En rouleaux ou en tuiles, le vinyle est l'un des choix de planchers les moins écologiques et sains.

En rouleaux ou en tuiles, le vinyle est l’un des choix de planchers les moins écologiques et sains.

Rien de neuf sous le soleil, le vinyle, le tapis et le stratifié sont les revêtements de sol les moins sains et écologiques, malgré certains progrès récents. Voici pourquoi.

Le vinyle (PVC)

Vendu en tuiles et en rouleaux, le PVC (polyvinyle chloré) est boudé par plusieurs concepteurs et propriétaires de bâtiments écologiques car son impact sur l’environnement est « grave et persistant », selon Environmental Building News.

Le PVC est le plus polluant des plastiques et le plancher qui émet la plus grande quantité de composés organiques volatils (COV) à l’intérieur, selon Travaux publics et services gouvernementaux Canada. (Les tuiles souples émettent davantage que les tuiles rigides.)

L’industrie des produits de vinyle veut nous faire croire que ceux-ci seraient désormais propres, bios et sains, mais c’est un leurre, conclut d’ailleurs le récent rapport Healthy Environments : What’s New (and What’s Not) With PVC signé par le Healthy Building Network et la firme internationale d’architecture Perkins+Will.

Bien que des additifs toxiques comme les phtalates soient progressivement remplacés dans les produits de PVC (polychlorure de vinyle), ce plastique à base de chlore présente encore des dangers au cours de son cycle de vie. 

Les phtalates sont des assouplisseurs reconnus comme des perturbateurs hormonaux. Ils sont associés à des risques accrus d’asthme, d’obésité et de problèmes reproducteurs. Ces plastifiants sont interdits dans plusieurs pays et désormais boudés par de grands détaillants comme Home Depot. D’autre part, le principal plastifiant de remplacement utilisé dans la production des nouveaux vinyles sans phtalates, le DINCH, est encore moins biodégradable et perturbe également le système endocrinien, selon une récente étude publiée dans Environmental Research en juin 201t et dirigée par le Dr Vassilos Papadopolous, professeur de médecine à l’Université McGill.

À peine 1 % du PVC est recyclé et lorsqu’il l’est, les travailleurs, les communautés riveraines des usines ainsi que les consommateurs peuvent être exposés à ces vieux additifs toxiques ainsi qu’à d’autres, comme les retardateurs de flamme et les métaux lourds. Souvent brûlé en plein air, le PVC représente environ 80 % du chlore qui aboutit dans les incinérateurs municipaux et sa combustion génère d’importantes quantités de dioxines hautement cancérogènes.

Selon l’American Chemistry Council, l’usage de vinyle en construction a grandement diminué, de 64 % de la résine produite aux États-Unis et au Canada en 2004 à 47 % en 2014. Des programmes de certification de bâtiments durables (Living Building Challenge) et de matériaux verts (Cradle to Cradle) recommandent d’éviter son usage, tout comme d’importants propriétaires de bâtiments (dont Google) ainsi que des firmes d’architecture influentes (Perkins+Will embauche environ 1 000 architectes). Bien que des compromis doivent parfois être faits en choisissant d’autres matériaux (le bois nécessite par exemple d’exploiter les forêts), le rapport conclut qu’ « éviter le PVC dans les choix de matériaux de bâtiment est presque toujours préférable dans une perspective globale de santé humaine et environnementale ».

Par ailleurs, le PVC est pare-vapeur (il emprisonne l’humidité qui nourrit les moisissures) et les plastiques favorisent la création d’électricité statique. Combinées aux champs électriques alternatifs émis par les appareils et fils sous tension, ces charges électriques sont associées à une augmentation des infections acquises en milieu hospitalier lorsque l’air est trop sec (moins de 30 % d’humidité relative), selon les travaux du chercheur britannique Isaac Jamieson, auteur de l’article scientifique Building health: The need for electromagnetic hygiene (IOP Science, 2010). En plus d’attirer les bactéries et les poussières, les charges électrostatiques élevées peuvent favoriser le dépôt de particules radioactives (issues du radon) sur le visage d’une personne, selon Le guide de l’habitat sain, ouvrage signé par les médecins Suzanne et Pierre Déoux (Médiéco, 2002).

Somme toute, le PVC pollue tout au long de sa brève durée de vie utile qui n’est que de 15 à 20 ans. 

Le stratifié flottant

Il faut aussi se méfier des populaires planchers stratifiés (laminés) à bas prix, souvent appelés à tort planchers flottants parce qu’ils sont installés sans clous ni colle grâce à leurs joints bouvetés qui s’emboîtent les uns dans les autres. Leur surface, faite d’une couche de plastique très mince, peut aussi s’user rapidement.

De plus, l’âme de ces planchers contient des fibres de bois de type HDF (High Density Fiber) souvent collées à l’urée-formol, une résine qui peut dégager des quantités considérables de formaldéhyde. Ce gaz cancérogène (chez les travailleurs surexposés à long terme) aggrave les allergies et l’asthme car il irrite les voies respiratoires. Il peut également provoquer une hypersensibilité aux produits chimiques chez les personnes surexposées. 

En mars dernier, l’émission 60 Minutes du réseau de télévision américain CBS démasquait les pratiques douteuses de Lumber Liquidators, le plus important détaillant de planchers en bois en Amérique du Nord. Ce dernier aurait plus que décuplé ses profits et sa valeur en bourse, notamment en achetant à très bas prix du bois russe récolté illégalement. Différents planchers stratifiés achetés chez ce marchand dans cinq États américains ont été analysés en laboratoire dans le cadre de l’émission. Conclusion : 30 des 31 échantillons examinés émettaient des niveaux de formaldéhyde jusqu’à 13 fois plus élevés que la limite de 0,05 partie par million (ppm) de la norme imposée par le California Air Resources Board (CARB), que les Américains sont désormais obligés de respecter. (C’est aussi la limite d’émissions requise pour obtenir le label allemand Ange Bleu.)

« Le plancher flottant que l’on trouve à bas prix partout dans nos grandes surfaces est presque à coup sûr chinois, de source illégale et conséquemment non certifié », écrivait l’ancien directeur de Greenpeace Québec François Tanguay dans son livre Le prochain virage (Druide, 2014), cosigné avec Steven Guilbeault. Par contre, il existe des planchers flottants de qualité certifiés par le Forest Stewardship Council (FSC) qui proviennent de forêts exploitées de façon durable. Le détaillant Rona en propose d’ailleurs et s’est engagé en 2007 de ne vendre que du stratifié certifiés E1 (norme européenne limitant les émissions de formaldéhyde à 0,1 ppm).

Moquette ou tapis

Souvent appelée tapis « mur à mur », la moquette n’est plus à la mode, surtout pas dans les logements sociaux, pour de nombreuses raisons. Sa durée de vie attendue n’est que de 10 ans, elle est très difficile à nettoyer, elle accumule et émet de la poussière, des vapeurs neurotoxiques (ses fibres contiennent une centaine d’ingrédients chimiques), des odeurs et de l’humidité qui favorisent la prolifération de bactéries et de champignons. Noter que le programme LEED permet l’installation de tapis moins émissifs qui sont conformes au programme Green Label Plus, du Carpet & Rug Institute.

De plus, les tapis sont rarement recyclés et représentent environ 7 % des déchets que l’on retrouve dans les dépotoirs urbains, selon Prescriptions for a Healthy House (New Society, 2008), cosigné par l’architecte américaine Paula Baker-Laporte, la Dre Erica Elliott, spécialisée en médecine de l’environnement, et John Banta, consultant en environnement. Si vous tenez absolument aux tapis, voici leurs conseils :
• préférez la carpette à la moquette ;
• choisissez des fibres naturelles ou 100 % nylon ainsi qu’un endos tissé plutôt que du styrène butadiène nocif ;
• évitez les traitements chimiques contre les microbes, les insectes, les taches ou le feu ;
• aérez le tapis le plus longtemps possible avant de le poser (pour la moquette, utiliser des tasseaux de clouage au lieu de la colle) ;
• nettoyez-le souvent avec un aspirateur à filtre HEPA (Haute Efficacité pour les Particules d’Air), y compris sous les meubles pour retirer les nids de mites ;
• au besoin, nettoyer les taches avec un shampoing non toxique sans parfum;
• asséchez rapidement les dégâts d’eau afin de prévenir la prolifération bactérienne;
• imposez une politique « sans souliers » dans votre maison, comme le font les Japonais.

Pour en savoir davantage

Faits et contradictions au sujet du tapis, par la designer Lyne Castonguay, La Maison du 21e siècle, automne 2007.

Certification LEED – Produits à privilégier du point de vue environnemental (MR 2.2)

 

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