Comment assurer la longévité d’une installation septique

Comment assurer la longévité d’une installation septique

 
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Un champ d'épuration consiste en des tuyaux partiellement perforés qui sont déposés dans un lit de pierre concassée. Les microorganismes qui y vivent décomposent les virus, bactéries et autres contaminants des eaux usées qui s'infiltrent dans le sol avant d'atteindre les eaux souterraines. Cet élément épurateur reçoit les eaux usées ayant subi un prétraitement bactérien dans une fosse septique enfouie (en béton, plastique ou fibre de verre) qui reçoit les eaux des toilettes et sépare les liquides, solides et matières grasses. © MDDELCC

Un champ d’épuration consiste en des tuyaux partiellement perforés qui sont déposés dans un lit de pierre concassée puis recouverts de terre. Les microorganismes qui y vivent décomposent les virus, bactéries et autres contaminants des eaux usées qui s’infiltrent dans le sol avant d’atteindre les eaux souterraines. Cet élément épurateur reçoit les eaux usées ayant subi un prétraitement bactérien dans une fosse septique enfouie (en béton, plastique ou fibre de verre) qui reçoit les eaux des toilettes et sépare les liquides, solides et matières grasses. © MDDELCC

Tout acheteur de maison de campagne devrait faire inspecter son installation septique, car en général sa durée de vie ne dépasse pas 20 ans et la vaste majorité des systèmes ne respectent que les règles minimales du règlement québécois Q-2, r. 22 sur l’évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées, estime Maurice Charbonneau, vice-président de l’Association des entreprises spécialisées en eau du Québec (AESEQ).

« Nous faisons beaucoup d’inspections préachat d’installations septiques et agissons comme témoins experts depuis 7, 8 ans, explique le technologue professionnel en génie civil et président de Devcon, qui conçoit des installations septiques depuis 1985. Les tribunaux ne donnent plus raison à l’acheteur d’une maison qui plaide qu’une installation septique défectueuse est un vice caché, car l’acheteur a l’option de la faire vérifier. » Une telle inspection coûte 450 $ plus taxes.

Selon lui, idéalement, le vendeur d’une maison devrait « quasiment être obligé » de démontrer que l’installation septique est règlementaire. « Les banques demandent toujours un rapport de conformité de son positionnement, pour s’assurer par exemple que l’installation ne déborde pas chez un voisin, mais elles ont aussi besoin de connaître si elle performe, si on peut la refaire quand elle ne fonctionne plus et, si oui, à quel coût. Si non, c’est mieux de ne pas acheter la maison. Beaucoup de gens mettent leur maison à vendre quand l’installation septique ne fonctionne plus. Il n’y a pas d’odeur ni eau qui percole en surface [signes d’une installation défectueuse] s’ils ne se servent pas du chalet et de la toilette régulièrement. » Autre signe de la fin de vie d’une installation septique : les toilettes n’évacuent plus les eaux usées. La cause : le champ d’épuration est colmaté et les eaux usées débordent donc dans la conduite qui la relie à la maison.

Selon M. Charbonneau, le Q-2, r. 22 n’oblige pas à refaire une installation septique non règlementaire tant qu’elle ne pollue pas l’environnement. « On fonctionne par droit acquis. La durée de vie moyenne des systèmes est de 15 à 20 ans, certains durent 30-35 ans et d’autres 10-12 ans. Deux éléments affectent la durée vie de l’installation septique : les conditions de sol — on parle de 20-30 ans dans un sol sablonneux et de 10-12 ans dans un sol argileux — et l’usage qui en est fait. Par exemple, si la résidence de trois chambres est occupée par six personnes à temps plein ou s’il y a juste un couple ou une personne seule qui en font un usage occasionnel. »

Il ajoute que les concepteurs des installations doivent seulement démontrer aux municipalités que leur système respecte les critères du règlement qui visent à éviter qu’ils ne polluent l’environnement. « Le règlement n’a pas été conçu pour que les systèmes fonctionnent bien à long terme. On se retrouve parfois avec des installations qui ne fonctionnent pas après trois ans et qui coûtent cher en maudit. La guerre part, l’entrepreneur s’en lave les mains en disant qu’il a respecté les plans du concepteur à la lettre et le professionnel dit qu’il a respecté le règlement à la lettre. La conception a été faite en fonction des critères du Q-2, r. 22, mais le système ne fonctionne pas. Le propriétaire est pris avec la merde! La responsabilité relève de l’entrepreneur, car c’est lui et non le concepteur qui signe le contrat. Il a une obligation de résultat et ne peut pas s’en laver les mains. Je donne une formation de quatre jours aux entrepreneurs et j’essaie de casser cette mentalité. »

Méthodes inefficaces

La première chose à ne PAS faire pour prolonger la vie d’une installation septique, selon M. Charbonneau, c’est d’utiliser des bactéries pour accélérer la décomposition des solides dans une fosse septique ou pour débloquer un champ d’épuration. « Il y a plein de charlatans qui vendent des produits et des méthodes pour prolonger une installation septique, dit-il. Par exemple, pour 2 500 $ à 3 000 $, certains proposent d’injecter des bactéries ou de l’air dans le champ d’épuration pour défaire le colmatage, mais ça ne dure qu’une semaine ou deux. Selon l’annexe B8 du guide technique Traitement des eaux usées des résidences isolées, sur la restauration des éléments épurateurs, les additifs et le peroxyde d’hydrogène ne sont pas recommandés par le Ministère [Développement durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques] parce qu’ils peuvent réduire la porosité et la conductivité hydraulique des sols.

De même, le fractionnement pneumatique risque de contaminer les eaux souterraines et d’endommager l’élément épurateur. La mise au repos de l’élément épurateur durant six à douze mois permet d’assécher la biomasse dans le champ d’épuration. Le colmatage est causé par les graisses et l’accumulation de matières en suspension. Quant aux bactéries liquides, elles décomposent les matières solides dans la fosse et les liquéfient pour faciliter leur évacuation, mais cela risque de colmater l’élément épurateur plus vite. Ça ne donne rien de liquéfier les solides si on vidange la fosse aux deux ans tel que l’exige la loi. Au Ministère, on dit que des études démontrent qu’après deux ou trois ans, il n’y a pas plus de solides dans la fosse que de boues. »

Selon le même guide technique, plusieurs études ont démontré que la mise au repos d’un élément épurateur durant six à douze mois lui permet de retrouver jusqu’à 80 % de sa capacité hydraulique originale. « Cette méthode implique toutefois que l’effluent de la fosse septique soit dirigé vers un autre dispositif de traitement des eaux usées, le temps de la mise au repos de l’élément épurateur. La mise au repos peut également être réalisée, à titre préventif, dans le cas d’une résidence isolée, en aménageant un élément épurateur en deux sections ayant chacune la superficie minimale requise par le règlement. Les sections peuvent ainsi être alimentées en alternance, de manière à permettre la mise au repos de chacune d’elles. »

Sur un terrain non propice à l’épuration, le Q-2, r. 22 exige donc que l’on installe un système de traitement secondaire avancé. Maurice Charbonneau ne recommande qu’un seul système, la marque Ecoflo de Premier Tech à base de mousse de tourbe dans un caisson de fibre de verre, estimant qu’il s’agit de la meilleure technologie. « Il y en a déjà 50 000 d’installés au Québec et ailleurs. C’est un système passif. On ne peut pas se permettre d’avoir des composantes mécaniques bon marché qu’un client pourrait ne pas réparer (par négligence ou manque d’argent) ou un compresseur qu’il pourrait éteindre (pour économiser l’énergie ou éviter le bruit la nuit) et oublier de rallumer le lendemain matin. S’il ferme l’interrupteur, il n’y a aucun traitement, et il s’infiltre des eaux noires dans le champ de polissage supposé recevoir des eaux filtrées. »

Un système abordable à l’usage

Pour sa part, le technologue professionnel en environnement Jonathan Thifault, représentant, formateur et conseiller technique chez DBO Expert, nous explique qu’il préfère la technologie passive Enviro-Septic [U1] de cette entreprise, car elle ne requiert aucun entretien. « Pendant près de 15 ans, j’ai fait la conception et installé autant d’Écoflo, de Bionest que d’Enviro-Septic. Même si à l’achat il est en moyenne 1 000 $ à 1 500 $ plus cher, l’Enviro-Septic est le système le moins cher à moyen et à long terme, car il n’y a rien à remplacer ni frais récurrents dus au remplacement de matière filtrante ou de pièces mécaniques. Comme on dit dans le domaine, un Écoflo, c’est bon pour l’excavateur ($), mais un Enviro-Septic, c’est bon pour le client. Même les excavateurs qui installent des Écoflo ont généralement un Enviro-Septic chez eux! »

Dans de très rares cas, soit moins de 0,01 % des 150 000 installations réalisées en Amérique du nord selon DBO Expert, des systèmes mal installés ou mal utilisés ont présenté des signes de malfonctionnement, mais le problème s’est résorbé sous l’action des bactéries en réduisant la consommation d’eau durant une courte période de temps. « Par exemple, lorsqu’une installation est construite dans l’argile ou que le choix des matériaux n’ont pas respecté les critères de conception, le temps de régénérescence du système peut varier de 3 à 15 jours, explique M. Thifault. De plus, notre technologie est la seule qui a réussi le banc d’essai du BNQ sans que l’eau ne soit réchauffée, comme quoi en plus d’être passive et n’occasionner aucun frais récurrent elle est bel et bien conçue pour notre climat nordique. Un retour d’expérience de plus de 30 ans démontre hors de tout doute que cette technologie est valide et fidèle. »

C’est d’ailleurs ce faible coût d’utilisation et d’entretien qui a séduit l’écoconstructeur Benoit Lavigueur, de Belvedair, qui nous a confié n’installer que le système Enviro-Septic. « Pour avoir fait installé plus d’une centaine d’installations septiques diverses, j’arrive aux mêmes conclusions que M.Thifault, relate Benoit Lavigueur. Dans mes maisons, je recherche toujours la simplicité et le minimun d’entretien. Mon équipe et moi faisons beaucoup d’analyses financières pour faire les bons choix à long terme et Enviroseptic sort toujours comme un choix économique. »

Concevoir pour bien performer

Maurice Charbonneau rappelle que le règlement Q-2, r. 22 précise la quantité de matières en suspension, de coliformes et la demande biochimique en oxygène sur cinq jours (DBO5) et que les systèmes doivent respecter ces limites sur la plateforme d’essai du Bureau de normalisation du Québec (BNQ) durant un an. « Le BNQ n’autorise les systèmes de traitement sur la base de ces seuls paramètres dont les charges sont vérifiées à l’entrée et à la sortie des systèmes. Mais le règlement n’est pas construit pour que le système fonctionne sur un vrai terrain. » C’est pour s’assurer de sa performance que le spécialiste affirme ne concevoir que les systèmes que son entreprise pourra installer en rajoutant de petites caractéristiques qui permettront son bon fonctionnement. Mais il garde ses secrets pour lui : « Si on met des choses sur notre plan qui dépassent ce que le règlement exige, l’inspecteur municipal refusera le plan bonifié, car il ne peut pas évaluer la conformité au règlement. C’est pourtant ce que fait un technicien en architecture qui vend des plans de maisons : il a l’obligation de se conformer au Code du bâtiment, mais il le bonifie en habillant son plan autour de la base. »

Il cite un exemple : le règlement exige qu’il y ait un pied de sol perméable au-dessus du roc lorsque l’on installe un système de traitement secondaire avancé. « Ce n’est pas long, remplir un pied sol perméable [d’eaux usées]. Le plus grand danger, ce sont justement les systèmes de traitement avancé installés sur seulement un pied de sol. Le Ministère dit que c’est le dernier 15 % du volume d’eau qu’il reçoit, car le système traite 85 %. Si on fait un banc d’essai au centre d’un stationnement recouvert de pavage imperméable, avec 32 mètres carrés de sol requis pour trois chambres et un boyau qui envoie 1 500 litres d’eau par jour, d’après moi, après deux ou trois jours, l’eau sortirait sur le pavage vers le puisard. Quand il n’y a qu’un pied de sol, il faut obligatoirement prévoir une infiltration latérale, ce pied doit être continu vers l’aval (le bas de la pente). On doit regarder ce qui se passe en dehors de la superficie de traitement des eaux usées et le règlement n’en parle pas. Souvent, le système ne fonctionne plus après deux ans parce qu’il y a un barrage latéral si le sol est remanié à l’extérieur de la zone d’infiltration, parce qu’on a aménagé une entrée pour les véhicules ou la machinerie de l’opérateur qui y a circulé. Tout le monde fait attention à ce qui se fait en dessous du système de traitement, mais pas à côté. »

Trucs pour maximiser la durée de vie utile d’une installation septique

Source : Jonathan Thifault, DBO Expert

• Effectuer une bonne étude de sol;

• Ne pas rejeter de gras dans le système;

• Raccorder un évent sur le champ d’épuration ou autre système et s’assurer que l’évent de la maison est conforme au Code de plomberie;

• Utiliser des toilettes à faible débit (6 litres ou moins);

• Échelonner la lessive sur plusieurs jours;

• Ne jamais utiliser d’enzymes ou autres produits pour fosses septiques (une solution qui à court ou moyen terme condamne le sol récepteur sous l’élément épurateur);

• Ne pas compacter le sol du champ d’épuration;

• Utiliser des savons biologiques (et non d’origine pétrochimique).

 

Conseils du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec 

Évitez de jeter dans les tuyaux d’évacuation les substances qui ne se décomposent pas naturellement ou qui se dégradent très lentement :

Huiles et graisses

Couches jetables

Tampons et applicateurs

Mouchoirs et essuie-tout

Cheveux

Condoms

Nourriture et compost

Filtres à cigarette

Peinture et solvant

Pesticides

Antigel

Essence

Litière pour chats

Détergents corrosifs (ex : eau de Javel)

Savons antibactériens et autres désinfectants

Médicaments et antibiotiques

 
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