Image d'un bas de mur mal isolé. © Thermographie GG

Un bas de mur à l’isolation déficiente. © Thermographie GG

Un propriétaire de Saint-Hyacinthe est incommodé par des courants d’air et des factures de chauffage salées. Un entrepreneur lui suggère : « On “strippe” tout et on recommence. » La soumission monte à 40 000 $ pour retirer le revêtement extérieur, isoler et remettre le revêtement. Le propriétaire fait plutôt appel à Guy Gauthier, spécialiste en thermographie infrarouge depuis dix ans. La cause de l’inconfort, selon sa caméra thermographique qui illustre par diverses couleurs les températures des surfaces (le plus chaud en rouge et le plus froid en bleu) : aucune mousse d’étanchéité (ethafoam) n’avait été installée sur la lisse à la base des murs extérieurs. 

« Il aurait eu le même problème s’il avait ajouté de l’isolant sur les murs, explique le propriétaire de Thermo GG, à Granby, une entreprise recommandée par CAA-Habitation. Je lui ai recommandé d’enlever les moulures au bas des murs intérieurs et de sceller lui-même l’ouverture avec des canettes de polyuréthane. » Seule autre dépense : 625 $ pour l’analyse thermographique qui a duré moins de trois heures. De plus, Guy Gauthier précise consacrer de 12 à 15 heures à rédiger ses rapports d’analyse, sans frais additionnels. « Je ne fais pas les choses à moitié », de dire ce plombier de formation certifié niveau 3 en thermographie par l’Infrared Training Center, un organisme de formation sans but lucratif.

La thermographie infrarouge est très utile dans le cadre de l’inspection préachat d’une maison. En plus de détecter l’infiltration et les fuites d’air, elle permet de vérifier le bon fonctionnement d’un plancher chauffant, d’une chambre froide, de serpentins de réfrigération, de panneaux solaires thermiques, voire de déceler une surchauffe de pièces électriques ou mécaniques pouvant engendrer un détérioration et des arrêts prolongés de travail

Une question de calibrage

Ces temps-ci, Guy Gauthier voit beaucoup de cas d’entrepreneurs en isolation qui se disent thermographes mais qui selon lui n’ont pas reçu la formation adéquate pour utiliser leur appareil selon les règles de l’art. « Si la caméra est calibrée par quelqu’un qui ne connait pas bien ça, il peut par exemple affirmer que le mur manque d’isolation alors que moi je vous dirai que non. S’il ajuste l’appareil pour que tout ce qui se trouve en bas de 30 °C apparaisse en bleu, et si le mur est à 20 °C, assurément celui-ci semblera sans isolant! » C’est arrivé à un de ses clients : il a découvert après coup s’être fait flouer par un entrepreneur qui a arraché un isolant existant à son insu et l’a remplacé par un autre! Il était clair pour lui que l’entrepreneur connaissait peu l’art de la thermographie : « Le client posait plein de questions et il ne pouvait pas lui répondre. »

Heureusement, aujourd’hui, les consommateurs sont mieux avisés. « Avant, les gens pouvaient se faire endormir, mais avec l’internet, ils sont beaucoup plus informés. Certains qui m’appellent me posent des questions tellement précises que je me demande s’il ne s’agit pas d’un compétiteur! »

De toutes les couleurs

Guy Gauthier ne cesse d’entendre des histoires teintées de fraude. Une dame que lui a envoyée CAA-Habitation lui a confié qu’un thermographe amateur l’avait assurée qu’il pouvait analyser sa maison en été. Pourtant, la thermographie se fait quand la température extérieure se trouve sous 0 °C afin de voir clairement les différences de températures d’un immeuble.

« Il y a y a des gars qui prétendent voir l’humidité, mais c’est impossible sans ajouter un détecteur d’humidité. S’il fait 10 °C à un endroit et 20 °C à un autre, on ne sait pas s’il s’agit d’humidité ou d’une isolation moins bonne, sauf si on le détermine avec une sonde. Il faut ajuster la caméra avec la température et le taux d’humidité ambiants pour trouver le point de rosée. » Celui-ci consiste en la température la plus basse à laquelle une masse d’air peut être soumise, à pression et humidité données, sans qu’il ne se produise une formation d’eau liquide par saturation », explique Wikipédia. Guy Gauthier donne l’exemple du verre d’eau :  quand l’eau est tiède, pas de rosée; si elle est bien froide, des gouttelettes se forment à l’extérieur du verre. « C’est la vapeur d’eau dans l’air qui se condense et colle au verre froid. De même, l’air dans un mur moins isolé risque d’y atteindre son point de rosée et de le mouiller. »

L’expert rappelle qu’une thermographie infrarouge ne permet pas de voir les couches des matériaux, seulement les différentes températures de surfaces. Pour comprendre ses lectures, il doit programmer son appareil. Par exemple, en après-midi, le soleil réchauffera les murs non ombragés au sud et à l’ouest. Si, après souper, on voit l’humidité relative augmenter à 50 % dans la maison, le point de rosée du mur ne sera pas le même que durant l’après-midi alors qu’elle est à 30 %, parce qu’il n’y a pas d’occupants qui dégagent de la vapeur (expiration, douches, cuisson). « Si j’ajuste ma caméra en conséquence, elle peut m’indiquer que le point de rosée se trouvera à 10 °C. Si on voit des endroits à cette température, on cherchera à voir s’il y a des traces d’humidité ou de moisissure sur le mur ou on testera avec sonde à humidité pour voir s’il y en a dans le mur. »

Le grand problème, dans certaines maisons, s’avère l’excès d’humidité et les murs peu étanches et mal isolés. « Une dame poursuivait son propriétaire parce qu’il y avait de la moisissure sur la couverture de son lit. Mais son ventilateur de salle de bain ne fonctionnait pas et la hotte de poêle ne tirait pas très fort. La maison était trop humide à l’heure des bains. Elle datait de 1900 et tous les murs avaient la même température. Son lit était collé sur le gypse et empêchait donc la chaleur d’aller sur le mur. J’ai recommandé à la dame d’abandonner sa poursuite et de ne jamais coller de lit ou de meuble contre un mur extérieur. Le froid extérieur entrait dans les murs et le point de rosée était facilement atteint. Je lui ai aussi dit d’enlever les boites dans son garde-robe non chauffé qui donnait sur un mur extérieur. J’ai passé ma main et c’était plein d’eau. La madame était bien contente. »

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