Les OGM : promesses non tenues

 

Marie-Ève Voghel

Marie-Ève Voghel

Par Marie-Ève Voghel Robert, ancienne responsable des communications chez Vigilance OGM

Il y a un peu plus de 20 ans, le gouvernement du Canada approuvait la culture des premières plantes génétiquement modifiées (GM). Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ont été développés afin de répondre à de nombreuses promesses de l’industrie: nourrir la planète, diminuer l’utilisation des pesticides et augmenter le rendement des agriculteurs. Depuis, les OGM sont omniprésents dans nos champs et nos assiettes, mais il est difficile de savoir où, de les identifier et d’évaluer leur impact. Tour d’horizon.

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Les deux caractéristiques principales des cultures GM : la tolérance aux herbicides et la résistances aux insectes.

Les OGM : état de la situation

Un OGM est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par l’homme en laboratoire afin de lui donner de nouvelles caractéristiques. Cette manipulation génétique se traduit par l’ajout, la suppression ou le remplacement d’au moins un gène dans l’ADN de l’organisme en question. Depuis 20 ans, la principale technique de modification génétique, appelée transgénèse, vise à améliorer les caractéristiques agronomiques des plantes, notamment pour augmenter leur tolérance aux herbicides et leur résistance aux insectes  (voir figure 1). En tout, près de 85 % des cultures GM dans le monde sont maintenant en mesure de mieux tolérer les herbicides  (comme ceux à base de glyphosate, tel le Roundup de Monsanto, l’herbicide le plus vendu dans le monde). En 2015, le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC, agence rattachée à l’Organisation mondiale de la santé) classait le glyphosate parmi les substances « probablement cancérogènes pour l’humain » (groupe 2A).Cette évaluation du glyphosate ne fait pas consensus, et d’autres agences d’évaluation considèrent cet herbicide comme non cancérogène. Dans de telles situations, il est préférable d’appliquer le principe de précaution et d’attendre les résultats d’études supplémentaires devant être réalisées concernant les effets à long terme du glyphosate, autant sur la santé que sur l’environnement et la biodiversité. OGM %L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a récemment détecté des résidus de glyphosate dans près du tiers d’un échantillonnage de 3 200 produits alimentaires qu’elle a testés.

Où sont les OGM dans notre alimentation?

Quatre cultures représentent à elles seules 99 % des cultures GM dans le monde : le soya (50 %), le maïs (30 %), le coton (14 %) et le canola (5 %).

Ces cultures GM sont principalement destinées à l’alimentation animale, à la production de dérivés alimentaires (huile végétale, glucose, lécithine, etc.) et aux biocarburants (voir figure 3). Ainsi, un aliment transformé qui contient un ou des dérivés du soya, du maïs ou du canola, risque fort d’avoir été produit à partir d’OGM, tout comme les dérivés de produits animaux (viandes, œufs, produits laitiers, etc.).

Au Canada, on retrouve trois des quatre grandes cultures GM : le maïs, le canola et le soya. Au Québec, ces trois cultures OGM se retrouvent en proportions importantes – en 2016, 84 % des cultures de « maïs grain » et 65 % des cultures de soya étaient génétiquement modifiées. Quant au canola, le gouvernement du Québec ne mesure plus les cultures GM de façon officielle depuis 2003, mais les pourcentages sont sans aucun doute assez élevés étant donné la contamination importante de la culture du canola non GM par le pollen des cultures de canola GM.

Trajectoire de la plupart des OGM.

Trajectoire de la plupart des OGM.

Environ 1 % de la production des cultures GM comprend les aliments GM qui sont destinés à la consommation humaine directement, sans transformation. Par exemple, les agriculteurs québécois ont le droit depuis 2011 de cultiver et de vendre pour la consommation humaine le maïs sucré génétiquement modifié. Ce dernier a comme caractéristique de produire son propre insecticide (maïs Bt). Cependant, il y a peu de cultures de maïs sucré GM au Québec, entre autres parce que les grandes chaînes de supermarchés exigent de leurs fournisseurs des épis de maïs sucré provenant de maïs non GM. Vigilance OGM réalise des tests de détection dans les épiceries depuis cinq ans, et aucun épi de maïs sucré GM produit au Québec n’a été trouvé au cours des deux dernières années. Par contre, il peut quand même y avoir du maïs sucré GM à l’épicerie. 

Parmi les autres aliments GM dits à « consommation directe » qui sont ou seront susceptibles d’être dans nos champs et nos assiettes dans la prochaine année, on retrouve, outre le maïs sucré, le saumon, la pomme et la pomme de terre.

Le saumon GM a été approuvé par Santé Canada pour la consommation humaine en mai 2016. Les consommateurs pourront le retrouver dans les épiceries et les poissonneries dès la fin 2017. Sa croissance est deux fois plus rapide que celle du saumon d’élevage non GM. Le saumon GM est le premier produit animal GM autorisé pour la consommation humaine, et le Canada est le seul pays à avoir accepté de le vendre.

Santé Canada a approuvé la pomme GM pour la consommation humaine en mars 2015 et elle sera sûrement dans les épiceries au cours des prochaines années. Son génome a été modifié afin qu’elle ne brunisse pas pendant 3 semaines une fois coupée. Pour le moment, seul un producteur de la Colombie-Britannique la cultive, et elle est vendue depuis février 2017 dans quelques épiceries aux États-Unis sous la marque « Arctic ».

Finalement, une nouvelle pomme de terre GM a été approuvée en mars 2016 et cette variété pourrait se retrouver dans les épiceries canadiennes dès la fin de 2017. Elle est vendue en petites quantités aux États-Unis depuis 2015 sous la marque Simplot. Cette variété a été élaborée afin de diminuer la production d’acrylamide, une substance potentiellement cancérogène lorsque la pomme de terre est cuite à très haute température, et pour prévenir les dommages causés par la manipulation et la manutention.

Outre ces produits, on peut retrouver sur les tablettes des épiceries de la papaye d’Hawaii GM, certains types de courges GM des États-Unis, et des dérivés de la betterave sucrière GM.

Principaux pays producteurs d'OGM en 2014.

Principaux pays producteurs d’OGM en 2014.

Où sont les OGM dans le monde?

Bien que les OGM soient présents au Canada, il n’en est pas ainsi partout dans le monde. En effet, seulement cinq pays se partagent environ 90 % de la production mondiale des OGM. Le Canada est classé au 5e rang avec 6,4 % de la production mondiale, alors que le Québec compte plus de cultures d’OGM que 177 pays dans le monde. Ainsi, il est faux de dire que les OGM font consensus dans le monde : une majorité de pays ne cultive pas d’aliments GM, par contre certains autorisent leur importation. De plus, l’utilisation des produits GM est règlementée et leur étiquetage est obligatoire dans 64 pays.

 

Les enjeux associés aux OGM

Selon les promesses de l’industrie, les OGM ont été développés afin de nourrir le monde, d’augmenter les rendements et les revenus des agriculteurs et de réduire l’utilisation des pesticides. Promesses tenues? Voici trois exemples qui suggèrent le contraire :

–       Nourrir le monde : La très grande majorité des OGM qui sont cultivés ne le sont pas pour améliorer la valeur nutritive des aliments ni pour augmenter leur résistance à la sécheresse dans les pays en développement, par exemple. Les quatre principaux OGM sont surtout cultivés pour la production d’aliments pour animaux, d’aliments transformés (tous les aliments contenant des dérivés du soya, du canola et du maïs peuvent potentiellement être issus d’aliments GM) et de combustibles (par exemple, l’éthanol est probablement produit à partir de maïs GM). Il y a très peu de fruits et de légumes GM sur le marché ou de céréales GM destinées directement à l’alimentation humaine. Globalement, les pays produisent suffisamment de nourriture pour nourrir toutes les populations mondiales, mais ces ressources ne sont pas toujours accessibles ni distribuées adéquatement comme en témoigne un rapport déposé en mars 2017 au Haut-Commissariat des droits de l’homme des Nations Unies par la Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation

–       Augmenter les rendements et les revenus des agriculteurs: Tout d’abord, comme les semences GM brevetées sont plus dispendieuses pour les agriculteurs que les semences traditionnelles, les rendements pour amortir ces coûts doivent donc être plus importants. Selon les études réalisées concernant les rendements des cultures GM, les modifications génétiques des cultures n’ont pas contribué spécifiquement à en augmenter le rendement, et ce, autant dans les pays du Nord que du Sud.

–       Réduire l’utilisation des herbicides : Depuis 20 ans, l’utilisation des pesticides a augmenté considérablement au Canada, entre autres à cause de l’augmentation des cultures GM tolérant le glyphosate. Au Québec, les ventes d’herbicides à base de glyphosate ont augmenté de 71 %entre 2006 et 2012. L’utilisation accrue de cet herbicide a entrainé l’apparition de mauvaises herbes résistantes au glyphosate, et l’industrie a réagi en modifiant à nouveau la génétique des cultures pour les rendre tolérantes à des herbicides plus anciens : le 2,4-D et le dicamba. Un cycle vicieux s’est ainsi créé entre les cultures OGM, les herbicides de plus en plus utilisés et les mauvaises herbes toujours plus résistantes aux herbicides. Toutefois, l’industrie a tout avantage à ce que l’utilisation des pesticides augmente : les entreprises qui développent les semences GM sont souvent les mêmes qui développent les pesticides.

Gilles-Éric Seralini

Gilles-Éric Séralini

De plus, nous manquons de données concernant l’impact réel à long terme des OGM, autant sur la santé que sur l’environnement. En effet, la plupart des études existantes ont été réalisées sur de courtes périodes de temps, et souvent à partir des données que l’industrie a bien voulu fournir ou encore par un contrôle des recherches par l’industrie. Même si elle a été décriée par certains lobbys agro-industriels, l’étude du Professeur Gilles-Eric Séralini sur les effets nocifs à long terme du Roundup et du maïs transgénique NK603, publiée en 2014 dans la revue Environmental Science Europe, permet de remettre en cause le discours privilégié par l’industrie et réitère l’importance d’effectuer davantage de recherches indépendantes. Dans de telles situations, le principe de précaution devrait également être appliqué.

Seralini

Les résultats montrent une augmentation des tumeurs bénignes chez les rats ayant consommé du maïs transgénique.

Les résultats montrent une augmentation des tumeurs bénignes chez les rats ayant consommé du maïs transgénique, mais une telle tumeur n’est pas un cancer ! Le pesticide serait responsable de déficiences au niveau des reins et du foie, ainsi que d’une perturbation du système hormonal.

Passer à l’action

Dans un tel contexte, que faire? La première étape consisterait à informer la population. En l’absence d’information et d’étiquetage adéquats, il est difficile pour les consommateurs de s’y retrouver et de faire des choix éclairés. En effet, le manque de transparence de la part des gouvernements et de l’industrie brime notre droit fondamental de savoir et nous prive de l’information dont nous avons besoin pourdécider et comprendre ce que nous consommons.

C’est pourquoi Vigilance OGM travaille pour favoriser le dépôt d’une loi pour l’étiquetage obligatoire des OGM à l’Assemblée nationale, afin que les consommateurs puissent décider de consommer ou non des OGM. Rappelons qu’en 2003, les Libéraux de Jean Charest avait promis d’adopter une telle loi s’ils étaient élus, promesse qu’ils n’ont pas tenue par la suite.

Actuellement, les consommateurs qui ne veulent pas d’OGM dans leur alimentation doivent se fier aux certifications biologiques et à la certification « Non GMO Project » qui assurent qu’un produit est exempt d’OGM. Vigilance OGM a également élaboré un petit guide, qui a été distribué à plus de 100 000 exemplaires depuis 2012, afin d’aider les consommateurs à repérer les produits susceptibles de contenir des OGM.

Les enjeux associés aux OGM sont encore trop peu connus, autant des agriculteurs que des consommateurs, et il est important de les renseigner. De plus, des recherches supplémentaires concernant l’impact à long terme de ces cultures doivent être effectuées. Nous avons le droit de connaître les méthodes d’agriculture utilisées et de choisir les aliments que nous souhaitons inclure dans notre alimentation.

Pour en savoir davantage :

Lorsque la source n’est pas spécifiée dans le texte, les données citées sont tirées de l’Enquête OGM réalisée par CBAN en collaboration avec Vigilance OGM.

Guide OGM 2015

 
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