Denis Bisson, l’Astérix de l’ardoise

Denis Bisson, propriétaire de L'Ardoisière.

Denis Bisson, propriétaire de L’ardoisière.

La fragile ardoise bas de gamme importée d’Asie a terni la réputation de ce matériau noble, déplore l’entrepreneur Denis Bisson, qui s’efforce de la restaurer depuis plus de vingt ans, comme Astérix luttant contre l’envahisseur. La Chine domine le marché avec une ardoise friable au contact de l’eau, car elle contient typiquement 50 % d’oxyde ferreux entre ses sédiments. « Quand elle est très jaune, il s’agit d’un indice de basse qualité, explique le propriétaire de L’ardoisière, de Prévost (Laurentides). Dans des conditions d’humidité et de trafic intenses, elle se délamine. La majorité de ce qu’on voit au Québec est importé puis vendu à partir de 89 cents le pied carré. C’est moins cher que mon coût de fabrication! » affirme ce fabricant qui en été fournit quotidiennement jusqu’à une trentaine de marchands québécois.

Matière première des tableaux d’école de notre enfance et cachée sous le tapis des tables de billard, l’ardoise est une pierre de la famille des schistes argileux issue de la transformation d’argiles compactées au fond des océans à raison d’un centimètre par millénaire. Souvent posée dans les entrées des centres de ski, elle est reconnue pour sa résistance et son Ardoisiere Terra-Lame copiegrain très fin aux superbes couleurs — noir, vert, rouge et divers tons de gris. Moins dense et plus flexible que le granit que l’on retrouve davantage sur la rive nord du Saint-Laurent, l’ardoise provient des Appalaches et a un fini mat non poli très recherché dans les condos de luxe, notamment. Elle est de la même excellente qualité (dense, peu poreuse, résistante à la flexion et à l’abrasion) que celle des tuiles de 400 ans que l’on retrouve sur plusieurs toitures d’Europe, explique Denis Bisson en faisant allusion à la dérive des continents. « Nous sommes humainement et géologiquement reliés à l’Europe », dit celui qui a vendu et posé tous types de couvre-planchers avant de se spécialiser en ardoise dans les années 1990. « Je voulais être plus près de la matière naturelle, comme un ébéniste préfère le bois à la mélamine, confie-t-il. J’étais blasé et cherchais un autre défi. Et ce fut tout un défi! »

Initialement revendeur et poseur d’ardoise, il évite, en 1999, la pénurie de matière première en devenant producteur sous les conseils d’un vieil Italien qui lui vendra en 2003 un planeur qu’il utilise encore. Baragouinant alors à peine l’anglais, Denis Bisson achète une terre d’un million de pieds carrés en face d’une ancienne carrière d’ardoise, à Kennetcook, en Nouvelle-Écosse. Son approche patiente, persévérante et prudente est celle du fermier, plutôt que du spéculateur qui s’endette. « Quand t’as pas d’argent, dit-il, t’achètes pas d’équipement, t’attends et tu penses. » En plus de suivre de nombreuses formations techniques (soudure, électricité, hydraulique, pneumatique…) et de construire lui-même sa première scie, Ardoisiere comptoirsemi poli + chanfrain copiel’entrepreneur a investi 100 000 $ par année pendant une décennie dans sa carrière et survécu à une première année déficitaire avant de dénicher un gisement de haute qualité, d’une trentaine de pieds de profondeur sous la terre arable. Passé maître dans l’art du forage, il y taille d’énormes cubes de 25 pieds d’arête et pesant mille tonnes, par meulage à la scie au câble diamanté, la même qui est utilisée pour tailler le marbre. Un procédé long (20 heures), économique en électricité et plus rentable et écologique que le dynamitage qui détruit beaucoup de matière dans ce « château de verre » — l’ardoise contient environ 50 % de silice (sable).

Des murs au paillis

L’Ardoisière se spécialise notamment dans les revêtements muraux et de planchers, les comptoirs, les dalles et le paillis permanent (imputrescible et incombustible) fait à partir des résidus de fabrication qui sont concassés puis polis. « Grâce au paillis, un nouveau produit que nous avons développé après cinq ans de tests, nous utilisons 97 % de notre matière, dit Galet copiefièrement Denis Bisson. L’ardoisièe peut même reproduire, à partir d’une photo ou d’un dessin, un nombre infini de motifs — gouttes d’eau, vagues, etc. — avec son découpeur numérique au jet d’eau. Les prix au détail varient entre 4 $ et 13 $/pi2 pour l’ardoise en vrac, selon la taille des pierres, et peuvent atteindre 23 $/pi2 pour le modèle Terra Nova de pierres précoupées et numérotées, facilement assemblables par un bon bricoleur afin d’imiter une mosaïque naturelle (tout le contraire des produits chinois dont les patrons se répètent).  

Peu poreuse, l’ardoise ne requiert pas de scellant, à moins qu’on veuille un fini lustré. « Contrairement au granit qui est poli et dont un grain de sable fait une petite rayure, l’ardoise vieillit comme un vieux meuble, elle s’embellit avec le temps, dit Denis Bisson. De plus, elle s’autorestaure : ses milliers d’égratignures disparaissent quand on l’humidifie. Selon les tests sur notre ardoise effectués par Raymond Lepage, au laboratoire du fabricant de scellants Mapei, à Laval, cela ne donnait rien de mettre plus de deux couches, alors que sur l’ardoise importée de Chine, il était rendu à onze couches et elle buvait encore! C’est comme essayer de sceller du carton versus sceller une vitre dans le cas d’une ardoise de qualité. »

Vous aimeriez aussi
Cuisines Multiplex : l’écologie main dans la main
Les 50 produits verts primés par Green Builder
Planchers : les conseils d’André Bourassa (réservé)
En kiosque : hiver 2016

Laisser un commentaire