Pomper le chaud et le froid (réservé)

 

Pompe à chaleur murale avec technologie Inverter. © André Fauteux

Pompe à chaleur murale avec technologie Inverter. © André Fauteux

Choix d’une thermopompe : des entrepreneurs d’expérience nous font faire le tour du jardin

 « La différence entre un climatiseur et une thermopompe, c’est un morceau qui coute à peine cinquante dollars », déclare Claude Gauthier, frigoriste et directeur des ventes chez Thermo-Stat, de Blainville. Ce petit morceau, c’est une valve qui permet de changer le sens de l’extraction de chaleur de l’intérieur vers l’extérieur et vice versa. Grâce à cette petite valve, une même machine peut climatiser en été et chauffer en hiver. Pour le consommateur en quête de confort, perplexe devant la diversité des modèles de pompes à chaleur, quelques entrepreneurs spécialisés en chauffage et climatisation livrent leurs observations pour le guider dans ses choix.

Centrale ou murale?

À l’achat d’une pompe à chaleur, la première étape consistera à choisir entre une unité murale ou centrale, et ce choix s’avère relativement simple, puisqu’il dépend du système de chauffage déjà en place dans l’habitation. Le système central distribue en effet l’air dans la maison à travers un système de conduits. « S’il y a déjà une fournaise avec des conduits d’air, c’est facile d’installer une thermopompe centrale. S’il n’y a pas de conduits, on y va habituellement avec une murale pour limiter les couts », explique Ronald Péloquin, propriétaire d’Air Péloquin, de Longueuil.

En termes d’efficacité de climatisation ou de chauffage, « les unités murales sont généralement plus performantes que les unités centrales, souligne Jimmy Roy, directeur général d’Enviro Confort, de Lévis, mais la fraicheur ou la chaleur ne sont pas diffusées de manière égale partout. Donc, au final, on a une meilleure performance énergétique dans un système central qui va servir pour toute la maison. » Cet inconvénient pourra cependant être partiellement contourné avec les thermopompes murales multizones qui permettent d’installer plusieurs têtes [évaporateurs qui diffusent l’air] dans différentes pièces de la maison, reliées à la même unité extérieure. « Chaque tête peut être réglée à des températures différentes », précise Jean Beaudet, consultant en recherche de la qualité chez Climatisation BS, de Laval.

Les meilleures unités centrales et murales se distinguent en utilisant la technologie Inverter (terme anglais pour onduleur) qui convertit le courant continu en courant alternatif ou vice versa et qui permet au compresseur de travailler à vitesse variable selon la température. En plus d’améliorer le confort, cette technologie est plus écoénergétique que le mode marche/arrêt qui stoppe la circulation du gaz caloporteur et par conséquent le captage de la chaleur de l’air. « Si on a besoin de baisser la température de 0,5 °C, pas la peine de faire marcher le compresseur à fond pour que ça baisse vite. On le fait démarrer tranquillement. Il fera moins de bruit, et comme il fonctionnera plus longtemps, il pourra déshumidifier plus longtemps », explique Ronald Péloquin. Car la climatisation présente aussi l’avantage de déshumidifier pour un meilleur confort. « Si la machine n’a qu’une seule vitesse, elle envoie 100 % de sa capacité, on atteint le point de consigne sans être capable de déshumidifier », précise Alexandre Hébert, gérant de projet chez Miville, de Québec. Or, toutes les pompes à chaleur murales sont à vitesse variable, alors que la technologie ne fait qu’arriver dans les systèmes centraux, marques japonaises en tête. « Le compresseur à vitesse variable doit être combiné à une fournaise à vitesse variable. C’est plus compliqué », prévient Claude Gauthier. Conséquence, une unité centrale à vitesse variable ne pourra pas être greffée aux conduits d’une fournaise existante.

Pour climatiser ou chauffer?

© Carrier

© Carrier

Viendront ensuite les questions de capacité de chauffage ou de climatisation, mesurée en unités thermiques britanniques par heure (Btu/h), et d’efficacité énergétique des appareils. Le TRÉS ou taux de rendement énergétique saisonnier (SEER en anglais) mesure l’efficacité énergétique lors de la climatisation. « Toutes les compagnies se fient à ce critère. Au Québec, il est peu important, car l’électricité coute peu cher et on n’a pas une grande période de climatisation. Un SEER de 14 suffit », estime Ronald Péloquin. En effet, les modestes besoins en climatisation au Québec ne permettront pas de réaliser des économies d’énergie significatives. C’est plutôt en mode chauffage que la thermopompe offre le meilleur potentiel d’économie.

L’efficacité énergétique pour le chauffage est indiquée par le CPSC ou coefficient de performance saisonnier en chauffage (HSPF en anglais). Selon Jimmy Roy, il faut un CPSC élevé pour bénéficier des économies de chauffage. Mais avec les systèmes centraux non équipés de la technologie Inverter, il y a un risque à choisir un appareil en vue de réduire sa facture de chauffage. « Si la résidence requiert un appareil de 18 000 Btu/h et que pour économiser en chauffage, vous mettez un appareil de 24 000 Btu/h, quand l’appareil va fonctionner en climatisation, il va fonctionner seulement 12 ou 15 minutes par heure, et un appareil qui ne fonctionne pas ne déshumidifie pas », explique Jean Beaudet. Le résultat est une désagréable sensation de froid due à l’humidité de l’air en circulation. En conséquence, « il faut déterminer les besoins en climatisation selon les dimensions de la maison, et le chauffage vient en extra », conseille Jérôme Duchesne, représentant et chargé de projets résidentiels chez Bonair SD, de Québec. À moins de choisir un système central à vitesse variable qui pourra ajuster la compression aux besoins de climatisation. Le hic est que si ces appareils permettent de réduire la facture de chauffage, ils coutent aussi plus cher. Alors l’économie est-elle au rendez-vous?

« Une machine standard qui coute 3 500 $ et qui chaufferait jusqu’à -15 °C fera économiser 20 $ par mois, tandis qu’un haut de gamme Fujitsu à 4 500 $ fera économiser 40 $ par mois », calcule Jérôme Duchesne. « Si tu payes une machine 5 000 $, ça va prendre 10 ans avant d’économiser 5 000 $ et la durée de vie utile d’une thermopompe joue entre 10 et 15 ans », évalue pour sa part Claude Gauthier. Ces experts rappellent que la climatisation demeure une dépense qui ne se rembourse pas sur les économies en chauffage. Alexandre Hébert estime cependant qu’une Mitsubishi centrale à vitesse variable permettrait d’économiser 50 % sur la facture de chauffage et de récupérer son investissement en moins de 10 ans.

Chacun ses marques

Ronald Péloquin privilégie Daikin pour l’efficacité, le silence, la garantie de 12 ans sur les pièces et la main d’œuvre et la diversité des modèles.

Pour sa part, Climatisation BS vend essentiellement des appareils Lennox qui, selon Jean Beaudet, couvrent la presque totalité des besoins des clients. Les modèles Dave Lennox Signature sont silencieux. « Il faut mettre la main dessus pour savoir s’il fonctionne », illustre-t-il. Occasionnellement, il vend aussi la pompe à chaleur centrale Zuba, de Mitsubishi, très efficace en chauffage.

Chez Miville, Alexandre Hébert vante justement les appareils de Mitsubishi. « Ils sont plus chers mais plus efficaces. Le système Hyper Heat repasse le fréon une deuxième fois dans le compresseur pour le monter en haute température. Le gaz très chaud peut aller chercher de l’énergie en basse température sans que le compresseur fasse trop de bruit. Ça se rapproche des économies d’énergie de la géothermie », explique-t-il.

Chez Thermo-Stat, Claude Gauthier juge essentiel de maintenir plusieurs marques d’unités murales pour répondre à la diversité des besoins. « Ce n’est pas vrai que seulement deux marques vont faire pour des bungalows, des maisons mobiles, des cottages… Avoir plus de marques permet d’avoir une plus grande diversité d’options ». Pour les systèmes centraux, quelques marques peuvent suffire puisque la ventilation dans la maison est ajustée par les conduits. Parmi ses préférées, il cite les appareils muraux Sharp, dont la fonction Multi Space donne à la ventilation un effet de balayage pour faciliter sa diffusion dans les pièces voisines.

Enfin, chez Bonair SD, le haut de gamme est représenté par le modèle RSL 3H de Fujitsu, efficace en basse température et équipé d’un élément chauffant pour faciliter le dégivrage.

Mais au-delà de la marque, c’est le bon entrepreneur qu’il faut choisir, car comme le dit Claude Gauthier, « une bonne marque mal installée ne fera pas la job. Il faut s’assurer que l’entrepreneur a des licences en réfrigération, en ventilation, en système de chauffage à air chaud ».

La géothermie rattrapée par les thermopompes

« En hiver, en profondeur, le sol se trouve toujours à la température de 15 °C. On prend cette chaleur pour se chauffer. En été, quand on climatise, on fait l’inverse, on prend la chaleur de la maison pour la retourner dans la terre. »

Voilà brièvement décrit le principe de la géothermie par Claude Gauthier, directeur des ventes chez Thermo-Stat. Il ajoute que la climatisation est obligatoire, sans quoi, le sol ne se réchaufferait pas et il deviendrait de plus en plus difficile d’en extraire de la chaleur en hiver.

Thermo-Stat et Miville vendent les appareils de Water Furnace, premier fabricant à avoir développé des systèmes géothermiques à vitesse variable. Le compresseur, la ventilation et la pompe qui envoie le fluide dans le puits sont à vitesse variable pour s’ajuster aux besoins de la maison, explique Alexandre Hébert, gérant de projet chez Miville et qui installe trois types de systèmes. Le système eau-air reçoit l’énergie de l’eau d’un puits et alimente un système de ventilation. Comme une thermopompe classique (air-air), en plus de chauffer et de climatiser, il contrôle l’humidité. Le système eau-eau reçoit l’énergie des puits et chauffe l’eau qui alimente un plancher radiant, mais il ne climatise pas et ne déshumidifie pas. Ceux qui veulent cumuler les avantages du plancher radiant, de la climatisation et de la déshumidification pourront choisir un système « tri-fonction ».

Avec l’arrivée des thermopompes centrales à vitesse variable de plus en plus efficaces à basse température, Claude Gauthier anticipe que le marché résidentiel pour la géothermie tombera dans quelques années. « Les économies d’une thermopompe centrale se rapprochent de la géothermie », confirme Alexandre Hébert. Mais il fait valoir que la géothermie reste gagnante en terme de durée de vie, car le compresseur installé à l’intérieur à 20 °C est moins sollicité que celui d’une thermopompe qui travaille en hiver à des températures de –20 °C!

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