Une conversion d’église pas comme les autres

Des immeubles écologiques à l’architecture avant-gardiste. Photos : Saul Rosales

Le défi consistait à sauver une église abandonnée en lui donnant une nouvelle vocation. Située dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles, l’église Sainte-Germaine-Cousin est un édifice patrimonial datant de 1962 mais qui fut fermé en 2005 pour cause d’importante contamination à l’amiante. Elle a non seulement été préservée, mais a aussi été convertie en centre multifonctionnel auquel s’est annexée une nouvelle construction accueillant plus d’une centaine de logements communautaires. Le projet aura nécessité près de dix ans de travail acharné. Notre firme d’architectes, Rayside Labossière, s’est d’ailleurs impliquée bénévolement dans les débuts, afin d’accompagner la Corporation Mainbourg, l’organisme d’économie sociale qui possède l’immeuble, et de lui donner la meilleure chance de réussite. Chose faite, comme en témoigne son inauguration en mai 2016.

La transformation de l’ancienne église et l’architecture audacieuse du nouveau bâtiment, une structure en S, érigent un pont entre le passé et le présent. Ce projet avant-gardiste, en plus de comporter des composantes écologiques et durables dont une enveloppe conçue selon les exigences du programme Novoclimat 2.0, a su promouvoir et créer un impact financier important pour l’arrondissement; il contribue à revitaliser le quartier et à améliorer la qualité de vie de milliers de personnes.

La mise en valeur d’un édifice patrimonial à travers une construction moderne et originale est une approche hors du commun qui pousse à la réflexion sur les façons de faire courantes dans le milieu.

 

logements

La firme Rayside Labossière se consacre avant tout à l’architecture et à la justice sociales, à l’urbanisme communautaire, au design et au développement durable.

Atouts environnementaux

Le projet comporte de nombreuses caractéristiques vertes et durables, dont ses terrasses vertes. Ces dernières offrent une multitude d’avantages tant à l’immeuble qu’à ses usagers. Elles génèrent une nouvelle activité économique en exploitant les espaces inutilisés des toits et offrent une meilleure qualité de vie aux gens. Les résidants peuvent contribuer à l’aménagement paysager et au jardinage en s’occupant des bacs de compostage et de jardinage.

De plus, bien qu’elles soient plus coûteuses, les terrasses vertes protègent la membrane du toit des rayons ultraviolets et permettent de doubler, voire de tripler sa longévité par rapport à une membrane exposée. Les terrasses vertes augmentent le niveau d’isolation du toit, ce qui modère les gains et les pertes de chaleur et réduit la consommation d’énergie de climatisation et de chauffage. De plus, elles sont efficaces contre les îlots de chaleur, elles régulent les mouvements thermiques de l’air et elles contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) associées à la consommation d’énergie. Finalement, ces oasis de fraîcheur procurent un habitat pour une variété d’espèces fauniques, comme les oiseaux, les insectes, les abeilles pollinisatrices et les papillons.

En plus des terrasses vertes, une toiture blanche a été aménagée afin, une fois de plus, de contrer les îlots de chaleur urbains.

La nouvelle construction et les espaces intérieurs ont été aménagés en fonction d’une utilisation maximale de la luminosité naturelle.

Des bassins de rétention d’eau ont également été installés dans l’aménagement paysager. Ils servent à retenir et à accumuler sur le site jusqu’à 75 % de l’eau de pluie, au lieu que celle-ci soit automatiquement évacuée dans les égouts. Ceci diminue les risques de refoulement d’égouts, d’inondation et de contamination de l’eau potable.

Exterieur logements + eglise 2

Logements, garderie et centre communautaire sont tous accessibles à pied.

Le bâtiment profite d’un système de géothermie vertical. Il est doté de 25 puits creusés à plus de 130 mètres afin de capter l’énergie du sol par une tuyauterie dans laquelle circule un liquide caloporteur en circuit fermé. Bien que l’investissement soit plus coûteux qu’un système mécanique classique, il sera rentable à terme car il conduit à une économie d’énergie de 50 à 60 %, autant pour les frais de chauffage que pour ceux de climatisation.

Pour diminuer davantage les émissions de CO2, du ciment au calcaire Contempra a été incorporé au béton. Ce produit novateur du fabricant Lafarge ne coûte pas plus cher que le ciment portland ordinaire, ou à peine plus, et est aussi performant, durable et résistant, bien qu’il reste encore peu connu. Le béton Contempra  contribue à réduire l’empreinte carbone de l’industrie du ciment autant dans sa production que dans son utilisation. En diminuant la proportion de clinker et en augmentant celle du calcaire, le procédé réduit la quantité d’énergie requise pour la fabrication du clinker et par le fait même les émissions de GES jusqu’à 10 %. Ce n’est donc qu’une question de temps avant que le béton Contempra ne devienne la norme dans la construction.

L’Dans le stationnement, des bornes de recharge permettent d’accueillir et d’accommoder les voitures électriques. Un autre élément qui propulse ce site patrimonial dans le monde de demain où l’on préconisera les énergies vertes et le développement durable.

Nous avons aussi recommandé l’installation de chutes à recyclage, en plus de chutes à déchets traditionnelles, pour promouvoir la préservation des ressources naturelles et réduire encore une fois l’empreinte écologique des résidants et usagers.

Toutes ces installations réduisent substantiellement et efficacement la quantité de matières résiduelles générées par les locataires et les employés, ainsi que leur consommation énergétique.

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Le Centre de la petite enfance (CPE).

Problèmes et solutions

Le désamiantage de l’église a représenté un défi considérable, car les coûts associés à la préservation du bâtiment ont complexifié le financement du projet. Malgré ce défi, le succès de l’opération a permis de protéger un bâtiment exceptionnel de grande valeur patrimoniale, en plus de rendre possible l’accès du public à un site historique fermé depuis onze ans.

D’ailleurs, dans ce cas-ci ainsi que dans de nombreux autres, la rénovation d’un bâtiment plutôt que sa démolition et sa reconstruction complète s’avère une solution plus écologique.

La construction hivernale a une incidence considérable sur les projets, tant sur les plans financier que sécuritaire. Ses conditions difficiles ont pu être réduites en planifiant et en réalisant efficacement les étapes plus sensibles de la construction en saison plus clémente, afin d’éviter tout surcoût. Par exemple, la compaction du sol et l’érection de la structure devaient être complétées avant la venue de l’hiver afin d’éviter une surconsommation d’énergie inutile. En effet, lors d’une coulée de béton en saison froide, les professionnels doivent chauffer le béton pendant sept jours afin d’éviter toute fissure. Ces étapes ont donc été reportées au printemps suivant.

Même si aucune analyse du cycle de vie de l’immeuble n’a été effectuée, la plupart des matériaux ont été préférés en raison de leur provenance locale et de leur faible empreinte écologique.

Aspect financier

Ce projet a été réalisé grâce à une subvention accordée par la Société d’habitation du Québec, dans le cadre de son programme AccèsLogis. De plus, un million de dollars ont été investis en mesures écologiques, comme les toitures vertes. Le projet global a coûté une trentaine de millions de dollars.

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Autre prise de vue du CPE.

Impacts positifs sur les usagers

Le projet revitalise le quartier et améliore la qualité de vie des gens. En aménageant un centre de petite enfance ainsi qu’un centre communautaire multifonctionnel à côté du centre d’hébergement destiné aux personnes âgées, le client, l’équipe de conception et l’entrepreneur ont su créer un milieu de vie sécuritaire, abordable et agréable qui incite à la mixité et aux échanges multigénérationnels.

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