Polytechnique, au service de l’industrie ou de l’intérêt public?

Polytechnique, au service de l’industrie ou de l’intérêt public?

 

Le Dr Michel Plante d’Hydro-Québec représente aussi l’industrie du cellulaire. Photo : journalacces.ca

Le projet de Brigade électro-urbaine de l’École Polytechnique est rendu possible grâce à un don de la Fondation familiale Trottier, selon le communiqué émis le 24 mai dernier. Lorne Trottier, directeur de la fondation, est un ingénieur en électricité et cofondateur du Groupe Matrox, manufacturier de logiciels et de cartes graphiques.

Cet homme généreux – il a donné plus de 30 millions de dollars à l’Université McGill et 2 millions $ au pavillon Lassonde de Polytechnique est webmestre du site emfandhealth.com attaquant la crédibilité de chercheurs étudiant la nocivité des champs électromagnétiques (CEM) et des radiofréquences en particulier. Son site est rédigé notamment avec Michel Plante, médecin à l’emploi d’Hydro-Québec. Le Dr Plante représente également l’industrie du cellulaire dans les assemblées publiques pour contrer la résistance à l’érection d’antennes relais en milieu habité, ce qu’il a fait récemment à Sainte-Anne-des-Lacs. Il faisait partie des partenaires de l’industrie électrique consultés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la rédaction de ses normes très critiquées sur l’exposition aux CEM. Pendant dix ans, le Projet de recherche sur les CEM de l’OMS fut dirigé par Michael Repacholi, actuel consultant auprès de compagnies d’électricité.

Le site emfandhealth.com critique notamment le Dr David O Carpenter, coauteur principal du rapport normes internationales sur les CEM menacent la santé publique. Diplômé en médecine de l’Université Harvard, Carpenter fut le doyen fondateur de l’École de santé publique de l’Université d’Albany où il dirige l’Institute for Health and the Environment. Dans les années 1980, alors qu’il oeuvrait pour l’État de New York, l’État chargea le Dr Carpenter de coordonner le New York Powerlines Project. Ce projet d’études de 5 millions de dollars a permis de confirmer pour la première (mais non la dernière) fois le lien entre la surexposition aux champs magnétiques de 60 Hertz émis par les lignes à haute tension et le risque accru de leucémie infantile.

La Brigade électro-urbaine fut fondée par Thomas Gervais, docteur en génie biologique, chargé de cours à Polytechnique et journaliste scientifique à l’émission de télévision Le Code Chastenay. En collaboration avec le cardiologue David Langleben de l’Hôpital général juif de Montréal, cette Brigade proposera aux personnes qui souffrent d’hypersensibilité électromagnétique (HSEM) de se soumettre à une expérience visant à vérifier « si les malaises qu’ils éprouvent sont de nature psychosomatique ou bien s’ils sont réellement causés par les ondes », expliquait le 24 mai M. Gervais au quotidien Le Devoir. Du même souffle, il ajoutait que « les manifestations de l’électrohypersensibilité résultent de l’anxiété générée par les appareils émettant des radiofréquences, selon l’OMS ».

En fait, dans son avis sur l’électrosensibilité publié en décembre 2005, l’OMS affirmait plutôt qu’il n’y avait à ce moment là pas de consensus autour d’une « base scientifique permettant de relier les symptômes de la HSEM à une exposition aux CEM ». Elle recommandait alors aux médecins d’explorer diverses pistes dont la pollution de l’air, le bruit, l’éclairage et l’ergonomie des postes de travail et affirmait que le traitement nécessite « une évaluation psychologique destinée à identifier d’autres pathologies psychiatriques ou psychologiques pouvant être responsables de ces symptômes ». Or, des sondages européens effectués révélaient que 5 à 13 % de la population se dit électrosensible et des experts craignent que la surexposition aux radiofréquences (RF), qui augmente exponentiellement en ce siècle du sans fil, ne fasse des ravages. Qui plus est, en mai 2011, le Centre international de recherche sur le cancer classait les RF comme « peut-être cancérogènes », au même titre que les champs magnétiques de 60 Hertz, le plomb, certains pesticides et les mégadoses de café et d’aliments marinés. Plusieurs études indiquent que le risque de cancer du cerveau double chez les gens qui utilisent un cellulaire couramment sans protection (casque d’écoute ou haut parleur) pendant dix ans. Le risque quintuplerait même si l’utilisation commence avant l’âge de 20 ans, selon les recherches de l’oncologue suécois Lennart Hardell. Or, en Angleterre, l’Office national des statistiques révèlent que l’incidence du cancer du cerveau a augmenté de 50 % chez les enfants entre 1999 et 2009.

La plupart des électrosensibles, dont l’ancienne directrice générale de l’OMS Gro Harlem Brundtland elle-même, ne craignaient pas les radiofréquences ou autres CEM quand leurs premiers symptômes d’électrosensibilité sont apparus : après avoir fait plusieurs tests avec des visiteurs portant un cellulaire en fonction ou éteint mais hors de sa vue, ce médecin, ancien premier ministre de la Norvège et ancienne présidente de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’Organisation des Nations unies dont le rapport Notre avenir à tous a popularisé le concept de développement durable, jure que son électrosensibilité n’a rien de psychosomatique. Lire le témoignage que le Dr Brudntland a récemment fait à l’Université de Waterloo.

L’avis de l’OMS publié il y a plus de six ans devra être mis à jour à la lumière des découvertes les plus récentes, nous disait en entrevue fin 2010 l’oncologue parisien Dominique Belpomme, qui s’apprête à publier diverses études sur la HSEM. Son équipe a notamment observé que plusieurs électrosensibles ont des problèmes de vascularisation cérébrale, des niveaux d’histamine élevés, des taux anormalement bas de mélatonine (hormone luttant contre le cancer), ainsi que des niveaux d’anticorps et de protéines témoignant d’une souffrance cérébrale. Voici un PDF d’une de ses présentations. Son conseil scientifique est présidé par le prix Nobel de médecine Luc Montagnier et ses recherches sont coordonnées par Philippe Irigaray, membre du comité d’experts récemment embauché par le Fonds de recherche en santé du Québec pour sélectionner les meilleurs projets de recherche en prévention des cancers environnementaux.

Depuis quelques années, l’Agence européenne de l’environnement, qui a signé un chapitre du rapport BioInitiative, prône l’application du principe de précaution en matière d’exposition aux RF. Rappelant les erreurs commises dans la lutte au tabac, aux pesticides, aux métaux lourds, à l’amiante et autres polluants mortels, l’Agence soulignait l’importance de protéger les chercheurs en santé publique qui sonnent l’alarme contre les attaques à leur intégrité.

Tout récemment, l’Association médicale autrichienne et l’Académie américaine de médecine de l’environnement ont affirmé que le premier traitement de l’électrosensibilité devrait être la réduction de la surexposition aux champs électromagnétiques. Les deux organismes réclament des fonds pour lancer des études indépendantes sur les effets des radiofréquences et micro-ondes sur la santé. Dès 1972, un médecin de la Marine américaine, Zorach Glaser, répertoriait plus de 2 000 études sur le sujet.

Thomas Gervais n’a pas répondu à notre invitation à prendre connaissance de la récente étude du Dr Andrew Marino, qui a confirmé l’électrosensibilité d’un collègue médecin, de la revue de la littérature sur le sujet signée par Genuis et Lipp et de cette étude du cardiologue américain Dr WJ Rea. Le Dr Rea y explique que les tests de provocation (des symptômes d’électrosensibilité) doivent être bien conçus car chaque individu réagit différemment – notamment dans le temps – à diverses fréquences électromagnétiques en fonction de plusieurs facteurs. Comme le dit l’experte canadienne des effets sanitaires des CEM Magda Havas : « L’humain est un être complexe qui ne peut être allumé et éteint à souhait comme un interrupteur. »

Bref, il sera intéressant de voir si la Brigade électro-urbaine de MM. Gervais et Trottier se rendra à l’évidence qu’il serait sage d’utiliser les technologies sans fil de façon plus responsable afin d’éviter la surexposition aux micro-ondes. Nous y gagnons tous lorsque les découvertes scientifiques et techniques améliorent notre qualité de vie plutôt que de la mettre en péril.

Autres nouvelles récentes sur l’électrosmog
• Certains types de tumeurs cérébrales ont augmenté de 50 % chez les jeunes Britanniques (l’abus du cellulaire soupçonné)
• Une dizaine de villes québécoises demandent un moratoire sur les compteurs intelligents (voir le bas de la page), tout comme 56 villes et comtés californiens
• L’Académie américaine de médecine de l’environnement recommande de protéger le public des radiofréquences émises par les compteurs intelligents
• L’Association médicale autrichienne recommande de réduire l’exposition aux champs électromagnétiques pour traiter les symptômes d’électrosensibilité (ou www.scribd.com/doc/protected/87308119)
• Compteurs intelligents : une famille complète alitée
• Éloignez-vous des compteurs intelligents : les testicules et les yeux sont très sensibles aux radiofréquences et les lunettes de métal peuvent tripler votre exposition oculaire
• Compteur Itron et apparition/disparition d’épilepsie
• Un village ontarien veut créer une zone blanche sans antennes émettant des radiofréquences
• Deux rapports indépendants mettent à mal les arguments scientifiques sur lesquels s’était basé le Parlement bruxellois pour fixer les normes d’émission des antennes des opérateurs de téléphonie mobile à 3 volts par mètre  www.lalibre.be
• Des comités de parents adoptent des résolutions sur les radiations des appareils sans fil dans les écoles de la Colombie-Britanniques
• La Cour suprême du Maine rabroue la Régie de l’énergie de cet État pour ne pas avoir tenu compte des questions de santé et de vie privée
• Expert en médecine énergétique, le docteur en biologie James Oschman explique l’importance de marcher pieds nus dans la rosée ou dans la mer
• Retour à la terre nourricière : votre corps est-il groundé? 
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3 Responses

  1. Claudette C.

    Il serait pertinent d’aller vérifier l’avis de 60 universitaires québécois sur le discours alarmiste des possibles effets dangereux pour la santé dû aux compteurs intelligents dans l’article paru dans Le Devoir du 24 mai 2012:“ Technologies Radio fréquences- Pour un débat guidé par la science.“
    Un autre son de cloche…!Ca éclaire les lanternes.

  2. Lucie Bouchard

    Bonjour,
    J’habite un nouveau condo à Mont Saint-Hilaire depuis 4 mois. Je m’inquiète de la propagation de ces compteurs-dit &&intelligent&&. Je suis abonnée à votre magasine et je lis religieusement vos articles.

    Au village de la gare nous sommes beaucoup et beaucoup de condos. Donc beaucoup de compteurs. J’en compte 6 dans mon unité! Imaginez le reste du projet de Développement urbain. D’autant plus qu’ils vont mettre deux nouvelles tour de communication. Une sur Grande-Allée et l’autre sur le terrain de la ville de Mont Saint-Hilaire. je me situe entre les deux!

    Nous sommes bombardés et la plupart des gens se disent que si c’est accepté par les différents organismes, c’est que ça respecte les normes?
    C’est subtil et terriblement dangeureux!
    Je me demande où tout cela s’en va? Les gens sont bouchés quoi!
    Comme on dit : && la pire ruse du diable est de faire croire qu’il n’existe pas!&& Et bien cette saleté d’ondes s’installe à notre insu dans nos demeures, brime notre droit à la liberté de choisir la Vie et la santé et on nous impose cette équeuranterie!
    Et bien s’il le faut je déménagerai encore une autre fois mais pour aller où?? Où pourrons-nous avoir la paix et le respect!
    Sincèrement,
    Lucie Bouchard

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