Maison Ozalée : bilan de l’architecte (réservé)

Maison Ozalée : bilan de l’architecte (réservé)

 

Lucie Langlois, architecte, présidente et co-fondatrice de l'organisme Maison Passive Québec.

Lucie Langlois, architecte, présidente et co-fondatrice de l’organisme Maison Passive Québec.

Lucie Langlois, qui dirige le bureau Alias architecture, a conçu la maison passive Ozalée bâtie par Richard Price de Construction le Tournesol. Elle résume ainsi les leçons tirées de ce projet hors normes, une rénovation majeure de surcroît, tout comme la maison Osora de la famille St-Jean. Voici ce que nous a confié la présidente et co-fondatrice de l’organisme Maison Passive Québec.

• « Le but d’atteindre une charge de chauffage de 10 W/m² (ou une consommation 15 kWh/m²/an) est de réduire la puissance du chauffage pour pouvoir l’intégrer dans le système de ventilation et simplifier le système au maximum. C’est ce qui fait que l’objectif ne peut pas être modifié selon chaque contexte. Ça fait parti du concept Passivhaus : réduire le système de chauffage à sa plus simple expression. »

• Il faut investir dans la conception. Ça coûte cher mais c’est le meilleur investissement pour éviter la gestion de chantier compliquée qui augmentera les coûts d’une façon beaucoup plus drastique. Ensuite, il faut travailler en équipe et éduquer les constructeurs et les gens sur le chantier; ils doivent savoir pourquoi on fait les choses de cette façon. Il faut concevoir des méthodes et détails de construction compatibles avec notre savoir-faire, mais assez simples pour éviter cette gestion compliquée, la clé est dans la simplicité… Par exemple, si il y a une cavité technique suffisante dans les murs, n’on aura pas à vérifier tous les percements du pare-air par l’électricien — il faut juste s’arranger pour qu’il n’ait rien à percer!

• Tout n’est pas si différent, c’est à nous de développer notre savoir-faire pour construire avec beaucoup d’isolation, sans ponts thermiques, et très étanche à l’air. Je vois ça comme un beau défi pour les concepteurs et les constructeurs. De plus en plus, nous voyons apparaître dans les projets des petites trouvailles bien simples qui augurent très bien pour l’avenir. Car je suis convaincue que cette certification a un bel, avenir autant au Québec que partout ailleurs dans le monde. Elle est ambitieuse, c’est vrai, mais c’est ce que ça prend. Je trouve que c’est ce qui nous manque surtout ici, de l’ambition. 

• Il commence à y avoir des options locales très intéressantes, par exemple chez Net Zero Performance (fenêtres allemandes Rehau, en uPVC robuste, sans plastifiants, ni plomb ni renforts d’aicer) et Minotair (échangeur d’air à pompe à chaleur). Et il y en aura d’autres dans un avenir proche, j’en suis certaine.

Fenêtres et étanchéité

• Avec l’étanchéité à l’air, la fenêtre est la grande faiblesse d’un mur mais ce n’est pas seulement le triple vitrage qu’il faut considérer. Les fenêtres performantes ont aussi le type d’ouverture et les cadres les mieux conçus et les détails d’installation sont un facteur trop négligé. Il ne suffit pas de mettre un thermos triple dans un cadrage standard.  Ça va beaucoup plus loin. Les fenêtres certifié PH ont une performance globale (thermos+cadre+installation) de R-7,1 minimum et au Québec nous devrions atteindre R-7,9 pour atteindre le critère de confort obligatoire (pas plus que 4 degrés de différence de température près des fenêtres dans les aires de vie). Les détails d’installation sont difficiles à coordonner avec une compagnie établie en Europe. Privilégier les fenêtres fabriquées au Québec et encourager le développement de notre expertise locale.

• Le contreplaqué 3/4 po [requis pour solidifier le mur d’origine qui devait soutenir un nouvel étage] agit bien comme pare-air s’il est bien scellé et comme pare-vapeur. Très contente de cela car ça sauve les coûts d’ajout d’une membrane et très contente aussi du résultat de l’infiltrométrie (0,39 CAH à 50 Pa);

Suivi de chantier

• Un suivi serré et une bonne coordination avec le constructeur est nécessaire. Comme je n’étais pas engagée pour le chantier, question de coût, nous avons eu quelques erreurs de coordination. La tâche a été très lourde pour Richard, j’aurais dû insister pour faire le suivi de chantier;

• La certification Passivhaus EnerPhit, plus adapté à la rénovation, aurait dû être l’objectif pour la Maison Ozalée comme je l’avais proposé au départ. Cela aurait été un très bel exemple de rénovation et beaucoup moins exigeant (25 kWh/m²/an), mais les propriétaires voulaient une maison Passivhaus pure ! Pour ma maison personnelle, je vise EnerPhit. Les critères étant adaptés selon la zone climatique dans la dernière version du PHPP (Passive House Planning Package], je dois atteindre 30 kWh/m²/an.

Dossier certification

• Il faut en faire un une fois pour acquérir de l’expérience et simplifier des étapes. C’est ce que ce projet me permet de faire. La demande de certification est en cours et nous sommes très confiants.

• Je persiste, cette expérience a été très instructive et me rend encore plus confiante pour les projets en cours et futur. Ce qui me pousse à continuer dans cette voie est la rigueur et l’innovation que cela implique. Et aussi le travail d’équipe qu’il implique, ça me motive beaucoup d’imaginer des solutions et de nouvelles méthodes de construction en collaboration avec les constructeurs et manufacturiers. Il y a tant à faire ici pour améliorer nos façons de faire. Nous avons les connaissances mais nous les appliquons si peu. C’est important de construire de bons exemples d’architecture de qualité et d’efficacité énergétique. Je développe mon réseau de constructeurs motivés un peu partout au Québec, tout ça est très stimulant et prometteur.

• Le coût de la certification fut de 2 630 et il faut ajouter environ 20 % de temps de travail de plus pour le concepteur et l’analyse énergétique et pour présenter le dossier complet en vue de la certification. » Selon Richard Price, la maison Ozalée passive et agrandie a coûté 595 000 $ ou 165 $ le pied carré. »

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