Via Capitale mise sur les maisons écologiques

On peut enfin comparer l’efficacité énergétique et d’autres caractéristiques écologiques des maisons à vendre, du moins de certaines proposées par la maison de courtage immobilier Via Capitale. Celle-ci vient d’ajouter le facteur « cote énergétique » aux informations clés que ses courtiers indépendants peuvent afficher lors de la mise en vente d’une propriété. Une innovation qui pourrait avoir un impact majeur sur le marché de la rénovation si d’autres courtiers emboîtent le pas. art via copie

Depuis septembre dernier, le moteur de recherche du site ArtViaCapitale.com comprend la liste déroulante Écologie, où les courtiers peuvent indiquer si une propriété comprend un système géothermique, des matériaux écologiques, des panneaux solaires, un dispositif de récupération des eaux usées, un toit blanc ou vert, et si elle a obtenu une certification Greenglobe, LEED ou Novoclimat.

Une innovation d’Écohabitation

Et depuis peu, plusieurs fiches de propriétés en vente sur les sites de viacapitalevendu.com ou de son programme artviacapitale.com indiquent déjà la cote énergétique Écohabitation. C’est l’ingénieur Denis Boyer, coordonnateur en efficacité énergétique pour l’organisme québécois Écohabitation, qui a mis au point cet outil pendant plusieurs mois pour Via Capitale. Exprimée en pourcentage, la cote tient compte de plusieurs informations fournies par les vendeurs et inscrites par les courtiers : consommation annuelle d’énergie (sous toutes ses formes, bois et taxes inclus), superficie habitable, nombre d’occupants, région, année et type de construction (unifamiliale, duplex, triplex ou condo) et si la maison est jumelée (plus les murs extérieurs sont nombreux et grands, plus grandes sont les pertes de chaleur).

Emmanuel Cosgrove, fondateur d'Écohabitation.

Emmanuel Cosgrove, fondateur d’Écohabitation.

« En cinq minutes, cela permet d’obtenir un portrait assez précis de la performance énergétique par rapport à la moyenne des propriétés dans la même catégorie », explique le directeur et fondateur d’Écohabitation, Emmanuel Cosgrove.

Cet expert en maisons durables (Écohabitation est responsable de la certification LEED pour les habitations au Québec) précise que la cote dépend évidemment de la bonne foi des vendeurs et des courtiers. « C’est certain que le chauffage au bois est une zone grise, admet-il. Les courtiers inscrivent les informations au meilleur de leur connaissance. Nous leur faisons confiance, leur profession est régie par un code d’éthique. Heureusement, au Québec, la magie de l’hydroélectricité nous permet d’avoir accès à la consommation d’énergie réelle des années antérieures, incluant le chauffage, pour la majorité des maisons. »

La cote n’est qu’une estimation qui ne tient pas compte de certains autres facteurs influant sur la consommation d’énergie : présence ou non d’un garage ou d’un sous-sol, forme du bâtiment, nombre d’étages, présence d’une piscine ou autre élément extérieur énergivore, occupation occasionnelle ou continue, habitudes des occupants, efficacité des appareils, etc. Le site ecohabitation.com précise que la cote est un « jugement objectif et approximatif de l’efficacité énergétique d’une habitation », mais que l’organisme n’offre aucune garantie quant à la précision de la cote et « n’est pas responsable de la validité des données entrées ».

Impact sur la rénovation et la revente de maisons

Malgré ces limites, ce nouveau programme répond à un besoin réel et solutionne un problème majeur dans le marché, comme l’explique Emmanuel Cosgrove : « L’Ontario voulait imposer la cotation énergétique des immeubles vendus [comme le Québec souhaite le faire, à l’instar de la France et de plusieurs États américains], mais les courtiers ont bloqué ce projet, qui fut aussi discuté lors du dernier débat public sur l’avenir de l’énergie au Québec. Les courtiers trouvent qu’après l’inspection préachat, une évaluation énergétique obligatoire causerait trop de délais. Notre calculatrice permet de comparer les propriétés à partir des vraies données sur leur consommation énergétique plutôt que de faire une simulation énergétique plus ou moins fiable à l’aide d’un logiciel de type HOT2000, à partir de chiffres hypothétiques. Notre outil, c’est du solide. Ça va créer un momentum dans le marché de la revente en valorisant les rénovations en matière d’isolation et d’étanchéité à l’air. »

Emmanuel Cosgrove n’est pas peu fier de ce que Denis Boyer et ses autres collaborateurs accomplissent depuis quelques années. « C’est assez excitant, cet outil de comparaison pourrait devenir assez populaire. Une institution financière nous a même engagés pour créer un outil calculant les coûts mensuels d’une habitation en tenant compte du paiement hypothécaire et des frais énergétiques. Nous pensons aussi concevoir un programme de certification des écocourtiers, à l’instar de notre programme ÉcoEntrepreneur. » Et c’est sans parler des programmes Rénovation, Quartiers et Municipalités lancés récemment par Écohabitation.

Face à la lenteur des initiatives publiques et privées en matière de bâtiment durable, cet organisme sans but lucratif, qui attire quelque 100 000 internautes sur son site mensuellement, a décidé de prendre le taureau par les cornes. « On était tannés d’attendre, alors on l’a fait! », lance le sympathique directeur. Si M. Cosgrove n’est pas nommé au prestigieux Cercle des Phénix de l’environnement un jour, il faudra bien couler une statue en aluminium recyclé en son honneur, voire sculpter sa grande silhouette dans un billot de pin centenaire récupéré au fond d’un lac!

Le bâtiment vert, tendance lourde

artIl faut aussi féliciter Via Capitale d’avoir été le premier courtier en immeubles québécois (sinon canadien) à s’impliquer aussi sérieusement dans l’habitat durable. Cette division de la fiducie de revenus torontoise Brookfield Real Estate Services vient de publier le rapport Vers une habitation durable, qu’elle a commandé au professionnel accrédité (PA) LEED Hugo Lafrance, coordonnateur en développement durable pour la firme d’architecture Régis Côté et associés. Son étude analyse l’évolution des divers programmes québécois qui aident les propriétaires et acheteurs à réduire l’impact écologique de leur propriété.

« Au Québec, de plus en plus de citoyens sont conscients des impacts des bâtiments et de leur utilisation sur l’environnement. Ils recherchent des habitations durables, c’est-à-dire qui ont un impact environnemental et économique plus faible durant leur cycle de vie, a déclaré Nicolas Ayotte, président et chef de la direction de Via Capitale, entreprise œuvrant au Québec depuis 20 ans. L’intégration de la cote énergétique permettra de mieux mettre en valeur les propriétés construites et certifiées LEED ou Novoclimat ou qui ont été rénovées en respectant les exigences des programmes comme Rénoclimat ou Rénovation Écohabitation ».

Via Capitale remarque un intérêt croissant des Québécois pour les habitations durables ou écologiques, car « elles offrent des espaces sains et plus confortables et comprennent des mesures visant à réduire leur empreinte écologique. Les impacts environnementaux se mesurent durant tout le cycle de vie d’un bâtiment, à partir de la fabrication des matières en passant par la construction, l’utilisation par les occupants, l’entretien, les réparations et les rénovations, ainsi que la phase de fin de vie du bâtiment. »

Bien que l’industrie québécoise du bâtiment vert soit encore jeune, depuis 1999, plus de 21 000 maisons et 15 000 unités de logement ont été certifiées Novoclimat par des entrepreneurs formés et accrédités par ce programme gouvernemental. On compte par ailleurs plus de 200 unités d’habitation québécoises certifiées LEED et des milliers d’autres sont en cours de conception ou de construction, grâce au travail de près de quelque 1 000 PA LEED au Québec. En 2012, les chantiers Novoclimat représentaient environ 10 % du marché de la maison neuve. Grâce aux inspections de l’enveloppe du bâtiment et du système de ventilation exigées pour obtenir la certification Novoclimat, ce programme protège davantage les consommateurs contre les risques de pourriture des murs, estime Écohabitation dans un communiqué publié notamment par l’Union des consommateurs.

Souhaitons qu’une masse critique de consommateurs et d’entreprises avant-gardistes comme Via Capitale s’engageront rapidement dans cette voie, car l’empreinte écologique de notre parc immobilier ne cesse de croître. Comme le souligne Hugo Lafrance dans son rapport, globalement, à cause de notre climat et de nos habitudes de vie, le secteur du bâtiment accapare 33 % de la production énergétique et 50 % des ressources naturelles extraites, en plus d’être responsable de 25 % des déchets enfouis, de 35 % des gaz à effet de serre produits et de 10 % des particules en suspension. Les années d’occupation d’une maison peuvent contribuer aux impacts environnementaux du cycle de vie dans une proportion allant jusqu’à 90 %.

 

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