Mérule pleureuse : quand le rêve sublime le cauchemar

 

La mérule pleureuse est un champignon géant qui prolifère dans les endroits sombres et humides, comme les vides sanitaires, et qui s’attaque à la structure des maisons. Photos : Dominique Rainville

À nos enfants, Mahé et Louna

En ce 1er juillet 2015, nous venons de prendre possession de notre première maison située dans un décor rêvé pour les adeptes de plein air qui, tout comme nous, ont décidé de faire de Lac-Beauport leur nid familial. Après plusieurs années de vie en ville, la famille grandissante pose ses valises dans la maison jaune, située en bordure de la rivière du même nom, entre montagne de ski et forêt boréale…

Nous recherchions un environnement sain pour élever nos enfants, les voir grandir au sein d’une communauté active orientée vers le plein air. La maison jaune, bien que nécessitant quelques travaux d’aménagements et d’améliorations, semblait répondre en tout point à nos préoccupations. Bien orientée face au sud, sur un grand terrain plat semi-boisé avec une fenestration abondante…

Le « cancer du bâtiment »

Mais le 25 décembre suivant, alors que nous célébrons en famille notre récente acquisition autour du repas de Noël, nous découvrons qu’une des fenêtres du salon est cassée. Ce n’est qu’au moment de la remplacer que notre rêve de vie paisible s’est transformé en véritable cauchemar.

Un fléchissement anormal dans la tablette de fenêtre m’a poussé à ouvrir le mur extérieur pour comprendre le bris. C’est alors j’ai découvert deux gros champignons qui semblaient avoir grugé l’ossature et ainsi affaibli la charpente. Nous avons tout de suite réalisés que nous faisions face à un problème sérieux et grave.

La mérule est un champignon qui croît très rapidement. © legault-dubois.ca

Notre premier réflexe à été de contacter une firme spécialisée en microbiologie pour échantillonner le champignon. Le verdict est rapidement tombé : c’était la fameuse mérule pleureuse. Notre moral a fait une chute vertigineuse en découvrant sur internet ce champignon que plusieurs qualifient de « cancer du bâtiment ».

La mérule pleureuse est un champignon lignivore qui s’attaque au bois si les conditions favorables à son développement sont réunies. À savoir : manque de ventilation, humidité excessive, température stable, obscurité. Le vide sanitaire sous notre maison, trop humide car mal ventilé, offrait donc l’environnement idéal à sa prolifération…

Une enquête plus poussée révèle que ce champignon, ainsi qu’un cocktail de moisissures, sont étendus dans l’ensemble du vide sanitaire mais que, par chance, les pièces de vie ne semblent pas contaminées… Mais pour combien de temps ? Les experts nous confirment que l’ampleur de la contamination est telle que nous n’avons d’autre choix que de démolir notre maison, le coût des travaux de décontamination étant supérieur à la valeur du bâtiment.

Découragés devant cette hécatombe, nous décidons de contacter d’autres sinistrés qui, comme nous, semblent bien désemparés devant le manque d’informations disponibles sur le sujet ou les solutions et recours possibles… Face à notre terrible solitude de réaliser que l’investissement de notre vie doit partir en fumée, nous décidons de partager notre histoire dans les médias pour rendre utile notre lourd fardeau et ainsi commencer à accepter notre processus de deuil.

La maison jaune a malheureusement dû être démolie.

Les sinistrés compensés

En parallèle, nous rejoignons un collectif de sinistrés qui s’organise pour faire pression auprès du gouvernement québécois afin qu’il reconnaisse la problématique et vienne en aide aux victimes de ce fléau.

Après plus de quatre années de bras de fer politique, entre espoirs et désespoirs menés de front par les efforts intarissables des premières victimes du champignon Maxime Boivin et Marie-Hélène Cauchon, le Regroupement mérule pleureuse est né en avril 2018. La ministre responsable de la Protection des consommateurs et de l’Habitat, Lise Thériault, vient justement d’annoncer la mise en place d’un programme d’aide aux victimes de la mérule pleureuse de plus de 5 millions de dollars sur trois ans. Le gouvernement investira aussi dans la recherche et la formation en vue d’élaborer des protocoles de détection précoces et de décontaminions efficaces.

Nous sommes aujourd’hui soulagés de savoir que notre terrible histoire a contribué à faire avancer le débat au Québec, mais sommes toujours devant notre triste réalité : déménager, démolir et reconstruire !

Alors que notre famille continue de s‘agrandir dans ce contexte houleux, nous entamons aujourd’hui la deuxième partie de notre chemin de croix en compagnie de partenaires qui souhaitent nous aider à reconstruire notre rêve. Et pour faire un pied de nez au destin, nous allons construire une maison saine, écologique et durable … tout l’inverse de la maison jaune !

L’auteure Dominique Rainville avec son mari Mickaël Paris et leur fils Mahé.

Pour que nos enfants se souviennent que cette histoire est chose du passée, nous regarderons l’avenir avec le sourire d’avoir été au bout de notre rêve et la certitude qu’il est encore plus beau malgré l’adversité!

lamaisonritjaune.com

https://fr-ca.facebook.com/merulepleureusequebec

Kinésiologue et kinésithérapeute, Dominique Rainville est fondatrice du Projet Version Originale qui vise à promouvoir l’activité physique pour le plaisir et la santé.

projetversionoriginale.comdominiquerainville.com

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