Les maisons plus récentes sont-elles à risque de dangers électriques?

Selon la National Fire Protection Association (NFPA), 40 % des incendies résidentiels sont d’origine électrique.

La réponse est oui : les dangers électriques sont encore trop fréquents dans les nouvelles maisons.

Tim Birnie

Par Tim Birnie www.birnie.com
Paru dans le magazine HOME BUILDER, Mai/Juin 2016

Bien que le mot « nouveau » puisse être synonyme de meilleures pratiques de construction et de technologies plus sécuritaires, bon nombre de maisons neuves abritent des défaillances électriques potentiellement dangereuses dont les constructeurs et les propriétaires ne sont pas conscients. En tant qu’entrepreneur électricien agréé, j’inspecte ces nouvelles maisons.

Selon mon expérience, 99 % des maisons inspectées par mon entreprise présentent des défaillances électriques, dont 40 % montrent même des risques élevés d’électrocution. Les signes précurseurs d’un danger électrique peuvent survenir aussi tôt que 10-15 ans après la construction d’une demeure. Parmi les signes avant-coureurs les plus fréquents, on retrouve des lumières qui clignotent, des disjoncteurs qui se déclenchent et une odeur de plastique brûlé.

La dégradation du système électrique, les mauvais points de contact et les raccourcis électriques font partie des raisons pour lesquelles certaines nouvelles maisons sont exposées à des risques électriques. Le terme « nouvelle maison » nous donne un faux sentiment de sécurité, car nous supposons qu’il n’est pas nécessaire de se soucier du système électrique.

L’industrie a mis en place de nouvelles techniques et de nouveaux dispositifs pour répondre à la demande, car les constructeurs doivent respecter des échéanciers serrés. Certaines innovations sont légales, mais sont-elles vraiment sécuritaires?

Les constructeurs et les entrepreneurs doivent conseiller à leurs clients d’entretenir régulièrement le système électrique de leur maison en raison des changements réalisés par l’industrie. Il est essentiel de renseigner les professionnels de l’industrie afin de les sensibiliser à l’importance d’entretenir le système électrique des maisons récentes.

Selon la National Fire Protection Association (NFPA), 40 % des incendies résidentiels sont d’origine électrique. Si les entrepreneurs et les propriétaires étaient mieux renseignés, la plupart de ces incendies pourraient être évités. En tant que président de Birnie CurrentSAFE, une division de Birnie Electric, entreprise spécialisée dans la détection des dangers électriques résidentiels (EHD), voici les cinq principales raisons qui entrainent des risques électriques dans les nouvelles maisons :

Tim Birnie a inspecté une maison de ville construite il y a 15 ans et qui fut incendiée. La cause : cette prise branchée par derrière. © birnie.com

1. Le « poignardarge » (back-stabbing ou back wiring) : Ce raccourci consiste à brancher une prise à travers un des trous pratiqués dans le dos du réceptacle (le fil est alors retenu par une pince à ressort plat plutôt qu’enroulé sous une des vis de côté). C’est un choix de câblage populaire parce qu’il s’agit d’une méthode plus rapide, mais le câblage requiert davantage d’entretie. Bien que cette pratique soit approuvée pour la construction des nouvelles maisons, elle peut affaiblir les connexions d’un appareil, car les fils sont branchés à l’arrière de la prise ce qui minimise la zone de contact entre le fil et le périphérique. Selon l’Office de la sécurité des installations électriques (OSIE), cette faiblesse des points de connexion peut entraîner des arcs électriques et des étincelles. Il est plus sécuritaire d’enrouler fermement le fil autour de la vis de la prise.

2. Les horreurs des bricoleurs : À l’ère de Google et YouTube, n’importe qui peut s’improviser « électricien ». Les propriétaires ne veulent pas payer un entrepreneur ou un entrepreneur électricien agréé (ESL) pour effectuer diverses mises à niveau, comme l’installation de projecteurs. L’achat d’une nouvelle maison est un investissement coûteux et les propriétaires s’imaginent souvent qu’ils peuvent économiser en entretenant eux-mêmes les travaux ou les réparations de leur système électrique. Il s’agit d’une situation frustrante pour les entrepreneurs et pour l’OSIE, sans compter que le propriétaire est souvent perdant. Au Québec, la loi stipule que les maîtres électriciens sont les seuls autorisés à faire des travaux électriques, y compris en rénovation. Quand un propriétaire embauche un électricien agréé, il est assuré que le travail est effectué selon les normes du code de l’électricité, que les permis appropriés ont été obtenus et que toutes les garanties restent en place.

3. Modifications des normes pour les disjoncteurs interrupteurs de circuit AFCI : Selon le nouveau règlement 26-724 (f) du Code canadien de l’électricité, tous les circuits de dérivation des habitations qui alimentent des prises de 125 V de 20 A ou moins doivent être protégés par un disjoncteur interrupteur de défaut d’arc de type combiné. Les AFCI sont conçus pour reconnaître les défauts d’arc et réagir en coupant le courant, réduisant ainsi le risque d’incendie d’origine électrique. Il y a dix ans, ces disjoncteurs n’étaient requis que dans les chambres. Les défauts d’arc peuvent se produire n’importe où dans le système électrique, surtout lorsque des fils ont été accidentellement perforés par des clous ou des vis.

4. Sonnez l’alarme : Les avertisseurs de fumée branchés sur le système électrique de la maison doivent être remplacés tous les dix ans. Il est préférable d’installer des avertisseurs de fumée à piles, car les avertisseurs de fumée branchés directement au système de la maison ne fonctionneront pas en cas de panne de courant à moins d’être alimentés par une pile de secours. Les plus anciens modèles installés dans les maisons il y a 10-15 ans ne possédaient pas de pile de secours.

Beaucoup de feux sont survenus après l’installation d’un compteur nouvelle génération sur un vieux socle. © Ian Lindsay / PNG pour le Vancouver Sun

5. Se renseigner en matière d’électricité : Il est essentiel que les propriétaires et les entrepreneurs soient conscients de l’usure que subissent les systèmes électriques au fil du temps, surtout que nous surchargeons souvent nos circuits et que les systèmes électriques se dégradent plus rapidement que jamais. Notre entreprise s’est donnée comme mandat de renseigner le public afin d’assurer la sécurité de la communauté. Nous avons mis sur pied des partenariats avec plusieurs services d’incendie afin de sensibiliser les gens et nous contactons régulièrement les constructeurs et les entrepreneurs afin d’établir des relations et de partager des conseils en matière de sécurité électrique qui peuvent sauver des vies. En Amérique du Nord, les incendies d’origine électrique entrainent près de trois milliards de dollars en dommages matériels. L’industrie de la construction résidentielle doit donc dès maintenant prendre des dispositions pour mettre en œuvre des mesures proactives et préventives afin d’assurer la sécurité des systèmes électriques dans les maisons plus récentes.

L’avis de la CMEQ

La Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ) abonde dans le même sens. « On devrait faire inspecter son système électrique aux dix ans, même aux cinq ans pour les prises d’usage courant, affirme Michel Bonneau, directeur du service technique de la CMEQ. Malheureusement, personne ne le demande. L’électricité est tenue pour acquise. Dans notre société, les gens ne font pas d’entretien préventif et font seulement réparer quand ça ne fonctionne pas. Pourtant, il serait impensable de n’inspecter une auto qu’aux dix ans! »

Michel Bonneau ajoute que les causes principales des incendies d’origine électrique ont été relevées dans des études américaines. « D’abord, il y a les extensions multiprises glissées sous des meubles ou des tapis. Leur usage est censé être temporaire, mais bien des gens les utilisent en permanence, ce qui augmente les risques d’échauffement. Les gens les achètent n’importe où et je doute fortement qu’elles soient toujours homologuées. »

Ensuite, il y a le travail au noir et sans licence, tant en construction qu’en rénovation. La CMEQ a le pouvoir de faire enquête et d’intenter des poursuites pénales lorsqu’elle reçoit une plainte, explique Danielle Dumas, directrice des communications de la CMEQ : « Au Québec, la loi est claire, personne ne peut faire de travaux électriques soi-même, il faut un maître électricien. Chaque année, des citoyens se voient imposer une amende de 5 000 $ pour avoir fait des travaux électriques sans être membre de la CMEQ, de même que des entreprises à hauteur de 15 000 $. »

Architecte et inspecteur en bâtiment montréalais depuis les années 1970, Morris Charney insiste aussi sur l’importance d’embaucher un professionnel. « Toute réparation dans une maison devrait seulement être faite par un maître électricien. Embaucher un entrepreneur général ne garantit pas cela. Vérifiez toujours la carte professionnelle des sous-traitants et assurez-vous que chacun a une licence de maître électricien délivrée par le Régie du bâtiment. »

Mais les amendes auxquelles ils s’exposent devraient être le moindre des soucis des citoyens qui choisissent le travail au noir pour économiser. Selon le ministère de la Sécurité publique du Québec, au moins 35 % des incendies résidentiels sont d’origine électrique. « Êtes-vous prêt à jouer avec un briquet et de mettre la vie et la sécurité des gens en danger?, demande Michel Bonneau. Les travaux électriques mal exécutés, ça ne pardonne pas. Si une personne remplace elle-même une prise et qu’elle inverse les polarités par erreur, il y a un risque d’électrisation ou d’électrocution. » Danielle Dumas ajoute qu’il faut aussi penser aux futurs propriétaires de votre maison. « Quand vous vendrez votre maison, ce pourrait être l’acheteur qui passera au feu. Les problèmes peuvent survenir au bout de dix ans, si la connexion de fils est mal faite. C’est petit à petit qu’il y a de la corrosion, de l’usure, que le climat agit… Les travaux d’électricité sont dangereux. Chaque année, il y a même des maîtres électriciens qui se blessent. »

L’architecte Morris Charney dénonce aussi la piètre qualité de plusieurs installations électriques. «  Les constructeurs et promoteurs de nouveaux immeubles d’habitation, que ce soit les locations ou les condominiums, prennent constamment des raccourcis. Les nouveaux appartements chauffés électriquement sont seulement dotés de 100 ampères de fusibles au disjoncteur principal, alors que le panneau de distribution est généralement de 125 ampères. Et il y a des thermopompes murales “mini-splits” qui prennent un circuit régulier de 15 ampères divisé en deux. Ces nouvelles installations ne laissent aucune marge de manœuvre tel que le requiert le code, elles surchargent les systèmes électriques dès le départ. Les pires contrevenants sont les experts en sinistre travaillant pour les compagnies d’assurance. Celles-ci sont uniquement responsables de réparer les dommages et non de rectifier les causes. Elles refusent de payer pour arriver à la source d’un problème. »

Moins d’inspections que jamais

La Régie du bâtiment du Québec (RBQ) a beau exiger que les maîtres électriciens paient pour ses inspections, elle en fait de moins en moins. « On est en auto-inspection, la Régie présume qu’on est tous bons, dit le maître électricien québécois. La CMEQ doit protéger le public, alors elle nous donne les outils parce que les inspecteurs du gouvernement ne vont presque plus sur les chantiers. Les inspections électriques, au fil du temps, parce qu’il y en a de moins en moins sur le terrain, on nous en demande de plus en plus souvent. » La RBQ n’a pas répondu à nos questions.

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