Cohabitat Québec renaît de ses cendres

cohabitat-2Guillaume Pinson ne porte pas les marques habituelles des alternatifs : ni dreads, ni vêtements bigarrés. Pourtant, le professeur de littérature à l’Université Laval est impliqué depuis des années dans un projet révolutionnaire, de cohabitat en milieu urbain. Concept appliqué pour la première fois au Danemark en 1972, communément appelé ‘’cohousing’’, le cohabitat est une communauté de type intentionnelle composée de maisons privées ainsi que d’un terrain, de bâtiments et d’équipements partagées. Cette communauté est planifiée, possédée et gérée par des résidants réunis par la même quête : recréer un esprit communautaire et solidaire où l’on entretient des liens sociaux étroits « en respectant les idées contenues dans une « charte » décidée en commun, explique Wikipédia. Concrètement, le groupe achète un terrain de 27 acres (10,9 hectares) où sont construites des unités de logements dont chaque ménage deviendra propriétaire. À cela se greffe une maison commune qui devient lieu d’échanges, souvent autour d’un repas. Contrairement à un écovillage, un cohabitat ne comprend pas de source de revenus partagés.

La première expérience du genre chez nous, Cohabitat Québec, a pris naissance dans l’esprit de Michel Desgagnés il y a une dizaine d’années. Ce dernier cherchait alors une solution contre le mode de vie individualiste ayant cours dans les environnements urbains. En 2003, M. Desgagnés part sur les routes des États-Unis pour aller s’inspirer de villages fondés sur le principe de solidarité. De retour au Québec, ce membre fondateur recrute plusieurs familles et le projet est lancé en 2005. Le système de prise de décision du groupe, pas encore mûr, mène cependant à des dissensions et fait capoter cette première tentative. Qu’on ne s’y trompe pas, Cohabitat Québec n’est pas la seule initiative de cohabitat à rencontrer des difficultés : sur quatre projets sérieux, un seul sera mené à terme, indique M. Pinson, porte-parole du groupe.

L’importance de l’humain
Devant l’échec, les membres de Cohabitat Québec trouvent un mode décisionnel plus efficace. « Le vote étant polarisant, nous fonctionnons par consentement, explique M. Pinson. S’il y a une proposition, personne ne peut s’y opposer, sauf pour une raison valable. » Par exemple, s’il est proposé que la maison commune soit peinturée en vert, mais que Mme X souffre de nausées à la vue du vert, il s’agit d’un argument valable. À la suite de cette opposition, s’il est proposé que la couleur de la maison soit le bleu et que M. Y aurait préféré une autre couleur, ce n’est pas un argument valable. « Ça a été une façon de régler des choses qui stagnaient dans la première version, de dire Guillaume Pinson. On accepte tous qu’il n’y aura jamais de solutions parfaites, mais que le projet est le plus fort et doit avancer. »

Cohabitat Québec redémarre en 2009, cette fois-ci avec un mode de gouvernance beaucoup plus structuré, en comités et sous-comités, qui permet de faire avancer les choses plus vite. « Il s’agit d’avoir confiance que les autres font du bon boulot », d’ajouter M. Pinson.

Urbain et moderne
Le terrain fut choisi avant de recruter d’autres familles et acheté en juillet 2010. Situé près du Collège François-Xavier-Garneau et à quelques minutes de l’Université Laval, accessible par les transports en commun, il donne une orientation résolument urbaine au projet. Les intéressés savent donc à quoi s’attendre et c’est un plus pour le recrutement, dit M. Pinson. Parmi les membres, le 20 mai 2011 on comptait déjà 23 familles, dont 38 adultes et 19 enfants. La vision se clarifie à mesure que les étapes sont franchies. Le choix d’un architecte se porte sur Pierre Thibault, reconnu pour ses lignes épurées et modernes, sa préférence pour le bois, les grandes fenêtres, les espaces ouverts. Quarante copropriétés, offrant d’une à quatre chambres à coucher, seront réparties dans trois bâtiments, incluant la maison commune. Ce bâtiment collectif, d’une surface de 9 000 pieds carrés (836 mètres carrés) répartis sur deux étages, devrait abriter une cuisine, une énorme salle à manger, deux chambres à coucher pour des invités, un salon, une salle de jeux pour enfants, une salle d’exercice et beaucoup d’espace de rangement au sous-sol.

Ce projet moderne et urbain n’est cependant pas accessible à toutes les bourses. Incluant l’accès aux espaces partagés, la plus petite unité coûtera 190 000 $ et la plus chère, 350 000 $. Au dire de Guillaume Pinson, la maison commune est l’un des attraits majeurs du projet : « On accepte de vivre dans un espace personnel plus petit, étant donné qu’on a aussi une maison commune. Nous sommes notre propre promoteur, alors notre marge de profit, nous l’investissons dans la maison commune et le grand espace de verdure que nous aménagerons. Un tel terrain, on ne pourrait pas se le payer individuellement. »

Solidaires et verts
Mais, outre le partage d’espaces communs, qu’est-ce qui fait l’unicité de Cohabitat Québec par rapport à d’autres promoteurs de condos, outre le partage d’espaces communs? Organisés en coopérative de solidarité, les membres et futurs résidents réalisent toutes les étapes, du choix de l’architecte aux démarches auprès de la ville de Québec, en passant par le recrutement d’acheteurs et l’attribution des unités de logement.

En plus de s’engager à développer un esprit d’entraide communautaire où l’on prend soin des lieux et des personnes, les membres de Cohabitat Québec peuvent être apaisés quant à leur empreinte écologique. « Juste construire en ville, c’est déjà écolo », d’indiquer M. Pinson. Le principe majeur ayant guidé les promoteurs est de construire groupé et plus petit, obtenant une économie importante d’énergie. Autrement dit, au lieu d’avoir une salle à manger utilisée par les membres une fois par mois dans chaque logement, la maison commune devient le lieu de rassemblements fréquents et les appartements prennent des dimensions plus modestes. Du côté du transport, un projet de partage de véhicules est en branle, puisqu’il n’y aura de l’espace que pour 15 automobiles. Le transport en commun, très accessible, sera évidemment favorisé. Deux bâtiments seront orientés plein sud, utilisant l’énergie solaire passive. Enfin, la qualité des matériaux ne sera pas laissée pour compte, tant pour l’isolation que pour les fenêtres. Le tout mènera probablement à une certification LEED, les critères ayant déjà été remplis.

Le terrain acheté, les plans tracés et déposés au service d’urbanisme de la Ville de Québec pour approbation, l’entrepreneur engagé : ces étapes majeures étant franchies, il serait surprenant, selon M. Pinson, que Cohabitat Québec déraille maintenant. La construction débutera à l’été 2011 et à la fin de l’été 2012, les rêveurs urbains pourront enfin jouir de leur nouvelle propriété.

 
Texte paru pour la première fois dans le magazine Bio-Bulle.
 
Pour en savoir davantage :
Cohabitat.ca
Cohabitat.fr

Vivre autrement: Écovillages, communautés et cohabitats, Diana Leafe Christian, préface de Jacques Languirand et Patch Adams, Éditions Écosociété, 2006, 448 pages.
Cohabiter pour vivre mieux, Marthe Marandola, Geneviève Lefebvre, Éditions JC Lattès, 2009, 230 pages.
Habitat groupé – Écologie, participation, convivialité, par Christian Lagrange, Éditions Terre Vivante, 2008, 141 pages.

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2 Responses

  1. Alma Vaillancourt

    Bonjour,

    je viens juste de voir Mr.Pinson à l’émmission des Kiwi et des hommes et il nous parle de ce projet formidable. Félicitations !!! C’est formidable !!! l

    ,

  2. Bonjour,

    Nous sommes un petit groupe d’amis de la région de Montréal intéressés par le type de projet que vous avez réalisé. Pour lequel, en passant, nous vous tirons notre chapeau.

    Nous avons un grand nombre de questions, mais, pour commencer, nous aimerions savoir comment vous avez pu acquérir, à si peu de personnes, un terrain à la limite de Sillery et de St-Sacrement.

    Autre chose: nous aimerions vous rendre visite au plus tard le printemps prochain pour constater de visu la réalité de la chose. Y a-t-il quelqu’un qui serait prêt à nous rencontrer?

    Merci à l’avance de bien vouloir éclairer notre lanterne.

    Lise Harel

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