Les accidentés de la voûte, ou quoi faire avec un oiseau blessé

chouetteLe bruit est difficile à décrire. Toutefois, vous réalisez que quelqu chose d’inhabituel s’est produit. Le chat a sursauté, et se dirige rapidement vers la fenêtre. Vous suivez du regard et comprenez immédiatement ce qui vient de se passer : éboui par le soleil, un oiseau a heurté la vitre de la fenêtre. De tels incidents surviennent tous les jours, partout où la faune aviaire se trouve en contact avec des bâtiments construits par des hommes. Votre premier réflexe est parfaitement compréhensible : yeux écarquillés, vous retenez votre souffle. Puis, vous sortez rapidement dehors pour vous approcher du petit blessé. C’est à ce moment que vos actes commencent réellement à compter.

Pourquoi ?
Les oiseaux sont attirés par les reflets des branches et des feuilles d’arbres qu’ils aperçoivent dans vos fenêtres, et ils y foncent à toute vitesse. Parfois, un oiseau voit son reflet dans la fenêtre, sans se reconnaître, évidemment. Il attaque alors l’intrus… Lorsque deux individus se pourchassent, la force de collision sera vraisemblablement plus importante que celle survient alors qu’un oiseau solitaire se « promène ». Un autre élément important aura des répercussions sur la survie de l’oiseau : la hauteur à laquelle est survenu l’impact. Au-delà des blessures subies au moment de la collision avec la fenêtre, celles causées par la chute de l’oiseau seront également considérables. La conjugaison de ces deux éléments déterminera le sort du volatile. La plupart des oiseaux ne pèsent que quelques grammes : environ 150 gr pour la tourterelle, jusqu’à un kilogramme pour la corneille, mais seulement six ou sept gr pour la paruline. Un être vivant possédant un si petit corps ne peut pas toujours sortir indemne d’un choc semblable, bien qu’étonnamment, la majorité des oiseaux survivent. Il n’y a pas de consensus bien établi concernant l’influence que peut avoir le poids d’un oiseau sur sa capacité de survivre à un tel traumatisme. Ce sont plutôt les circonstances entourant l’accident qui se révèlent importantes.

Que faire ?
Une première évaluation de l’état de l’oiseau doit être faite sur le champ, car il faut rapidement soustraire le blessé de sa position précaire. En effet, la chaleur du soleil estival ou le froid d’une journée d’hiver jouent un rôle déterminant pour la suite des choses : l’oiseau assommé ne peut se mouvoir, et ses mécanismes de régulation de température — qui sont constamment sollicités durant ses activités quotidiennes — sont évidemment perturbés. Il sera bientôt victime d’hypothermie ou d’un coup de chaleur, des conditions souvent fatales pour un si petit organisme. La première chose à faire est donc de prendre doucement l’oiseau pour le placer à l’abri des prédateurs, idéalement dans un endroit calme et chaud ou frais tout dépendant de la température. Le blessé ne doit pas avoir à se battre contre la chaleur ou le froid. C’est pourquoi la température de la pièce ou de l’endroit où vous le placez s’avère de la plus grande importance. Si possible, mettez des gants, car les animaux sauvages sont souvent porteurs de maladies transmissibles à l’homme, les zoonoses.  

Il faut faire preuve de délicatesse en déplaçant le petit traumatisé, car le corps d’un oiseau est extrêmement fragile. En effet, pour permettre le vol, la plupart de ses os doivent être essentiellement creux, donc très légers. En coupe, l’os typique d’un oiseau ressemble à un morceau de gruyère dont les trous seraient démesurément grands. Cette structure poreuse est très résistante lors des activités normales de l’oiseau, mais elle supporte difficilement les chocs ou la pression. Il importe donc de n’appliquer que la contrainte nécessaire lors du transport de l’oiseau.

Afin de maximiser les chances de survie du petit volatile, il est important de bien supporter sa tête. En prenant soin d’appuyer celle-ci contre vos doigts légèrement écartés, placez délicatement l’oiseau au creux de votre main. Déposez-le ensuite sur un morceau de tissus ou sur des feuilles de journaux froissées. Pressez doucement les côtés du matériel contre l’oiseau afin de faire un « moule » qui l’empêchera de s’affaisser sur le côté. Son environnement immédiat doit être bien délimité : une cage pour oiseau domestique ou une cage de transport pour petits animaux feront l’affaire. Mieux encore, une boîte de carton de grandeur moyenne perforée de trous d’aération fera parfaitement l’affaire. Il faut maintenant vous armer de patience…

Que se passe-t-il ?
Les blessures causées par une collision avec une fenêtre se divisent en trois grandes catégories : les blessures légères, les blessures graves, et les blessures mortelles. Vos prochains gestes dépendront du type de blessure. En cas de blessure légère, la seule chose à faire est de donner à l’oiseau le temps et les conditions nécessaires pour qu’il puisse se reposer, simplement. Il est absolument fascinant de voir une si petite bête reprendre vivement ses esprits après une mésaventure aussi catastrophique. Parfois, il lui suffira de moins d’une heure pour retrouver toutes ses capacités. Cependant, nombreux sont les oiseaux qui requièrent plusieurs heures d’un repos total. Si les quelques heures de tranquillité que vous lui avez procurées suffisent à l’oiseau, vous serez bientôt témoin de ses mouvements rapides et assurés, et vous comprendrez qu’il est temps pour lui de retrouver ses compagnons.

Pour le relâcher, choisissez un endroit sécuritaire, bordé de quelques arbres où il pourra se percher pour se refaire « une beauté ». En effet, quelques minutes lui seront nécessaires pour réarranger convenablement son plumage, malmené pendant sa courte captivité. Surveillez-le de loin, afin de vous assurer qu’il a réellement retrouvé toute sa vigueur. Ne le relâchez que s’il fait jour. Si la nuit est déjà installée, il faudra attendre au lendemain matin. Pendant ces quelques heures d’attente, fournissez-lui un bol d’eau et des graines de tournesol, bien appréciées de la plupart des oiseaux granivores. Aussitôt que l’oiseau discernera suffisamment la lumière du jour, il s’agitera. Libérez-le alors rapidement. Le plus tôt sera le mieux. Il s’envolera enfin.

Cependant, si l’oiseau ne s’agite que faiblement, c’est probablement qu’il souffre de blessures plus importantes — nous y reviendrons un peu plus loin. Les blessures mortelles surviennent régulièrement. Parfois, l’oiseau est déjà inconscient lorsque vous arrivez à ses côtés. Plusieurs oiseaux blessés meurent rapidement, sans que vous puissiez faire quoi que ce soit. Bien qu’un tel dénouement soit triste pour la personne qui y assiste, il n’en demeure pas moins qu’une mort instantanée est préférable à une souffrance prolongée. Parfois, la blessure semble bénigne, mais après avoir placé l’oiseau à l’abri, vous constatez que sa condition se détériore rapidement. Les dommages sont souvent internes, impossibles à voir à l’œil nu. Même les meilleurs soins n’auront aucune incidence sur le sort de la petite bête. Encore une fois, une mort rapide est préférable.

Une exception…
Les oiseaux de proie font partie d’une catégorie à part : si vous trouvez l’une ou l’autre des 27 espèces présentes dans la province (pour les identifier, voir la liste et les photos sur uqrop.qc.ca) et qu’elle est blessée ou morte, vous devez obligatoirement signaler sa présence à un agent de protection de la faune du Québec.Il suffit de contacter Service Québec au 1 877 644-4545, de choisir la 3e option et votre appel sera redirigé vers la centrale de signalement du ministère des Ressources naturelles et de la Faune de votre région. Un employé vous dictera la marche à suivre. Sachez que les oiseaux de proie requièrent souvent des soins plus pointus que seuls des vétérinaires qualifiés peuvent leur apporter. De plus, le Ministère invite les citoyens à signaler toutes les mortalités d’oiseaux sauvages ou domestiques, et ce, peu importe l’espèce.

Si vous vous trouvez devant un oiseau de proie, mettez des gants pour le manipuler. Si vous n’en avez pas, prenez une couverture, un grand morceau de tissu ou un vieux vêtement, et déposez-le doucement sur l’oiseau. Vous pourrez ainsi former un « paquet » et déplacer le volatile sans risquer de le blesser davantage ou de vous faire mordre ou griffer. Mettez-le ensuite à l’abri et fournissez-lui de l’eau. L’oiseau sera éventuellement recueilli et transporté vers un centre de réhabilitation. L’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP) est probablement la plus connue de ces institutions. Situé à Saint-Hyacinthe, à l’est de Montréal, le centre de l’UQROP se dédie à la conservation des oiseaux de proie et de leurs habitats. Depuis 1987, environ 350 oiseaux y sont soignés chaque année. Des programmes éducatifs, des volières et un centre d’interprétation permettent au gens de se familiariser avec ces magnifiques oiseaux. En plus d’afficher la liste des 27 espèces d’oiseaux de proie du Québec, le site web uqrop.qc.ca donne les instructions à suivre pour acheminer vous-même un de ces oiseaux blessés au centre de l’UQROP.

L’unité des soins intensifs
Les oiseaux subissent fréquemment des blessures graves qui consistent généralement en un ou plusieurs membres cassés, bien que certaines lésions puissent être sournoises et difficiles à diagnostiquer sans la formation nécessaire. Toutefois, elles sont habituellement assez faciles à constater : si un membre pend ou une aile ne se tient plus, il s’agit probablement d’une fracture. Si tel est le cas, mettez l’oiseau à l’abri et contactez immédiatement un centre de réhabilitation. Certains endroits portent secours aux oiseaux blessés (autres que les oiseaux de proie). Le Nichoir, situé à Hudson, à l’ouest de Montréal, a été fondé en 1994 et accueille chaque année plus de 1 400 oiseaux blessés ou orphelins de toutes les espèces. Un nouveau centre multifonctionnel sera bientôt construit à proximité du centre actuel. Les propriétaires pourront ainsi regrouper sous un même toit tous les services requis afin de maximiser les soins apportés aux oiseaux. Des bénévoles sont chargés de la plupart des tâches d’entretien, de transport et de collecte de fonds. Il est possible d’y apporter des oiseaux blessés en suivant les instructions indiquées sur le site www.lenichoir.org.

Le Centre de réhabilitation de la faune aviaire des Laurentides (CRAL) offrait autrefois les mêmes services. Cependant, les responsables ont dû cesser les opérations en 2010, faute de subventions. En effet, les coupures budgétaires imposées à de nombreux ministères au Québec ont durement affectées les organismes qui dépendent en partie de l’aide financière du gouvernement. Un projet de relocalisation et de reprise des activités du CRAL est prévu pour 2012. Toutefois, les activités de sensibilisation à la protection des habitats pour les oiseaux de proie ont toujours lieu.

Au Saguenay, le Centre d’interprétation des battures et de réhabilitation des oiseaux de proie (CIBRO), en collaboration avec l’Hôpital vétérinaire du Boisé, prend en charge tous les oiseaux blessés qui lui sont apportés. Vous trouverez des renseignements supplémentaires sur le site www.cibro.ca.

Dans le région de Québec, un véritable havre pour les animaux sauvages blessés a ouvert ses portes en 2014. Jennifer Tremblay, la propriétaire, est une véritable docteur Dolittle! Avec l’aide d’une soixantaine de bénévoles, le refuge a accueilli plus de 300 animaux blessés en 2016. Vous pouvez les rejoindre par téléphone au 418-561-2484. Site internet : www.missdolittle.com  Suivez les activités du refuge via la page Facebook au www.facebook.com/www.sosmissdolittle  Le refuge est opéré grâce aux dons du public. 

Sauf pour les oiseaux de proie, si les blessures sont trop importantes et empêchent l’oiseau d’être remis en liberté, il devra être euthanasié. Les vétérinaires se voient régulièrement confrontés à ce genre de décision. Bien que difficile à prendre pour ces passionnés qui se dévouent pour les animaux, elle demeure cependant la meilleure solution dans bien des cas, car un oiseau handicapé ne survivrait que quelques heures dans son milieu naturel.

À Repentigny, le Centre faunique Laurentien, qui est temporairement fermé, offre aussi des soins de réhabilitation pour les oiseaux sauvages blessés ou orphelins. Le site web,www.dominiquelalonde.com, propose de nombreuses ressources pour vous aider à relocaliser un oiseau blessé, sous l’onglet « Liens ».

Enfin, le Refuge Pageau (www.refugepageau.ca) situé à Amos en Abitibi, est un centre de réhabilitation tout à fait unique qui accueille toutes les espèces d’animaux blessés, à poils ou à plumes. De nombreux enclos situés en peine nature hébergent, pour un certain temps ou pour la vie, ours, orignaux, renards, ratons laveurs, oiseaux de toutes sortes… Le fondateur du refuge, Michel Pageau, a fait l’objet du merveilleux film Il parle avec les loups.

Mieux vaut prévenir…
Le meilleur moyen d’éviter que les oiseaux ne se blessent est d’éloigner votre mangeoire des fenêtres et de l’installer plutôt à proximité d’arbres dans lesquels les petits volatiles pourront se réfugier à la moindre alerte. Placez des silhouettes d’oiseaux de proie dans les fenêtres qui sont exposées aux mangeoires. Le mouvement éloigne toutes les espèces d’oiseaux : n’importe quel élément mobile installé devant une fenêtre empêchera les curieux de trop s’approcher.

Chacun peut contribuer au bien-être des oiseaux sauvages, soit en s’associant à des clubs ornithologiques, en devenant membre ou bénévole d’un centre de réhabilitation, en s’informant via les journaux, les magazines et les médias électroniques, ou encore en assistant à des ateliers de formation. Vous pouvez aussi assister à la mise en liberté d’un oiseau réhabilité après qu’il ait reçu les soins appropriés. Vous ressentirez sans aucun doute une intense émotion ! Ne cessez surtout pas de nourrir les oiseaux, mais éloignez-les de vos bâtiments. Ils vous en seront doublement reconnaissant !

L’UQROP a besoin de vous!
Pour en savoir davantage, consulter le site Les oiseaux du Québec  

Auteur

Dernières publications

Laisser un commentaire