La minimaison : un grand avenir?

 

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© Confort Design

En collaboration avec GuideHabitation.ca

Juillet 2015. La municipalité de Lantier, dans les Laurentides, accueillait le premier Festival des minimaisons au Québec. L’engouement a été immédiat. Des milliers de curieux sont venus voir ces maisons de petite superficie (entre 350 et 1 000 pieds carrés) qui se vendent généralement entre 60 000 $ et 175 000 $. L’année suivante, l’organisme Habitat Multi Générations organisait l’événement à nouveau à Lantier. Cette année, le troisième Festival se tiendra dans le Vieux-Port de Montréal, les 12 et 13 août prochain, dans le cadre de la Foire ÉCOSPHÈRE de l’environnement et de l’écohabitation. Le succès de participation de ce festival semble encore assuré.

Le phénomène des Tiny houses est apparu aux États-Unis à la fin des années 2000. Il coïncidait alors avec la crise immobilière qui ébranlait tout le pays à l’époque. Cette crise eut comme conséquence de rendre l’accès à la propriété plus ardu et les minimaisons (aussi appelées micromaisons), étant plus abordables, devenaient une alternative alléchante. Au Québec, les premières minimaisons ont été construites en 2014 et elles ont fait tache d’huile depuis.

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Comment expliquer cet engouement? « La minimaison, c’est l’avenir, affirme Gilles Boucher, maire de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson (voisine de Lantier) et préfet de la MRC des Pays-d’en-Haut qui a accepté le projet du constructeur de maisons usinées Confort Design sur son territoire. Comme son prix est accessible, elle intéresse les jeunes familles, adeptes d’activités de plein air, qui souhaitent avoir un chalet abordable en campagne. Elle intéresse aussi les personnes âgées qui recherchent une résidence de taille modeste exigeant un minimum d’entretien tout en se situant dans un milieu paisible. » Étant de petite taille, elle est toutefois moins bien adaptée pour les familles.

Depuis le premier Festival à Lantier, les choses ont beaucoup évolué. Au départ, les municipalités étaient plutôt réticentes à accueillir ces maisons. Certaines avaient peur que les espaces qui leur étaient réservés ne deviennent semblables à des parcs de maisons mobiles. Pour une municipalité, ce n’est pas très intéressant, car ces parcs ont une valeur foncière moindre qu’un développement de maisons de plain-pied. Ils rapportent donc moins de taxes municipales. Certaines villes considéraient aussi que la valeur de ces propriétés n’était pas assez élevée pour justifier l’investissement qu’elles exigent en services municipaux comme les égouts et l’aqueduc.

Cependant, pour les petites municipalités qui ont du mal à attirer de nouveaux résidants, l’attrait que représente les minimaisons auprès de plusieurs personnes est non négligeable. Cela peut être aussi un moyen de revitaliser un quartier et de relancer l’économie locale.

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© Habitat Multi Générations

L’exemple de Lantier

C’est peut-être ce qui explique qu’aujourd’hui, 17 municipalités acceptent les minimaisons sur leur territoire, dont La Conception, Saint-Nazaire, Farnham, Sainte-Brigitte-de-Laval, et une grande ville, Sherbrooke. Lantier a été toutefois le laboratoire, le précurseur du phénomène. Dans cette localité, c’est le promoteur sans but lucratif Habitat Multi Générations qui a sollicité la municipalité. « Il avait déjà repéré le terrain qui l’intéressait pour construire des maisons de 350 à 800 pieds carrés, raconte Sébastien Lévesque, responsable de l’urbanisme et de l’environnement à Lantier. Nous devions toutefois adapter la réglementation municipale pour l’accueillir. Cela a été un peu laborieux, car nous avions trois règlements à modifier, le règlement de zonage, le règlement de lotissement et celui sur les permis et certificats. » Le processus a pris 18 mois.

Aujourd’hui, c’est chose faite. Sur un terrain de 165 acres, le promoteur pourra ainsi construire une trentaine de minimaisons. « Trois maisons sont construites et six à neuf autres devraient l’être cet été, dit Claude Trépanier, directeur d’Habitat Multi Générations. Nous comptons aussi développer un projet de 56 minimaisons sur roues. »

Les types de minimaisons

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© Habitat Multi Générations

Minimaison sur roues? C’est un type semblable à une maison mobile mais que l’on ne déplace que rarement. Il existe aussi les minimaisons sur dalle de béton (sans sous-sol) et celles sur fondation en béton avec ou sans sous-sol. Les minimaisons sur roues sont en général de plus petite superficie.

Certaines entreprises se sont spécialisées dans la construction de ce type de résidence. C’est le cas de Minimaliste, fondée à Saint-Pierre (IÎe d’Orléans) en 2014. « Il y a beaucoup de demandes pour ces maisons et nous exportons 20 % de notre production aux États-Unis, dit Élise Tremblay, directrice-générale de Minimaliste. Nos maisons sont construites en usine et nous pouvons aller les livrer là où le client le désire. Pour cette raison, nous aimons mieux faire affaire avec des gens qui ont déjà un terrain. Nous pouvons alors adapter la maison aux services municipaux disponibles. » Minimaliste construit surtout sur mesure et les dimensions des maisons varient de 8,5 pieds par 20 pour la plus petite, à 10 pieds par 34 pour la plus grande.

D’autres lotissements sont réalisés sur dalles de béton isolées. Parmi ceux-ci, le Petit quartier est en train de prendre forme dans l’arrondissement de Fleurimont, à Sherbrooke. Il comprendra 75 minimaisons, avec une empreinte au sol de 480 pieds carrés,  desservies par l’égout et l’aqueduc municipaux. L’occupation est prévue pour mai 2018. Au moment de rédiger ce texte, il ne restait que six maisons à vendre. Prix de vente : entre 106 000 $ et 129 000 $, taxes incluses, incluant l’accès à un bâtiment communautaire.

Ce premier grand lotissement de minimaisons urbaines prendra la forme d’une coopérative de propriétaires. L’emploi d’une dalle structurale en kit prêt-à-assembler en autoconstruction réduira beaucoup les coûts de construction, car elle ne requiert aucune excavation ni coffrage/décoffrage (seule la couche végétale doit être retirée). Fournie par l’entreprise québécoise Iso-Slab, cette dalle isolée avec 6 pouces de polystryrène expansé a une épaisseur de 12 ou 14 pouces. La dalle en béton armé fait neuf pouces d’épaisseur au périmètre et six pouces au centre.

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© Maisons Bonneville

Les fondations peuvent aussi s’appuyer sur des pieux vissés dans le sol à l’aide d’une machine spécialisée. Cette opération se fait jusqu’à l’atteinte d’un sol ayant la capacité portante nécessaire pour supporter la structure. Le fabricant de maisons usinées Industries Bonneville utilise notamment cette technique pour ancrer l’un des neuf modèles de Micro-Loft (dont la superficie varie de 700 à 1 150 pieds carrés) qu’il offre. Dans le jargon de l’entreprise, ces maisons sont appelées « microlofts ». Elles peuvent également reposer sur des fondations en béton avec ou sans sous-sol. « Nous répondons au goût du client et nous construisons sur mesure des maisons d’un ou deux étages, dit Réjean Breton, directeur des ventes chez Industries Bonneville, qui a amorcé deux lotissements Micro-Loft à Rivière-Rouge et La Conception, dans les Laurentides.

Ce que la minimaison n’est pas

Lors des festivals de minimaisons, plusieurs personnes ont demandé quelle était la différence entre une minimaison et un véhicule récréatif (VR). Sur son site Internet, le fabricant Lumbec s’est intéressé à la question et mentionne quatre caractéristiques qui différencient les deux types d’habitations.

– L’isolation. Les murs de la minimaison sont mieux isolés. Lumbec utilise de la laine minérale Roxul (minimum 3 5/8 po = R-20) alors qu’un VR classique n’a qu’une isolation R-5.

– Un habitat quatre saisons. La minimaison peut être habitée toute l’année car elle est bien isolée.

– La qualité des matériaux. La minimaison est construite avec les mêmes matériaux que la maison traditionnelle.

– La possibilité de rénover. La minimaison offre la possibilité de rénover et d’améliorer l’espace de vie, ce qui est impossible avec un VR.

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© Lumbec

Densifier la ville

Tout comme la maison bigénérationnelle, la minimaison permet de densifier les villes et ainsi lutter contre l’étalement urbain lorsque sa construction dans les arrière-cours est permise. Certaines grandes villes canadiennes ont modifié leur réglementation en ce sens. À Vancouver, où l’immobilier est hors de prix, la Ville permet la subdivision de terrain et la construction de minimaisons accessibles par la ruelle derrière un bâtiment existant. Une telle initiative pourrait faciliter l’accès à la propriété. À Ottawa, l’administration a modifié sa réglementation pour autoriser les minimaisons de 550 pieds carrés et moins dans l’arrière-cour des maisons. Ottawa se conforme ainsi aux exigences de l’Ontario qui oblige les municipalités à permettre la construction de logements secondaires, peu importe leur forme. Sa voisine, Gatineau, examine d’ailleurs la possibilité d’accepter les minimaisons sur son territoire.

Pour Nathalie Rodrigue, directrice générale de Lumbec, fabricant de minimaisons et de cabanons établi à Gatineau, la minimaison est une avenue plus prometteuse que l’habitation bigénérationnelle, car cela permet aux occupants d’avoir plus d’intimité en vivant dans une maison détachée de la résidence principale.

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© Lumbec

Des minimaisons vertes qui intègrent de nouvelles technologies

Plusieurs apprécient les minimaisons pour les économies qu’elles font réaliser sur la facture d’électricité et de chauffage et sur l’entretien moindre qu’elles demandent. Ces habitations peuvent aussi être un lieu propice pour introduire des technologies vertes et plus performantes. Par exemple, elles sont souvent équipées d’un chauffe-eau instantané électrique ou au propane qui consomme moins d’énergie et prend moins d’espace qu’un chauffe-eau à réservoir.

Plusieurs fabricants dotent leurs minimaisons d’un design solaire passif permettant de réduire la facture de chauffage. D’autres installent des panneaux solaires et même parfois un mur solaire permettant de chauffer l’air activement. Dans tous les cas, une isolation adéquate des murs et du plafond est prévue.

Pour les minimaisons non raccordées au réseau d’égout, l’installation d’une toilette à compost est tout indiquée. Ces toilettes, contrairement à ce que plusieurs pensent, dégagent très peu d’odeur, et ce, grâce à une ventilation performante et aussi au dépôt de copeaux de bois dans la cuvette par l’utilisateur après chaque usage.

Quant aux minimaisons non desservies par un réseau d’aqueduc, le propriétaire doit se faire creuser un puits artésien ou de surface. Pour le propriétaire d’une minimaison sur roues qui souhaite la déplacer à l’occasion, cette option plus coûteuse est moins pertinente. En général, il se munira d’un réservoir d’eau et souvent aussi d’un baril récupérateur d’eau de pluie.

Certains fabricants ont aussi le souci de se procurer des matériaux locaux pour construire leurs maisons. Chez Lumbec, « 95 % de nos achats sont faits localement, dans un rayon de 100 km et moins », dit Mme Rodrigue.

Un lieu de créativité

La minimaison est souvent l’endroit où un designer d’intérieur exerce sa créativité, car l’espace pour le rangement y est restreint. C’est ainsi qu’on peut installer une penderie sous une descente d’escalier ou des tiroirs sous une banquette. Les possibilités de design sont quasi infinies. La designer Julie Piché a toujours aimé les petits espaces et aime réfléchir au design dans des endroits restreints. Elle est donc tombée en amour avec ce type d’habitation et elle est en voie de terminer la construction de sa propre minimaison sur roues. Pourquoi sur roues? Pour la liberté qu’elle offre. « Je veux pouvoir la bouger et l’installer ailleurs si je veux », dit-elle.

Julie Piché donne d’ailleurs des formations sur les minimaisons sur roues en collaboration avec l’organisme Écohabitation. On peut ainsi y apprendre les principales caractéristiques des minimaisons, connaître la réglementation (le Code du bâtiment ne s’applique pas aux minimaisons sur roues alors que c’est le contraire pour celles sur fondations) et profiter de son expérience d’autoconstructrice.

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Formation en autoconstruction

La minimaison est effectivement très attirante pour les bricoleurs et autres gens désireux d’économiser. Le journaliste en environnement Gabriel Parent-Leblanc, président fondateur d’Habitations MicroÉvolution, offre des ateliers sur la planification et la construction d’une minimaison. Ayant cessé de construire ce type d’habitation, il offre différents plans de construction et est à écrire un livre basé sur ses trois années d’expérience en la matière.

On le constate, la minimaison suscite beaucoup de curiosité et intéresse un nombre croissant de municipalités et de citoyens. Seul le temps pourra cependant confirmer à quel point son avenir sera radieux.

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