L’école saine idéale : du calme les enfants!

(Texte publié dans le magazine Guide Ressourcesen 2001)

Des écoliers plus calmes, moins agressifs, en meilleure santé et plus performants du point de vue académique. Le rêve de tout parent et de tout professeur, quoi! On leur donne trois amandes aux pauses du matin et de l’après-midi, on les éclaire à l’aide de fluorescents reproduisant le plein spectre de la lumière du jour, on colore les murs de classe d’un bleu et d’un jaune pâles calmants, à l’aide d’une peinture n’émettant aucun solvant dans l’air, et on leur fait écouter des sons favorisant la cohésion des deux hémisphères du cerveau.

Non, il ne s’agit pas de science fiction, mais du Projet Alfred, une expérience concluante menée par la petite école Le Baluchon de Mansonville, en Estrie, depuis un an. Approuvée par les parents, la Commission scolaire et le CLSC de la région, ce fut l’idée de la Fondation santé idéale (rebaptisée Vision Santé Idéale), dirigée par un pédiatre de Sherbrooke, Serge Thérien.

Sans prétentions, reconnu pour son grand coeur et ses éclats de rire aigus, ce médecin avant-gardiste nous a accordé une entrevue à une seule condition : qu’on ne cite que l’homme, pas le médecin.

Qu’est-ce que la Fondation santé idéale?
ll y a quelques années, cinq gens de Sherbrooke – dont une secrétaire, une sage femme et moi-même, nous nous sommes réunis avec un désir commun de promouvoir une approche de santé globale. Nous voulions créer un véhicule pour rapprocher la communauté, par exemple en organisant des conférences, et pour nous donner des outils, comme la capacité de recevoir des dons, tout ça pour voir plus grand et nous occuper de la santé des gens de la région.

Quelle est votre conception de la santé idéale?
Pour moi, ce n’est pas juste le bien-être physique; c’est aussi émotif, mental, spirituel, social ou environnemental. Ça dépasse de beaucoup la médecine, qui n’est qu’un outil extérieur aidant les gens dans leur chemin de santé. La santé, c’est notre bien le plus précieux; ça n’appartient qu’à la personne elle-même, surtout pas à la médecine !

Comment le projet Alfred a-t-il germé à Sherbrooke pour enfin se dérouler à Mansonville, petit village touristique sur la frontière américaine?
Le groupe de bénévole les Kinsmen voulait offrir un don à la communauté via les pompiers de Sherbrooke. Beaucoup de gens avaient entendu parler de notre désir de travailler sur les facteurs environnementaux en milieu scolaire. C’est un pompier, venu dans mon cabinet un an plus tôt avec ses enfants, qui nous a permis de recevoir un don de 6 000 $. Il y a plusieurs années, nous avions dressé une liste de mesures à poser pour améliorer l’environnement – lavage de mains, génération d’ions négatifs, utilisation de plantes purifiant l’air, élimination des moisissures, des tapis, des aliments bourrés d’additifs et de sucre, etc. – afin que les gens puissent choisir celles qui leur conviendraient. De bouche à oreille, nous avons joint plusieurs écoles, mais une seule a répondu à tous nos critères, c’est-à-dire qu’il y ait synergie entre tous les intervenants, des parents au personnel de soutien de l’école. Le Baluchon, c’est une petite école de campagne, de 126 élèves, où les gens vivent une relation de coeur. C’est comme une grande famille: quand elle décide qu’un projet est bon, tout le monde embarque en grand. Pour nous, c’était extraordinaire. On a réussi grâce au dynamisme de l’ancienne directrice de l’école, Angela Elias, un vrai dynamo ! Je l’ai connu à une table ronde pour les parents d’enfants ayant le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité.

Justement, croyez-vous que l’environnement rend plus d’enfants hyperactifs ?
D’après le magazine Québec Science de septembre 1998, elle touche au moins 5 % des enfants et jusqu’à 12 % en milieu défavorisé. Les ordonnances de Ritalin ont quintuplé depuis 1990! L’environnement y est certes pour quelque chose : tout roule plus vite en milieu familial et scolaire.

Les pauvres professeurs subissent beaucoup plus de pressions depuis deux ans: on a coupé le nombre de professionnels et augmenté le nombre d’élèves dans les classes. Par ailleurs, la nourriture, l’eau et l’air sont pollués. Plusieurs écoles sentent les produits d’entretien à plein nez et, après, on se demande pourquoi de plus en plus d’enfants développent des hypersensibilités chimiques. Il y a aussi une pollution plus subtile, comme les radiations – champs électromagnétiques, ondes radio, micro-ondes, etc. – qui augmentent sans cesse. Un parent de Sherbrooke formé en Bau-biologie , Marc Robert, a même mesuré les champs électromagnétiques des ordinateurs. Cela nous a permis d’éliminer un vieux modèle, d’avant 1996, plus polluant.

Chose certaine, on n’a plus les enfants qu’on avait il y a 15-20 ans. Ils sont plus intelligents et plus éveillés que nous l’étions, mais ils sont sans doute aussi plus sensibles physiquement et émotionellement. Dans ma pratique, 40 à 60 % des enfants sont kinesthésiques: ils ont besoin de toucher et d’être touchés (mains dans les cheveux, tape sur l’épaule, etc.). Au lieu, on les méprend souvent pour des hyperactifs.

Il y aurait moins d’incompréhension si tous les enseignants suivaient une formation en programmation neurolinguistique. Ainsi, ils comprendraient que chacun a son propre mode de communication privilégié – certains enfants sont à la fois auditifs, visuels et kinesthésiques. Il est grand temps qu’on adapte l’école, la société et l’environnement à l’enfant nouveau au lieu de lui demander de s’adapter.

Malgré tout cela, il ne faut pas se leurrer: le Ritalin est encore nécessaire pour beaucoup d’enfants, dans contexte actuel. Mais pour ceux démontrant de légers troubles d’attention, changer l’environnement et l’alimentation, tout en faisant appel à certaines approches complémentaires, comme l’ostéopathie et le massage, peut améliorer leur comportement et leur état de vigilance.

Quel était l’objectif du Projet Alfred ?
Nous ne voulions pas faire une étude scientifique, mais un projet de santé qui observerait l’impact d’un ensemble de mesures sur des données très simples, tel le taux d’absentéisme. La vie n’est pas juste quantifiable, elle est aussi qualité et intensité. On ne peut pas dire que la consommation d’amandes fut responsable de 23,6 % des résultats.

Mais on sait que dans toute école, il y a des enfants qui ne déjeunent pas. Aucun enseignant n’ose introduire de nouvelle matière après 10h30, parce que les enfants ont faim et n’écoutent plus. C’est pourquoi on leur donne des amandes trempées dans l’eau pendant au moins 12 heures, afin d’activer la germination qui accroît d’au moins six fois le niveau enzymatique des amandes. De toute façon, nos données scientifiques auraient toutes été faussées par l’absentéisme dû à la tempête de verglas et par une varicelle déclarée en début d’année !

Parlez-nous de la pollution par la lumière et de ces fameux tubes fluorescents à spectre complet, reproduisant à 94 % les couleurs de la lumière solaire.
Il y a plusieurs années, l’Américain John Ott2, pionnier de l’étude de la malillumination, a constaté que l’éclairage fluorescent ordinaire (Cool white) rendait plus agressifs les écoliers et les prisonniers qu’il observait. Quand il installa de l’éclairage plein spectre, ceux-ci devinrent beaucoup plus calmes. Et ce n’est pas tout: certaines plantes meurent carrément lorsqu’exposées exclusivement à des néons ordinaires.

Plusieurs études ont démontré que l’éclairage plein spectre apporte de nombreux bienfaits: plus grande concentration, diminution de la fatigue physique et morale, augmentation de la présence et du rendement scolaire, augmentation de la croissance et même diminution de la carie dentaire.3

Il a été démontré scientifiquement, en psychiatrie, que cet éclairage soulage les gens souffrant de dépression saisonnière non associée à une perte de sommeil et d’appétit. (NDLR: Le syndrome SAD, pour Seasonal affective disorder, est lié à une carence de lumière solaire.) L’effet sur l’humeur et la santé, de la lumière colorée pénétrant le corps humain via les yeux et la peau, est de plus en plus reconnu.

Quelle peinture avez-vous utilisé ?
La Lifemaster 2000, du fabricant Glidden, la première peinture ordinaire n’émettant aucuns composés organiques volatiles (vapeurs chimiques). Ce latex acrylique peut être appliqué même si des enfants sont présents dans la classe voisine, diminuant ainsi les risques de réaction chez les hypersensibles.

Nous avons utilisé des couleurs pâles, le bleu # 50BG66/193 et le jaune # 70YY83/225, recommandés par l’auteur Harry Wohlfarth.4 Le bleu est une couleur apaisante qui encourage la concentration; le jaune favorise l’intellect.

(NDLR: Les peintures 100 % naturelles, par exemple de marque Livos, sont encore plus sécuritaires car elles ne contiennent aucun produit synthétique. Toutefois, elles coûtent beaucoup plus cher car elles viennent d’Europe.)

Les parents vous ont-ils pris pour des hurluberlus quand vous leur avez parlé des cassettes synchronisant les deux hémisphères du cerveau?
C’est sûr qu’ils étaient sceptiques au début, mais l’Institut Monroe, basé en Virginie, étudie l’impact des sons sur le processus d’apprentissage depuis déjà 40 ans. Son procédé Hemi-Sync ne fait qu’activer les deux hémisphères en même temps (lire encadré). L’Institut jouit d’une réputation internationale et collabore avec des psychologues, des psychiatres et des ingénieurs électriciens.

Somme toute, l’expérience du Projet Alfred sera-t-elle répétée ?
Bien que notre fondation ait des moyens financiers limités, nous voulons faire construire, de A à Z selon une approche écologique globale, une école privée pour les enfants hyperactifs et ayant d’importants troubles de l’attention.

Avez-vous bon espoir ?
Les gens qui l’ont vécu savent que l’assainissement de l’environnement scolaire a des effets bénéfiques. L’important, pour nous, c’est de servir d’exemple et de provoquer un effet boule de neige. Après tout, Gandhi s’est fait suivre en marchant tranquillement, mais sûrement.

Pour en savoir davantage

On peut joindre le Dr Thérien au (819) 564-5144

1. Nutrition spirituelle et alimentation arc-en-ciel, Dr. Gabriel Cousens, Éditions Vivez Soleil, 1989, p. 179.

2. wwww.ott-lite.com , qui a pris les photos de fleurs en éclosion pour les films de Walt Disney, est l’auteur du livre Health and light (Ariel Press, 1973), vendu à plus de trois millions d’exemplaires.

3. Children of elementary school age: A case of daylight robbery. Une étude très intéressante réalisée par le ministère de l’Éducation de l’Albert. L’éclairage plein spectre additionné de rayons ultraviolets réduit notamment les caries.

4. Light: Medicine of the future, Jacob Liberman,. Bear Company Publishing, 1991.

Le procédé Hemi-Sync
La science a prouvé que le cerveau produit divers types d’activité électrique et que les rythmes de ces ondes indiquent différents états de conscience. Nous savons aussi que les sons peuvent de ce fait influer nos états de conscience.

Certaines combinaisons de fréquences sonores peuvent amener le complexe cerveau/esprit dans des états tels que relaxation profonde, sommeil ou vigilance accrue. Lorsque le cerveau reçoit une fréquence différente dans chaque oreille, à travers un casque stéréophonique (ou des haut-parleurs bien placés), il répond habituellement en produisant une troisième fréquence ressemblant à une modulation.

Cette méthode permet aux deux hémisphères de fonctionner à l’unisson (synchronisation hémisphérique, ou Hemi-Sync), permettant une utilisation optimale des capacités humaines. Source: Monroe Institute 

Des échos de l’école Le Baluchon
• Johanne Lalumière, ancienne président du comité de parents :
Ce ne serait pas honnête de dire que l’expérience fut une panacée à tous les problèmes, mais elle fut très positive. Mes enfants n’ont pas de problème d’hyperactivité ou de l’attention, alors je n’ai pas constaté de changement majeur. Mais c’est sûr qu’en classe, les professeurs ont observé un plus haut taux de concentration…

Il n’y a pas eu d’opposition au projet; les parents voulaient simplement le plus d’informations possibles. On s’est trouvé bien chanceux d’être choisis parce que Mansonville, c’est au bout du monde ! Nous avons compris que nous n’avions rien à perdre et tout à gagner. On sait que les néons ordinaires ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour la santé, certains parents n’ont pas les moyens d’acheter des amandes et la Fondation assurait un suivi auprès des professeurs. C’est sûr que j’encourage quiconque en a la chance d’essayer une telle expérience. Les parents sont très présents dans notre école. Nous avons acheté des amandes lorsqu’elles ont manqué en fin d’année et nous remplacerons les néons brûlés. Après tout, nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos enfants.

Angela Elias, ancienne directrice de l’école:
C’est sûr que la nouveauté suscite des peurs. J’ai travaillé pendant deux ans à créer des liens entre l’école et la communauté, afin de nous bâtir une crédibilité dans le milieu. Avant de lancer un tel projet, il faut sentir que tout le monde y croit. Les parents étaient très, très ouverts. Il y a eu des questions de pertinence quant aux effets sur les enfants. Une fois qu’on leur a tout expliqué, ils étaient très emballés. Il y a trois ans, il y avait parfois des bagarres dans la cour. L’année dernière, j’ai dû faire très peu de rencontres pour des actes de violence. Les enfants étaient moins fatigués, moins anxieux, moins tendus. Ils étaient plus sensibles dans leurs relations avec les adultes et avec les autres enfants. La beauté de tout ça, c’est que les changements ne sont pas exigeants. La peinture, les lumières et la musique sont encore en place. Ça ne demande pas une énergie folle à chaque année.

Maryse Laverdure, professeur de 4e et 5e année
Les trois amandes du matin, c’était important pour les enfants. Elles les rassasiaient et ils travaillaient mieux. L’effet de la peinture bleue ne fut pas vraiment perceptible dans ma classe car les enfants voyaient surtout le tableau vert. C’est moi qui voyait le mur bleu, au fond de la classe. Ç’aurait dû être dans l’autre sens ! J’ai vu une grande différence au niveau de l’éclairage plein spectre et les élèves aussi. La réflexion de la lumière n’est pas la même, elle est plus douce.

Certains jeunes étaient moins agressifs en classe envers les autres. Ils se sentaient en milieu sécuritaire. La musique a contribué à ce sentiment. En fait, il s’agit d’un son, d’un bruit de fond constant. Il ne faut pas le mettre fort, mais doux, doux. Audible, mais pas à 100 %. Les enfants étaient plus concentrés et plus calmes. C’était idéal comme ambiance de travail: ça les incitait à parler à vois plus basse, ils murmuraient. C’est vrai que le son peut être agressant si on se met à l’écouter. Autrement, ton oreille s’y habitue. Ceux qui n’ont pas aimé disaient qu’un seul son, c’est pas de la vrai musique !

Auteur

Dernières publications

Laisser un commentaire