Maisons usinées vertes : vedettes et recrues prometteuses (réservé)

Maisons usinées vertes : vedettes et recrues prometteuses (réservé)

 

La maison de Guy Ouellet. © Énergéco Concept

La maison de Guy Ouellet. © Énergéco Concept

De nombreuses entreprises prétendent offrir des produits et services écologiques, mais certaines livrent la marchandise davantage que d’autres. En matière de maisons usinées, le directeur d’Écohabitation, Emmanuel Cosgrove, se dit particulièrement impressionné par le travail des petits constructeurs de maisons usinées durables, comme Énergéco Concept, Linéaire-Design et Maisons Éléments, qu’il qualifie de « nouvelle génération d’inspiration hyperperformance ». Voyons en quoi ces fabricants se distinguent et quelques autres qui promettent.

En collaboration avec Stéphane Gagné

Énergéco Concept

Seul fabricant de maisons usinées certifiées LEED au Québec, c’est celui qui pousse le plus loin le concept écologique. Depuis trois ans, le propriétaire Alain Culis fabrique des maisons modulaires qui visent toutes, une fois sur le terrain, les niveaux de certification les plus élevés — or ou platine — dans l’échelle LEED (Leadership in Energy and Environmental Design). En 2015, Alain Culis a livré cinq maisons LEED, soit trois platine et deux or (certifiées ou en voie de l’être). Il rappelle que le client doit faire sa part dans l’obtention de cette certification, notamment en se procurant des électroménagers Energy Star, en limitant la coupe d’arbres et en aménageant le terrain de façon écologique.  

Avant de commencer la conception d’une maison, Alain Culis se rend toujours sur le terrain de son client. « Je vais voir le terrain où sera assemblée la maison et je la conçois ensuite en fonction des gains solaires passifs qui peuvent être obtenus », confie-t-il en ajoutant qu’il se charge de payer tous les frais d’inscription et de certification LEED, incluant les services d’Écohabitation, l’organisme responsable de celle-ci au Québec.

La maison est fabriquée en usine à l’aide de montants 2 x 8 po afin d’y mettre le maximum de cellulose injectée à haute densité avec une buse allemande qui évacue simultanément l’air de la cavité. Les résistances thermiques de cette résidence sont bien plus élevées que celles exigées par le programme Novoclimat 2.0 : R-70 pour les toitures, R-40 pour les murs et R-60 dans les planchers aériens —, en plus des fondations en coffrages isolants Nudura R-30. Et le tout sans aucun pont thermique. « Tout cet isolant serait gaspillé si la maison n’était pas très étanche, dit M. Culis. Une fois sur le chantier, le test d’infiltrométrie fait par Écohabitation a confirmé que nos taux moyens d’étanchéité étaient de 0,8 changement d’air à l’heure à 50 pascals » (CAH à 50 Pa), contre 1,5 CAH à 50 Pa dans une maison homologuée Novoclimat 2.0. Les fenêtres certifiées Energy Star sont à triple vitrage avec double pellicule faible émissivité et remplissage au gaz argon.

Puisque ces maisons surchauffent facilement avec un poêle à bois, Énergéco recommande la nouvelle génération de thermopompes à vitesse variable. Celles-ci sont très efficaces sous le point de congélation, alors que les anciennes ne l’étaient plus à -12 degrés Celsius (°C). Par exemple, même à -20 °C, le modèle Greenspeed de Carrier produit deux fois plus de chaleur par watt consommé (coefficient de performance ou COP de 2) qu’une plinthe électrique, selon le site guideperrier.com.  

La maison de Ouellet a 60 % de planchers aériens mais coûte moins de 1 000 $ de chauffage par année. © Énergéco Concept

La maison de Ouellet a 60 % de planchers aériens mais coûte moins de 1 000 $ de chauffage par année. © Énergéco Concept

Un client heureux

Au chapitre des coûts énergétiques, le résultat de toutes ces mesures est spectaculaire, digne d’une maison passive qui se passe quasiment d’un système de chauffage. Guy Ouellet a acheté une maison Énergéco certifiée LEED Platine perchée en montagne face au fleuve, à Petite-Rivière-Saint-François. Une maison de 2 000 pieds carrés et à 60 % aérienne » (planchers exposés aux éléments) dont la performance énergétique est digne des maisons passives. M. Ouellet dit n’avoir payé que 1 000 $ d’électricité l’année dernière, chauffage avec plinthes inclus, pour ce chalet que sa famille occupe une quarantaine de jours par hiver, abaissant le thermostat à 16 °C durant leurs absences. Selon les calculs d’Alain Culis, la facture de chauffage de la maison serait inférieure à 200 $ par année.

M. Ouellet dit avoir rencontré plusieurs fabricants LEED pendant des années. « J’ai arrêté mon choix sur Énergéco Concept car il construit des maisons impeccables au niveau de l’isolation et de l’utilisation des matériaux. Je suis presque sûr que ce sont les plus isolées au Québec. De plus, j’aime m’impliquer beaucoup et en un an, nous avons modifié les plans 5-6 fois. M. Culis a toujours accepté mes recommandations sans frais additionnels pour le service de plans. Au lieu de donner 40 000 $ à un architecte, nous avons pu investir davantage dans la maison. Nous allons sûrement ajouter des panneaux solaires pour la rendre plus autonome. »

M. Culis ajoute qu’à l’extérieur de l’ossature, il évite les populaires panneaux de copeaux orientés, aussi connus sous leur acronyme OSB (Oriented Strand Board) ou l’ancienne marque Aspenite. Ces panneaux coûtent moins cher que le contreplaqué mais ils contiennent moins de bois et plus de colle de phénol-formol. « Je veux que mes maisons soient saines, dit-il. S’il prend l’eau, l’OSB est très long à sécher. Nous nous sommes donné beaucoup de mal pour trouver une colle sans émanation qui collait bien le contreplaqué sur les poutrelles, pour éliminer le bruit quand on marche sur nos planchers. » Il ajoute que la charpente de ses maisons est si solide que les toits n’ont pas besoin d’être déneigés l’hiver. Malgré tous ces avantages, il affirme que ces résidences haut de gamme ne coûtent pas plus cher que les maisons classiques de moyenne gamme.

Énergéco construit différemment de la plupart des fabricants et embauche des entrepreneurs généraux pour superviser les travaux en usine et sur chantier, souligne M. Culis. « Je fais la majorité des travaux en usine, y compris la finition et le revêtement extérieur en lambris Maibec, dit-il. Lorsque je déménage la maison sur le site, son assemblage prend peu de temps. Elle peut ainsi être habitée une semaine après la livraison des modules. Normalement, cela peut prendre jusqu’à un mois chez les autres fabricants. Le travail en usine permet aussi d’exercer un grand contrôle sur la qualité. Notre objectif est de minimiser les travaux sur chantier. »

L'un des grands atouts des maisons usinées est qu'elles se trouvent souvent plus isolées que la plupart des maisons classiques. Certaines, comme les maisons Énergéco Concept, sont mêmes certifiées LEED. © Énergéco Concept

L’un des grands atouts des maisons usinées est qu’elles se trouvent souvent plus isolées que la plupart des maisons classiques. Certaines, comme les maisons Énergéco Concept, sont mêmes certifiées LEED et comportent des panneaux solaires. © Énergéco Concept

Option solaire

Reprenant là où d’autres ont échoué, Alain Culis offre à ses clients l’option de maisons électrifiées au solaire 60, 80 ou même 100 % autosuffisantes (sur ou hors réseau). « Hydro-Québec peut remplacer la génératrice quand on manque d’énergie solaire, explique-t-il. Nous utilisons des capteurs photovoltaïques (PV) d’une entreprise suisse établie au Québec, Iland. L’été prochain, ils feront même venir l’avion solaire Solar Impulse 2 à Montréal. Ces panneaux souples et très esthétiques s’installent à la verticale sur les murs, sur lesquels ils s’intègrent très bien, et n’ont pas besoin d’être déneigés. Nous négocions même avec une municipalité qui veut faire un village solaire sur ses terrains éloignés du réseau hydro-québécois. »

Construire une maison solaire passive semi ou totalement autonome en énergie est une démarche sociale qui s’intègre harmonieusement à l’environnement et offre une grande qualité de vie familiale et communautaire, selon le fondateur d’Iland, Daniele Oppizzi. Ancien architecte également diplômé en biologie et MBA, il a conçu des bâtiments solaires pendant une décennie dans les années 1980. Pour lui, ces maisons lumineuses, confortables et ouvertes sur la nature sont un lieu parfait pour décrocher et rassembler ses proches. Il a conçu de petits modules de 600 à 1 000 pieds carrés dotés d’un système solaire intégré qui se branche facilement. Baptisé BIG BOX, ce système fabriqué en France comprend des technologies dernier cri dont des batteries au lithium-fer-phosphate au lieu du plomb (un déchet dangereux neurotoxique) et des capteurs californiens de marque Global Solar, aux cellules semi-conductrices en CIGS (cuivre-indium-gallium-selenium) déposées sur un film mince. Bien qu’ils requièrent une plus grande surface que des capteurs au silicium cristallin plus efficaces, ils produisent de 20 à 30 % plus d’énergie au total, car ils s’activent plus longtemps, même par temps nuageux. « Notre intérêt n’est pas la puissance mais de charger les batteries », affirme M. Oppizzi. Dix capteurs de 2 m x 50 cm totalisant 10 m2 ont une puissance d’un kilowatt et produisent quatre kilowattheures par jour. Ce système doté d’une réserve de batteries de 4 620 kWh, d’un régulateur de charge, de câbles et d’un onduleur convertissant le courant continu en courant alternatif, coûte 14 400 $. Son installation est simple et plus abordable, car les capteurs se collent sur une membrane d’étanchéité murale ou de toiture et la valise BIG BOX prête à l’emploi se branche rapidement au panneau électrique.

Ces résidences haut de gamme clés en main coûtent entre 165 $ et 195 $ le pied carré avant taxes, fondations incluses, soit un prix concurrentiel avec celui de maisons classiques construites sur chantier. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs des clients d’Énergéco soient des jeunes à l’affût des tendances. « Un gros pourcentage de notre clientèle nous contacte parce que nos maisons sont toutes conformes aux exigences LEED. Les jeunes sont très intéressés par nos maisons. Il suffit d’adapter le modèle à leur budget, quitte à ajouter un ou deux modules plus tard. »

Initialement sceptique quant aux ambitions d’Alain Culis, Emmanuel Cosgrove s’avoue aujourd’hui emballé par ce que l’entrepreneur a accompli : « Il ne bluffait pas, il fait tout ce qu’il a promis. Il isole à la cellulose injectée à haute densité et n’a pas peur de faire tester l’étanchéité de chaque maison. Il est bien structuré et ses prix affichés sont compétitifs pour de la haute performance. Avec son concept de maisons hors réseau, il commence à démontrer que c’est sérieux, son truc! »

La maison Ultima-Eco, en matériaux naturels et recyclés. © Linéaire Design

La maison Ultima-Eco contient environ 85 % de matériaux ligneux (bois, chanvre, fibre de bois), recyclables ou compostables. © Linéaire Design

Linéaire Design

Saine et zéro-déchet : serait-ce l’ultime maison écologique ? Ayant déconstruit et reconstruit plusieurs maisons anciennes, Samuel et Dominique Pépin-Guay ont vécu aux premières loges les conséquences de la construction non durable. « Avec certains matériaux modernes, c’est épouvantable de démonter une maison : l’uréthane ne se décolle pas des autres matériaux, le papier goudronné et le bardeau d’asphalte se déchirent et polluent si on les enfouit, le vinyle n’est pas recyclable, etc. Nous, notre concept de maison ne contient aucune colle, tout est vissé pour être facilement démonté en fin de vie. Nos ancêtres nous ont laissé des maisons durables et récupérables, pourquoi ne pas faire pareil aujourd’hui ? »

Vedettes du dernier Festival des éco-matériaux, tenu à Asbestos les 24 et 25 octobre derniers, les deux frères éco-constructeurs ont fondé en 2005 Linéaire-Design, entreprise de l’Islet (Chaudière-Appalaches) qui fabrique en atelier des charpentes en bois massif et des murs en panneaux de planches de bois. Leur dernière née, la maison Ultima-Éco, est conçue pour être facilement récupérable en fin de vie. Elle contient environ 85 % de matériaux ligneux (bois, chanvre, fibre de bois), recyclables ou compostables. Elle peut même viser l’autonomie énergétique si le client le désire. Elle est dotée d’une charpente en bois massif assemblée à tenons et mortaise, d’isolation en chanvre et fibre de bois, d’un toit en tôle, de portes et fenêtres à haute efficacité énergétique et de planchers en bois 2 x 8 embouveté et huilé. La finition intérieure instantanée est rendue possible grâce aux « Murs-Bois » : des panneaux structuraux préfabriqués et préteints, une alternative économique aux murs en gypse. Produit au Québec par MEM (Matériaux Écologiques pour la Maison), l’isolant en chanvre est naturel, non toxique et très performant. Il se pose très bien parce qu’il est semi-rigide, explique Samuel. « C’est de loin le matériau isolant que je préfère grâce à ses nombreux avantages. »

Les maisons de Linéaire Design ont une ossature en poutres et poteaux de bois massif mais sont tout de même très accessibles. © Linéaire Design

Les maisons de Linéaire Design ont une ossature en poutres et poteaux de bois massif mais sont tout de même très accessibles. © Linéaire Design

Fait surprenant, à environ 175 $ le pied carré (terrain exclu) car partiellement usinée et sans gypse, la maison Ultima-Éco a un prix très concurrentiel. « Sur une maison de 1 000 pieds carrés, on sauve 2 à 3 000 $ de matériaux et autant en main d’œuvre grâce aux planchers en 2 x 8 », dit Samuel. Une fois au chantier, la charpente numérotée se monte en une à deux journées (elle ne requiert pas plus de bois qu’une ossature 2 x 6 po), les murs-bois en trois-quatre jours. Sauf pour les planchers et les revêtements extérieurs, ils ont déjà construit une maison complète en 12 jours à deux hommes, à Portneuf.

Sur leurs chantiers, il n’y a aucun conteneur à rebuts, tout est réemployé ! « Cet exploit est rendu possible grâce à l’écoconception en amont et aux techniques de fabrication et d’installation optimisées », explique Samuel. À l’atelier, les 2-3 % de résidus de bois qui ne peuvent être réemployés servent au chauffage ou au séchoir à bois. Les deux frères conseillent d’ailleurs à leurs clients, en plus du solaire passif, de chauffer leur maison avec un plancher hydronique dont l’eau peut être chauffée conjointement par une fournaise électrique, un foyer au bois et/ou un chauffe-eau solaire.

Les Pépin-Guay ont déjà construit des dizaines de maisons en bois massif, personnalisées, évolutives, solaires passives et de facture traditionnelle ou moderne. Les toitures cathédrales permettent d’habiter les combles et se passer de sous-sol, tandis qu’avec une charpente massive, nul besoin de cloisons porteuses. La moitié de leurs projets sont des rénovations mais, n’étant pas entrepreneurs généraux, leurs produits sont assemblés par des professionnels ou des autoconstructeurs.

L'usage du bois dans nos maisons permet de stocker le carbone capté par l'arbre durant sa croissance.

L’usage du bois dans nos maisons permet de stocker le carbone capté par l’arbre durant sa croissance. © Linéaire Design

Le matériau bois : polyvalence et puits de carbone

En tant que matériau de construction, le bois est selon eux sans égal. Samuel et Dominique sont tombés dans la potion magique étant petits, leur paternel Berthier dirigeant l’entreprise Les Matériauthèques, spécialisée en récupération du bâti ancien. Avec lui, ils ont déjà démonté une maison de 249 ans, bâtie en 1760, qu’ils ont déménagée et reconstruite à Bromont. Bien que le matériau bois soit putrescible, plusieurs maisons à charpente massive dans le monde ont plus de 2 000 ans, relate Samuel. Les poutres et poteaux résistent d’ailleurs mieux au feu et aux séismes qu’une charpente en acier. Outre le pin blanc et rouge, leurs maisons mettent en valeur des essences peu utilisées en construction : Murs-Bois en peuplier faux-tremble, au grain très uniforme et planchers, murs, plafonds et déclin en mélèze, très beau et résistant aux moisissures.

« Le bois demeure encore aujourd’hui le matériau le plus high-tech que nous puissions trouver, de par ses nombreuses qualités intrinsèques, explique l’éco-constructeur. Aucun autre produit ne réunit autant de qualités. Le bois est naturel, chaleureux, polyvalent, isolant, flexible, il séquestre le carbone (une tonne par mètre cube) qu’il capte pendant sa croissance, il est sain, régule l’humidité et est une masse thermique qui accumulant et restituant la chaleur. » Obsédés par la pérennité, leurs maisons visent la carboneutralité et une durée de vie de plus d’un siècle. À l’extérieur, le bois a besoin d’huile tous les 7-8 ans ou on peut choisir de le traiter une seule fois au sulfate de fer (Sul-tanin de la scierie Lavergne et Laporte, à Ripon en Outaouais) qui le protège et lui donne une teinte argentée. Par ailleurs, ils participent depuis plusieurs années au programme de reforestation sociale ARBRE-ÉVOLUTION qu’ils ont créé pour compenser les arbres coupés pour bâtir leurs maisons. Pour chacune, des centaines d’arbres sont plantés dans des communautés du Québec.

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Les panneaux « MURS-BOIS » diffusent la vapeur en toute saison. © Linéaire Design

Haute efficacité énergétique et perspirante 

Très étanche, insonorisante, isolante en continu et sans pont thermique, diffusant l’humidité et solide (à triple contreventement), l’enveloppe de leurs maisons est bâtie en pelures d’oignons à partir de l’intérieur. À l’extérieur de la charpente massive ainsi protégée du climat, ils posent des panneaux Murs-Bois (fond de clouage se passant de moulures), des fourrures, un frein-vapeur « perspirant » (Membrain, Intello ou DB+) diffusant la vapeur vers l’intérieur ou vers l’extérieur selon les saisons, des montants de 2 x 6 ou de 2 x 8 po, de la laine de chanvre, des panneaux de fibre de bois recyclée Sonoclimat Eco4 (R-4 et bris thermiques contenant 23 fois moins d’énergie intrinsèque que l’uréthane), un pare-air, un grillage anti-vermine, des fourrures et un parement en déclin de bois (ou de la tôle en toiture). « Cette nouvelle façon de voir l’enveloppe du bâtiment lui assure une durabilité accrue, car elle réduit au minimum les risques de problèmes causés la condensation à l’intérieur des murs, en plus d’assurer un confort et une qualité d’air intérieure supérieurs grâce à la saine gestion de l’humidité. »

Pour le cofondateur du Rendez-Vous des Éco-Matériaux et président sortant de l’Ordre des architectes, André Bourassa, Linéaire-Design est une entreprise modèle. « Ça valait la peine de les déplacer parce qu’ils sont une coche au-dessus des autres, a-t-il dit. Il faut leur lever notre chapeau d’avoir osé faire cette démarche pour nous faire avancer pour le mieux. »

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L’extérieur des murs est constitué de panneaux de bois d’ingénierie Zip System. © Maisons Éléments

Maisons Éléments

Maisons Éléments, une entreprise de Magog (Estrie) fondée en 2005, se démarque par la qualité de ses résidences usinées, même les plus étanches de toutes. Son directeur, Simon Auger, fabrique des panneaux — murs R-40 et toit R-60 — à l’aide de poutrelles en i et isolées à la cellulose haute densité (3,5 lb/pi³). Au lieu d’un pare-vapeur de polyéthylène, il opte pour un panneau de copeaux orientés scellé au ruban SIGA, un produit suisse couramment utilisé dans les maisons passives. « En mars dernier, dit-il fièrement, nous avons établi un nouveau record canadien d’étanchéité, à 0,19 CAH à 50 Pa. Depuis, ce record aurait été battu! »

L’extérieur des murs est constitué de panneaux de bois d’ingénierie Zip System, très étanches à l’air également. Pour faciliter le passage du système électrique sans nuire à l’étanchéité, même en rénovation, le câblage est posé dans une cavité d’un demi-pouce créée par des 2×4 dans le haut et le bas de murs et caché derrière des moulures de finition. « Nous poussons beaucoup pour remplacer le gypse, surtout dans les plafonds. C’est plus facile à préfabriquer et à installer. »

La préfabrication fait économiser beaucoup de temps et d’argent, ajoute M. Auger. « Un ensemble de facteurs fait qu’il y a moins de délais et qu’on construit plus vite et de meilleure qualité. Dans mon atelier, les employés ont une demi-heure par jour pour améliorer nos installations, ce qui nous permet à ce jour d’être environ 70 % plus efficaces qu’en chantier grâce à cette amélioration continue. Quand on reçoit des matériaux, on ne fait pas de pas pour rien. C’est comme en formule 1 où six hommes arrivent à changer les pneus en 2,5 secondes. »

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« Ça ne prend que d’une à deux journées pour tout monter et sceller l’enveloppe. » © Maisons Éléments

Le directeur de Maisons Éléments souligne également qu’en usine la main d’œuvre non syndiquée est moins chère mais très minutieuse. « Certains de mes employés sont là depuis dix ans. Nous sommes cinq ou six dans l’atelier et quand la demande ralentit, ceux qui partent veulent revenir. Ils aiment ça parce que l’environnement intérieur est plus facile. De plus, ils ont un sentiment de satisfaction supérieur contrairement au travail sur chantier, où à la fin d’une journée les choses n’ont presque pas avancé. »

Bien qu’environ la moitié de ses clients soient des autoconstructeurs, son entreprise offre aussi la livraison clés en main. « Nous installons les portes, les fenêtres et le revêtement extérieur en atelier, ça ne prend que d’une à deux journées pour tout monter et sceller l’enveloppe. »

Enfin, voici deux manufacturiers qui, sans fabriquer des maisons qui sont a priori écologiques, collaborent avec des entrepreneurs spécialisés en maisons saines et durables.

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Timberblock a été fondée en 2005 par le constructeur de maisons Novoclimat Michel Mathon, président du Groupe Germat, fondé il y a quatre décennies. © Timberblock

Timberblock

Pour le fabricant de maisons à haute efficacité énergétique Timberblock, la qualité totale passe par un accompagnement de ses clients. « Tout se passe au début, dès la phase de planification, parce que beaucoup de chantiers québécois sont gérés par des autoconstructeurs — une situation assez unique en Amérique du Nord — et certains manquent d’expérience », explique Mario Ferron, directeur général de l’entreprise fondée en 2005 par le constructeur de maisons Novoclimat Michel Mathon, président du Groupe Germat, fondé il y a quatre décennies. Par exemple, au niveau municipal, certains consommateurs perdent un temps fou quand ils ne sont pas guidés. « Chaque municipalité a ses exigences et utilise souvent des termes différents et lorsque le consommateur n’a pas l’expérience du domaine, notre implication simplifie souvent les démarches. »

Les maisons Timberblock se démarquent par leur finition intérieure et extérieure en bois et leur système d’isolation supérieure breveté. M. Ferron explique : « C’est le charme des maisons de bois sans les contraintes et problèmes qui y sont normalement associés. Chaque pièce de bois est construite individuellement avec des moules qui tiennent les pièces en place et dans lesquelles on injecte du polyuréthane à plus de 2,5 fois la densité habituelle, pour une résistance thermique de près de R-7 au pouce. Ce système breveté est homologué (il a été testé conformément à diverses normes par Intertek et FP Innovation) pour l’exporter au Canada, aux États-Unis et en Europe. Nos murs ont une résistance thermique de R-30 ou R-36 pour une épaisseur totale de 6 ou 7 pouces seulement. »

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« Nos maisons ont fait partie de plusieurs projets Novoclimat et LEED mais la nouvelle version Novoclimat 2.0 est moins en demande, car beaucoup de gens gèrent leur propre projet. » © Timberblock

Ces niveaux d’isolation excèdent donc largement la résistance thermique murale exigée par la certification Novoclimat 2.0, de R-23,5 (résistance thermique effective tenant compte des ponts thermiques qui sont inexistants dans les murs Timberblock). « Nos maisons ont fait partie de plusieurs projets Novoclimat et LEED mais la nouvelle version Novoclimat 2.0 est moins en demande, car beaucoup de gens gèrent leur propre projet. » (Seules les maisons construites par un entrepreneur certifié Novoclimat 2.0 par le Bureau de normalisation du Québec peuvent obtenir cette prestigieuse homologation gouvernementale.)

C’est pourquoi l’entreprise offre à ses clients un service de soutien personnalisé tout au long d’un projet de construction. « Un dessinateur et un gérant de projet chevronné les accompagnent de A à Z. Ces deux dernières années, nous avons mis beaucoup d’efforts pour que les projets se déroulent le plus rapidement et efficacement possible. Ça avance bien quand on s’implique dès le départ parce que nos gérants peuvent prévoir tellement de choses, telles que les échéanciers, les demandes de permis, la coordination des différents sous-traitants, etc. Nous pouvons accompagner les clients à la municipalité et nous déplacer au chantier si les choses ne semblent pas fonctionner, faire la vérification des coûts, etc. Plus souvent qu’autrement, c’est nous qui appelons le client. Ce n’est pas une ligne d’appel à l’aide mais plutôt une service proactif pour que chaque personne comprenne ce qu’il y a à faire. »

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© Timberblock

L’entreprise, vend non seulement l’enveloppe de la maison mais aussi la conçoit et fait des plans personnalisés de A à Z — portes et fenêtres incluses — sous forme de panneaux finis et préteints des deux côtés avec une couche de teinture à base d’eau les protégeant des éléments. L’assemblage et la finition (dont une troisième couche de teinture à l’extérieur) sont effectués sur chantier par un entrepreneur ou un autoconstucteur.

Timber Block s’associe à des entrepreneurs réputés dans chaque région, dont Robin Gauthier-Ouellet, d’Écohabitations Boréales, dans les Laurentides. Champion québécois des maisons unifamiliales certifiées LEED, Robin construira prochainement sa première maison Timberblock. « Si j’avais à me construire une autre maison, je l’embaucherais, dit Mario Ferron. C’est un constructeur honnête et très professionnel. » « On commence à monter le kit au milieu novembre, dit Robin. Il est excellent au niveau de l’isolation. Reste à tester tout ca avec l’infiltrométrie Novoclimat et l’inspection LEED. »

Ne devant pas composer avec les contraintes de transport et d’assemblage caractérisant les maisons modulaires, les résidences Timberblock offrent une grande versatilité en termes d’architecture, explique M. Ferron. « Nos huit  dessinateurs conçoivent des maisons s’adaptant à toutes les contraintes régionales et climatiques. Nous avons une collection de 80 modèles mais nous pouvons aussi dessiner des plans à partir d’un dessin ou partir d’une photo selon l’inspiration du client, ce qui est le cas la majorité du temps. Beaucoup de gens optent pour le plafond cathédrale et les pièces de bois peuvent être soient arrondies ou à profil plat avec des détails plus contemporains. Enfin, nos détails d’assemblage et d’étanchéité sont extrêmement performants. »

Par ailleurs, l’entreprise utilise du pin blanc provenant de forêts du nord-est du continent dont la gestion durable et éthique est certifiée FSC (Forest Stewardship Council). « Notre empreinte écologique est faible car nous coupons beaucoup moins d’arbres que pour la construction d’une maison traditionnelle. De plus, nous sommes très efficaces en matière de gestion des déchets de construction. Nous récupérons 90 % du bois coupé. »

Enfin, M. Ferron conclut en rappelant que Timberblock fabrique véritablement des « maison d’ingénierie » parce qu’elles sont conçues avec des spécialistes en structures tel que le fabricant de bois d’ingénierie Produits Forestiers Lamco, au Saguenay. « Chaque billot est fabriqué sur mesure avec une très grande précision. Il n’y a donc aucun mouvement dans nos maisons, d’autant plus que notre bois est séché à un taux d’humidité de 8 %, celui requis pour faire des meubles. Nos murs passent donc des tests de stress plus sévères que ceux utilisant du bois classique. »

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Les maisons Fabrik sont distribuées notamment par l’entrepreneur François Bazin, formé en construction LEED et en maisons pour hypersensibles. © Fabrik Maisons Simplifiées

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Somme toute, un nombre croissant de petits manufacturiers prennent le virage vert.  Parmi les petits nouveaux, Fabrik Maisons Simplifiées fut fondé en juillet 2012, à Saint-Joseph-de-Beauce. De 1991 à 2012, son directeur général et associé, Patrice Vachon, fut contrôleur, directeur général puis vice-président aux opérations et aux finances chez le grand fabricant de maisons Groupe Pro-Fab. Fabrik a démarré en construisant d’abord des condominiums et un hôtel, question de respecter la clause de non-concurrence signée avec Pro-Fab. « Notre entreprise sœur Clyvanor, manufacturier de murs en panneaux, produit des poutrelles ajourées et de fermes de toitures depuis 1977, à Saint-Georges-de-Beauce. Nous avons donc notre propre firme d’ingénierie qui fait les calculs de portées et de charges. Quand tu construis un hôtel ou un immeuble résidentiel, c’est crucial. »

M. Vachon souligne qu’il a « beaucoup d’intérêt » pour la fabrication de maisons saines, écologiques et hyperperformantes. Depuis un an, il en discute avec l’entrepreneur François Bazin, formé en construction LEED et en maisons pour hypersensibles par l’auteur de ces lignes, et bientôt en maisons Novoclimat 2.0. « François, c’est une perle : j’ai connecté avec son approche humaine et visionnaire, à des années-lumière de ce qui se passe dans le marché », dit M. Vachon de son nouveau distributeur pour les régions des Laurentides et Lanaudière.

Cet entrepreneur méticuleux, qui a fait ses classes en rénovation, est tombé pile, car Fabrik se démarque justement par la qualité de sa finition. « Notre usine est un gros tunnel de 600 pieds [180 mètres] de long qui nous permet de faire tout le tirage de joints, la peinture ainsi que la pose des armoires, comptoirs et couvre-sols, explique M. Vachon. Nos sous-traitants travaillent les soirs et les fins de semaine. Ainsi, on minimise les raccords sur le chantier. C’est moins coûteux, il y a moins de possibilités d’extras parce que presque tous les travaux sont effectués en usine. Autrement, les gens tombent à la merci des sous-traitants et peuvent se faire passer un petit sapin. » Les grands fabricants n’offrent pas de maisons clés en main, souligne-t-il, car la finition ralentirait trop leur cadence de production : « Ça demande un temps de séchage, alors que leur usine est configurée pour sortir les maisons le plus rapidement possible. »

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