Les radiofréquences peuvent notamment causer des irritations cutanées. Photo : next-up.org

Je viens d’interviewer deux personnes récemment mises sous garde psychiatrique pendant neuf jours contre leur gré. Elles avaient émis des propos interprétés comme de la paranoïa sinon des hallucinations et furent jugées dangereuses pour elles-mêmes. C’est qu’elles avaient dit soupçonner que leurs douleurs et autres symptômes étaient causés par les radiofréquences/micro-ondes émises par des antennes, compteurs ou autres appareils sans fil.

« Parlez-moi de vos ondes », dit une psychiatre à l’une d’elles, qui s’est par la suite plainte au Protecteur du citoyen du Québec. Ce dernier blâma le personnel de l’hôpital en question pour avoir bafoué ses droits – d’être informé de ses droits, de consentir ou de refuser une évaluation psychiatrique, d’effectuer des appels confidentiels, que les données pertinentes à son cas soient notées à son dossier médical, etc.
 
Je me demande combien de fois cela se répétera maintenant que la Régie de l’énergie du Québec vient d’autoriser l’installation d’ici 2018 de 3,75 millions de compteurs  »intelligents » émettant des radiofréquences/micro-ondes. Plusieurs Québécois se plaignent, à l’instar de l’ancienne directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Gro Harlem Brundtland, de symptômes d’électrosensibilité qu’ils attribuent aux ondes émises notamment par les téléphones sans fil et autres Wi-Fi. Certains ont associé leurs symptômes à des compteurs numériques installés depuis 8 ans dans ou à l’extérieur de 800 000 maisons québécoises, dont une vingtaine de milliers de compteurs dits intelligents.
 
Ces électrosensibles dénoncent l’imposition, par la Régie de l’énergie, de frais annuels de 200 $ à vie aux gens qui refusent l’installation de ces derniers compteurs. Est-ce une nouvelle forme de taxe santé?
 
L’électrosensibilité est expliquée ici par un professeur de médecine de l’Université de l’Alberta et ici par l’oncologue parisien Dominique Belpomme qui oeuvre avec le prix Nobel de médecine Luc Montagnier et avec le chercheur Philippe Irigaray, l’un des cinq experts internationaux récemment invités par le Fonds de recherche en santé du Québec à sélectionner les meilleurs projets de recherche en prévention des cancers environnementaux. (En passant, la Cour suprême de l’Italie vient de conclure que l’abus du cellulaire cause le cancer.)
 
Dans une publication datée de décembre 2005, l’Organisation mondiale de la santé n’excluait pas que l’ «hypersensibilité électromagnétique» soit d’origine psychiatrique», ce que contestent des centaines voire des milliers de médecins comme le Dr Belpomme. Le professeur de neurologie américain Andrew Marino a cosigné  en 2011 une étude sur une collègue médecin électrosensible. Le site britannique Powerwatch explique bien ce syndrome méconnu. L’OMS a maintes fois été accusée d’être en conflit d’intérêts : l’ancien responsable de son programme sur les champs électromagnétiques (CEM) est aujourd’hui consultant pour l’industrie électrique et il avait rédigé les normes de l’OMS sur l’exposition aux CEM en consultant notamment le Dr Michel Plante, médecin à l’emploi d’Hydro-Québec.
 
S’il est évident que la peur nuit au système immunitaire, il est tout aussi vrai que la pollution (chimique ou électromagnétique) peut déclencher ou aggraver nombre de problèmes de santé, qu’ils soient physiques ou psychologiques.
 
Que devront faire les citoyens désirant faire valoir leur droit à la santé? Et la société protégera-t-elle leurs médecins qui honorent leur serment d’Hippocrate en évitant de leur nuire volontairement, au risque d’être convoqués devant le comité de discipline du Collège des médecins pour avoir posé un diagnostic d’électrosensibilité non reconnu par l’OMS?
 
Ça risque de chauffer au Québec, et pas seulement à cause du chauffage électrique présent dans 70% des maisons et qui est responsable du fait que nous affichons les niveaux d’exposition aux champs magnétiques parmi les plus élevés au monde. Selon l’Agence de santé publique du Canada, nous détenons le triste premier rang au pays pour l’incidence du cancer infantile (0-9 ans, et second pour les 10-14 ans), de leucémie lymphocytique aiguë, du cancer du cerveau et du sein. Ces cancers sont tous soupçonnés d’être causés ou exacerbés par les CEM. Des chercheurs de l’Université McGill affirment d’ailleurs observer dans leur laboratoire comment les champs magnétiques favoriseraient la croissance des tumeurs.
 
Rappelons qu’une cinquantaine d’experts internationaux sur les effets sanitaires des CEM, dont seulement deux médecins québécois, ont récemment dénoncé la désinformation véhiculée par des ingénieurs et universitaires québécois, au sujet de la prétendue innocuité des compteurs intelligents. 
 
Que pensez-vous de cette situation? 
 
Bonne fin de semaine
 
André Fauteux, éditeur Magazine La Maison du 21e siècle info@21esiecle.qc.ca

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