texte.

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