Manger bio n’est pas un luxe

 

Seralini Rat

Les rats nourris au maïs GM (NK603), avec ou sans l’herbicide Roundup, ont développé d’énormes tumeurs et sont morts prématurément. ©CRIIGEN

Éditorial de notre numéro d’automne 2017

Trop cher, le bio? Pas si c’est pour éviter des ingrédients dont l’innocuité n’a jamais été démontrée. Au contraire, dans le cas des organismes génétiquement modifiés (OGM) et des herbicides à base de glyphosate, tel le Roundup de Monsanto, les rares études indépendantes sur le sujet mettent à mal le feu vert donné en avril dernier pour 15 ans par le gouvernement du Canada qui s’est appuyé essentiellement sur des études non publiées et secrètes de l’industrie[1].

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde. Ce pesticide se retrouve sur 45 % des cultures québécoises — principalement dans le maïs, le soya et le canola GM — et dans des centaines d’aliments transformés non certifiés bio qui en contiennent (détails dans le Guide alimentaire des OGM de Greenpeace), dont les viandes issues d’animaux nourris avec ces trois plantes. De plus, le glyphosate est appliqué comme siccatif sur les céréales afin de les assécher plus rapidement au moment de la récolte. La façon la plus sure d’en réduire l’ingestion est d’acheter des aliments certifiés biologiques.

 

Probablement cancérogène

Le glyphosate est mesuré partout dans l’air, dans l’eau et dans le sol. Pourtant, l’année dernière, il a été classé « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer lié à l’Organisation mondiale de la santé et il pose de sérieux risques sanitaires, selon vigilanceogm.org. « Ces risques, souligne Louise Vandelac, professeure à l’Institut des sciences de l’environnement et au département de sociologie de l’UQAM, sont liés notamment aux effets de perturbation endocrinienne des herbicides à base de glyphosate. En outre, selon l’étude de Mesnage et al. 2014[2], pour 8 des 9 principaux pesticides au monde, les coformulants sont jusqu’à 1 000 fois plus toxiques que le principe actif, qui est pourtant le seul élément évalué par les instances publiques, d’où l’importance de parler des herbicides à base de glyphosate et non du seul glyphosate. »

Selon l’ingénieure et experte en nutrition Stephanie Seneff, chercheure au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), depuis une quinzaine d’années qu’ils ont envahi le marché, les aliments GM cultivés avec des herbicides à base de glyphosate sont corrélés « très très fortement avec l’augmentation des cas de diabète, d’obésité, de défaillance rénale, d’alzheimer, d’autisme et de problèmes de thyroïde, affirme-t-elle dans la toute récente série web gmosrevealed.com.

Dans la même série, l’endocrinologue et interniste américain Dr Zach Bush affirme que l’usage massif des herbicides à base de glyphosate comme siccatif serait un facteur de l’épidémie des maladies cœliaques (intolérance grave au gluten). Selon lui, plusieurs de ses patients, toujours malades bien croyaient très bien manger, ont pris du mieux quand ils ont commencé à manger bio. L’intolérance grave au gluten présent dans le blé, l’orge et le seigle (et qui contamine souvent l’avoine) touche 100 fois plus de personnes qu’on ne le croyait, écrivait le Dr Alessio Fasano dans la revue Scientific American, en août 2009. Selon ce professeur de pédiatrie à l’Université du Maryland, 99 % des gens atteints ne manifestent que les premiers symptômes mineurs de la maladie (ballonnements, douleurs abdominales, constipation, diarrhée, nausée, perte de poids). Raison : leur intestin n’est pas encore assez endommagé pour causer les symptômes aigus (indigestion persistante et diarrhée chronique).

 

Étude historique sur des rats

En 2012, le chercheur français Gilles-Éric Séralini et son équipe du Criigen[3] a démontré, pour la toute première fois, les dangers de consommer un maïs GM (NK603), avec ou sans l’herbicide Roundup, dans une étude portant sur la vie entière de 200 rats, soit de deux ans et non de trois mois sur 40 rats comme c’est souvent le cas pour autoriser un OGM. Bilan : on a observé chez ces rats des problèmes de foie et de rein, d’énormes tumeurs et ils sont morts prématurément. « Cette étude indépendante a marqué un profond tournant dans l’analyse des effets nocifs du Roundup, des OGM, des lacunes d’évaluation des instances publiques et des troublantes pratiques de Monsanto », nous a expliqué Louise Vandelac, au sortir de la Soirée des sages que j’animais et à laquelle elle participait, à Montréal, le 12 août dernier, dans le cadre de la Foire ÉCOSPHÈRE.

Cette étude ne fut-elle pas ensuite retirée par la revue Food and Chemical Toxicology qui l’avait publiée? « Oui, dit-elle, et l’étude a été republiée dans la revue Environmental Science Europe, où elle est toujours accessible. Par ailleurs, les Monsanto Papers[4], ces documents internes de Monsanto déclassifiés dans le cadre de procès intentés en Californie par plus de 75 personnes, témoignent de l’ampleur des manœuvres pour faire retirer cet article et tenter de détruire la réputation de Séralini[5] qui a dû, depuis 2012, intenter plusieurs procès pour contrer la diffamation, procès qu’il a tous gagnés. »

« Parmi les manœuvres de la multinationale mises à jour, on a demandé à des chercheurs, supposés indépendants, dont l’un a touché 57 000 $ en 2016, d’adresser des courriers aux éditeurs pour décrédibiliser cette étude. Et sans prétendre à un conflit d’intérêts, le rédacteur en chef de FCT au moment de la publication et de la rétractation de l’article, a été approché par Monsanto le 21 août 2012 (un mois avant parution de l’article) pour devenir consultant, fonction qu’il occupera à partir du 7 septembre suivant, avec un salaire de 400 $ de l’heure avec une limite de 3 200 $ par jour.  C’est digne des romans de John LeCarré, mais l’enjeu ici c’est la santé et l’environnement. »

 

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