Transformez votre conscience, changez votre vie

Carol Venolia, pionnière américaine de l'éco-architecture.

Carol Venolia, pionnière américaine de l’éco-architecture. www.comehometonature.com

Reprenez contact avec la nature en laissant vos sens confirmer vos besoins

En tant que professeur en développement de collectivités durables à l’Université dominicaine de Californie, j’aime bien donner des projets inusités à mes élèves et les regarder évoluer par la suite. En retour, ils m’ont souvent appris comment entretenir une relation saine avec la vie.

En ces temps modernes, la vie nous bombarde d’information sensorielle souvent inutile, voire néfaste. C’est pourquoi nous devons à l’occasion nous refermer sur nous-mêmes. Notre organisme – cet attirail splendide qui permettait à nos ancêtres de ressentir le changement de direction de la brise, de sentir un fruit mûr, d’entendre le moindre pas et d’apercevoir les changements de couleur les plus subtils – se met en mode pause. Toutefois, nous avons besoin de nos sens pour nous aviser de ce dont nous avons envie (le chant d’un oiseau, la chaleur du soleil, le murmure d’un ruisseau, l’odeur d’un fruit mûr) et de ce que nous rejetons (la souffleuse à feuilles, le smog, le désordre). Nos sens nous rattachent à la vie.

Ainsi, au début des cours, je demande à mes étudiants de faire une pause. « Fermez vos yeux, prenez une grande respiration et détendez-vous. Que sentez-vous? Qu’entendez-vous – tout près, au loin, un son continu ou intermittent? Que ressentez-vous lorsque l’air touche votre peau – de la sécheresse, de l’humidité, un mouvement, de l’immobilité, du froid, de la chaleur? Maintenant, ouvrez lentement vos yeux et regardez les formes, les couleurs, la lumière, l’ombre, ce qui est tout près et au loin. Vers quoi vos sens sont-ils attirés? Et que rejettent-ils? Que constatez-vous en ce moment que vous ignoriez auparavant? »

Les étudiants sont soudainement conscients de ce qui leur plait et de ce qui leur déplait. Ils n’aiment pas le bruit de la circulation, le tic-tac d’une horloge, et le son d’un système mécanique de chauffage et de climatisation. En revanche, ils adorent tout ce qui est vert et qui pousse, ils aiment les rayons de soleil ou le chant d’un oiseau. En fait, lorsqu’il fait beau, ils me demandent de donner le cours dehors!

1366968061 Copy1 200x300Où êtes-vous ?

À la fin du cours, je renvoie les étudiants chez eux avec un travail plus élaboré à faire : au moins une fois par jour, ils doivent s’arrêter et constater ce que l’air ambiant leur fait ressentir, ils doivent regarder où se trouve le soleil, connaitre la direction du vent, regarder le terrain, la faune et la flore, et ils doivent écrire toutes leurs réflexions. Cet exercice a changé plus d’une vie.

Matt qui habite un appartement en milieu urbain a constaté qu’il endurait des niveaux de bruits tellement élevés qu’ils lui causaient des tensions durant la journée et de l’insomnie la nuit. Il a donc déménagé et maintenant il se sent comme une tout autre personne.

Cheryl vit en banlieue et prend l’autobus pour se rendre au travail. Elle a récemment commencé à marcher jusqu’à un arrêt d’autobus de son quartier plutôt que de conduire sa voiture jusqu’à un arrêt central, en partie parce qu’elle voulait passer plus de temps dehors. Elle a commencé à remarquer davantage les arbres, les oiseaux et les conditions atmosphériques, et sa petite promenade lui a permis de mieux connaître ses voisins. Elle a découvert que les oiseaux étaient plus actifs et chantaient davantage lorsque le ciel est clair; elle a remarqué le départ des oies vers le sud et s’est aperçue qu’elles lui manquaient une fois parties. En observant les arbres, elle a constaté la direction du vent. « Cette période paisible que je passe seule le matin me permet de démarrer la journée dans le calme et la lucidité, dit-elle. Et lorsque je reviens à la maison le soir, cette promenade me permet d’apprécier la beauté du ciel et d’admirer la lune. »

Josh vit près de la mer. En se concentrant davantage sur ses sens, il est devenu plus conscient de la brise océane et a voulu jouer avec le vent. Il a accroché un manche à vent et a remarqué que le vent venait habituellement du nord-ouest. Mais pourquoi? Il s’est mis à explorer les configurations régionales des vents, et je l’ai encouragé à étudier les fronts de tempête et les mouvements cycloniques des vents. Il a ensuite acheté une petite station météorologique pour suivre les vents, la température de l’air et la pression barométrique. Après que je lui ai suggéré de noter ce qu’il ressentait physiquement et émotionnellement, il a eu une révélation : il a constaté que ses humeurs étaient directement reliées aux conditions météorologiques.

Cheryl et Josh commencent à comprendre que la nature est partout et que tout affecte tout. Cette découverte a également des conséquences pratiques – Cheryl et Josh améliorent constamment leurs facultés d’observation grâce auxquelles ils deviendront de bons designers écologiques, capables de créer des habitations qui sont alimentées par des éléments naturels et qui n’endommagent pas la biosphère.

Aube, crépuscule

Woman Sun 300x199J’ai récemment enseigné à mes étudiants les rudiments de la chronobiologie—l’étude des cycles chez les organismes. Nous avons discuté de l’importance d’une bonne nuit de sommeil qui est grandement rehaussée lorsque nous permettons à la lumière du soleil et à celle de la lune de synchroniser nos cycles internes. C’est ainsi que nous pouvons nous réveiller graduellement avec la lumière du soleil et permettre à notre corps de se détendre avant le coucher en évitant la lumière vive.

Taylor faisait de l’insomnie. Après le cours en question, elle était prête à faire des changements. Quelques heures avant de se mettre au lit, elle éteignit toutes les lumières vives dans la maison et cessa son travail à l’ordinateur (la lumière de l’écran peut perturber l’horloge biologique). Une heure avant de se coucher, elle alluma des chandelles et éteignit toutes les lampes électriques. Elle prit son bain et mit son pyjama à la lueur des chandelles, et médita ensuite avant de s’endormir d’un sommeil très profond et paisible. Le lendemain matin, elle fut réveillée par la lumière de plus en plus vive du lever du soleil. Elle arriva en classe énergisée et éclatante avec une nouvelle volonté d’autonomie. Taylor comprend maintenant que son corps a besoin d’être en relation avec les cycles naturels de lumière et de noirceur. « Je ne suis vraiment plus aussi léthargique qu’auparavant, dit-elle. La lumière est vraiment stimulante. »

Ne faire qu’un avec la nature

Comme nous vivons dans une culture où nos corps sont traités comme des machines isolées, il est bouleversant de constater à quel point notre organisme a besoin d’être en harmonie avec les autres phénomènes naturels – de là l’importance d’apprendre comment combler ses besoins. Certaines activités, comme passer plus de temps dehors, écouter son corps, regarder les oiseaux, surveiller les vents et les cycles du soleil, sont agréables, mais finalement elles nous permettent de mieux comprendre la façon dont le monde fonctionne. Et une fois que l’on a compris ça, impossible de faire marche arrière. Les découvertes se multiplient, et nous sommes de plus en plus motivés à poser des gestes plus concrets et plus révélateurs en nous sentant véritablement, profondément en vie.

Comme le dit Brian, un de mes étudiants, « Lorsque j’arrête ce que je fais et que je m’immobilise comme une partie de ce tout, je ressens le lien profondément plutôt que d’intellectualiser l’interrelation. » Car tout est interrelié, et nous pouvons amorcer notre cheminement n’importe où, par des étapes toutes simples – il suffit de s’arrêter, de regarder, d’écouter, de ressentir.

Texte paru dans le magazine américain Natural Home en septembre/octobre 2009.

Carol Venolia est écoarchitecte et une pionnière du design écologique. Elle est l’auteure du trois livres dont Get Back to Nature Without Leaving Home.  

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