Design régénérateur : changer le monde en le revitalisant

La raison d’être du design régénérateur, c’est de restaurer, de renouveler et de revitaliser. Photo : Randolph Langenbach

Il y a de l’effervescence dans l’air au Centre Saint-Pierre, à Montréal, en ce mardi 5 juin 2012. Devant un auditoire captivé, composé surtout d’architectes, d’ingénieurs et de designers, l’architecte et urbaniste Bill Reed bouscule les égos aux multiples dimensions et les façons de concevoir le bâti et l’espace.

« Les relations entre ceux qui l’exécutent sont plus importantes que le projet lui-même », plaide le cofondateur du US Green Building Council (USGBC) et de la certification LEED des bâtiments durables. Pionnier américain du bâtiment vert, Reed est le champion du design régénérateur, concept avancé en 1961 par la grande urbaniste américaine Jane Jacobs, dans son livre Vie et mort des grandes villes américaines.

La raison d’être du design régénérateur, c’est de restaurer, de renouveler et de revitaliser nos immeubles, villes et paysages. Il doit améliorer la qualité physique, sociale et spirituelle de nos milieux de vie. Pour Bill Reed, le développement n’est vraiment durable que s’il soutient la vie : l’impact nul sur l’environnement ne suffit pas, il faut contribuer à le faire fleurir. « Les processus d’architecture et de planification urbaines sont des moyens de co-créer la vie, et de réparer les dommages que nous nous sommes causés à nous-mêmes et que nous avons causés à la nature, nous expliquait-il en décembre 2011. La réduction de la pollution électromagnétique fait automatiquement partie des solutions, a-t-il ajouté. J’ai eu des clients électrosensibles et j’ai dû répondre à ces préoccupations. »

Dérangeant mais inspirant

« Les relations entre ceux exécutent une construction sont plus importantes que le projet lui-même », plaide Bill Reed.

Reed a déjà été viré par des clients du Vermont qui voulaient construire une épicerie certifiée LEED. « Avez-vous vraiment besoin d’un tel bâtiment ? » leur avait-il demandé. Ce n’est qu’une année plus tard qu’ils le rappelèrent après avoir compris le défi qu’il leur avait lancé : celui de régénérer leur environnement en collaboration avec leurs clients, leurs fournisseurs et même le service forestier local. Au lieu de construire une épicerie, ils se sont impliqués dans leur communauté, en enseignant à leurs concitoyens comment cultiver et préparer leur nourriture pour tendre vers l’autosuffisance et ainsi assurer leur sécurité alimentaire.

Bill Reed ne conçoit pas uniquement des plans d’immeubles ou de quartiers, mais aussi des plans pour des vies plus riches. Comme le disait un de ses étudiants au site worldchanging.com : « Les systèmes vivants ne concernent pas que les immeubles et les choses. Les gens qui les façonnent sont aussi régénérés. »

Les relations avant tout!
Créer un environnement durable, selon Reed, c’est répondre aux besoins des gens tout en valorisant le milieu naturel dans lequel on construit. Pour y arriver, le plus difficile consiste à changer nos façons de faire, explique Bill Reed, président du consortium Integrative Design Collaborative (IDC), du Massachusetts. Lors de son atelier de juin 2012, il propose aux participants de se regrouper à trois ou quatre pour réfléchir à deux projets complétés et à deux autres qui ont agonisé.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? Michael Sullivan, associé principal de la firme montréalaise NFOE et associés architectes, relate alors l’histoire d’un projet qui avait mal démarré et qui était sur le point d’échouer lorsqu’une femme dynamique en a pris la direction et lui a insufflé un vent de positivisme qui a fait boule de neige. Le projet a finalement été une réussite.

Cet exemple et d’autres mentionnés au cours de l’atelier rappellent à quel point la dimension humaine est importante dans la mise en œuvre d’un projet immobilier. Cela peut faire toute la différence entre un projet mené à bien et un autre qui échoue. De ce constat découlent les questions suivantes : comment bâtir des relations de qualité entre les exécutants et comment les rendre fonctionnelles ? Les réponses de l’auditoire fusent.

Il faut établir une confiance entre les exécutants, dit l’un; il faut partager la même vision, dit un autre; il faut mettre les ego de côté, disent d’autres participants. Tout cela est vrai, reconnaît Bill Reed, mais ce qui est fondamental et essentiel, c’est de penser de façon globale. « Notre éducation nous enseigne à voir les choses de façon segmentée, dit-il. On ne pense pas globalement, comme à un seul système tout-en-un. Pour arriver à appliquer le design régénérateur dans un projet, il est important de changer cette façon de penser et de faire. »

Le design régénérateur comporte trois clés majeures : comprendre les relations établies, concevoir le bâti et l’espace environnant en harmonie avec les éléments sur place et se laisser inspirer par la coévolution (processus de transformations produites au cours de l’évolution des espèces biologiques, selon Wikipédia).

Revoir le vocabulaire
Pour cela, il fait aussi revoir notre vocabulaire, utiliser des termes globalisants, qui nous incluent, explique monsieur Reed.

Photo : Gerold_Sinnhofer

Prenons le terme environnement, par exemple. « Il concerne des choses qui nous environnent sans nous inclure, dit-il. Il est préférable d’utiliser le terme écologie qui englobe l’humain et la nature. »

Il aime d’ailleurs citer l’auteur Wendell Berry qui disait : « Personne n’a jamais appelé sa maison un environnement! »D’autres termes ne vont pas assez loin, à ses yeux, comme durabilité ou développement intelligent (smart growth). « Ils ne font qu’assurer le maintien de notre existence sur la planète sans en développer le potentiel. »

C’est pourquoi Bill Reed dit que la certification LEED est un bon point de départ, mais qu’elle ne pourra pas sauver le monde. « Les bâtiments écologiques ne font pas une planète durable, a-t-il expliqué sur le site Social Enterprises. Nous cherchons comment intégrer la conception tout en créant des systèmes intégrés. »

Pour mettre en œuvre le concept sur le terrain, il fait appel au biomimétisme qui s’inspire des systèmes vivants. C’est ainsi qu’il prône l’implantation de la permaculture, c’est-à-dire une approche qui conçoit des habitats humains et des systèmes agricoles qui imitent les relations présentes dans l’écologie naturelle. En outre, l’équipe de conception doit dialoguer avec les acteurs de la communauté où le projet est réalisé, condition essentielle pour lui permettre d’évoluer vers la meilleure forme possible.

Playa Viva, un projet de design régénérateur

Photo : Daniel Camarena

Plusieurs projets de design régénérateur ont été réalisés, notamment par la firme de planification Regenesis de monsieur Reed, ou par Holistic Management International, qui œuvre en milieu rural. Si Regenesis est reconnue d’un bout à l’autre de l’Amérique, Bill Reed aime beaucoup parler de Playa Viva, station balnéaire écologique bâtie à Juluchuca, sur la côte Ouest du Mexique.

Ses propriétaires voulaient en faire une station qui intégrerait les concepts de nouvel urbanisme et de bâtiment vert. Mais ils ont succombé au charme du design régénérateur.En 2006-2007, l’équipe de Regenesis a donc développé, de concert avec les promoteurs du site, un plan directeur considérant les êtres humains et la nature comme un tout. Les objectifs fixés étaient ambitieux : produire sur le site plus d’énergie qu’on en consommera, accroître la biodiversité, assainir l’eau et améliorer la qualité des sols.

Photo : Gerold Sinnhofer

La phase I, terminée en 2009, comprend l’aire de villégiature et les infrastructures pour l’eau, la production d’énergie et les opérations. Les édifices utilisent les meilleures technologies vertes disponibles. Ils sont alimentés à 100 % à l’énergie solaire. Les chambres sont orientées de façon à tirer parti de la fraîcheur naturelle des lieux – finis les besoins de climatisation!

Pendant la construction, 75 % des déchets ont été recyclés et 50 % de la main-d’œuvre était de provenance locale. Celle-ci a même contribué à fabriquer les meubles pour les chambres! L’aménagement paysager, fondé sur la permaculture, est composé de plantes autochtones tolérantes à la sècheresse et qui attirent oiseaux et insectes utiles. Les eaux grises et les eaux noires sont traitées biologiquement, puis elles sont réutilisées pour l’arrosage. Les nutriments évacués lors du traitement servent même à enrichir les sols.

La majeure partie du territoire (65 hectares sur un total de 81) est en voie de restauration : on y façonne une réserve privée en cherchant à reproduire fidèlement les écosystèmes d’origine. On aménage des milieux humides, on réintroduit des espèces végétales et animales typiques de la forêt côtière et de la mangrove (riche écosystème qui se développe dans la zone de balancement des marées ou à l’embouchure de certains fleuves). On y retrouve même un sanctuaire pour les tortues et pour 200 espèces d’oiseaux.

Pour en savoir davantage :
Integratvie Design Collaborative 

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