L’autoconstruction en paille selon Kate Alvo (réservé)

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La façade sud atteint près de 14 pieds (4,3 m) de hauteur.

En ce jour de tempête, je m’en viens à Portneuf voir la maison de paille de Kate Alvo. Un peu en retrait du vieux village, elle m’apparaît enfin. Visiblement, cette maison n’a rien, absolument rien d’ordinaire.

Déjà, son aspect extérieur est radicalement différent des demeures qui l’entourent. Certaines, centenaires, revêtent cette forme typique des belles ancestrales. La maison de Kate a une mine tout à fait unique! Très étendue, elle atteint 56 pieds (17 m) de long, sur 28 pieds (8,5 m) de large, pour une superficie habitable de 1 280 pi2 (120 m2). Un petit sous-sol de 400 pi2 (37 m2), isolé à la laine de roche et à la cellulose, abrite les installations de plomberie et chauffage ainsi qu’un atelier.

À travers ses formations et visites de sa maison, Kate nous aide à comprendre et à mettre en oeuvre les bonnes pratiques en construction écologique et en permaculture.

À travers ses formations et visites de sa maison, Kate nous aide à comprendre et à mettre en oeuvre les bonnes pratiques en construction écologique et en permaculture.

À l’opposé des résidences contemporaines, de plus en plus souvent conçues sur deux étages hors sol, celle de Kate se déploie sur un seul plancher. La façade sud, ornée de quelques larges fenêtres en fibre de verre (Serious Energy, au vitrage triple) et que l’on ne peut apercevoir de la rue, atteint près de 14 pieds (4,3 m) de hauteur. Celle au nord, donnant sur la rue, percée de petites fenêtres de forme rectangulaire, n’a en outre que 7 pieds (2,1 m) de hauteur et se trouve en contrebas du chemin. La différence de hauteur entre ces deux façades confère à la maison une allure résolument moderne. De plus, le contraste entre les revêtements des murs est frappant : de la chaux très pâle s’élève jusqu’à mi-hauteur, et un revêtement de bois, beaucoup plus foncé, complète les murs.

Sur la toiture à un versant, la tôle galvanisée est couverte d’une neige poudreuse que le fort vent tend à compacter. Au bord du toit, un tuyau qui prend son origine à l’extrémité de la gouttière amène l’eau de pluie vers deux étangs situés plus bas sur le terrain. La neige couvre presque tout, mais il m’est possible de voir quelques hautes verges d’or qui tiennent toujours debout malgré un mois de décembre bien entamé.

De la grande galerie qui longe les faces est et sud de la maison, la vue qui s’offre à nos yeux est magnifique : le terrain incliné en pente raide vers la rivière Portneuf permet de porter le regard très loin vers les champs et les boisés. Une Kate souriante, de l’autre côté de la porte, m’invite à entrer.

Au commencement était une idée

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Les planchers de mélèze (« le plus dur des bois mous! ») sont protégés à l’aide d’une huile non toxique de marque Livos.

Mes yeux se posent tour à tour sur les hautes colonnes de bois qui supportent une interminable poutre apparente, puis sur les grandes fenêtres qui occupent une partie de la façade sud. Le plancher, d’une belle teinte caramel, luit doucement sous la faible lumière du jour. Une mezzanine, que l’on atteint en grimpant une abrupte échelle de bois, sert de plafond surbaissé à un petit salon aux meubles bigarrés, qui semblent si confortables! Malgré le gros temps, il fait bon à l’intérieur : pas de vent qui siffle ni de courant d’air désagréable. Tasses en main, nous prenons place à la table de la salle à manger. Kate a un regard vif, et son très léger accent anglophone ajoute à son charme. Elle répond à mes questions en prenant le temps de réfléchir, bien qu’elle ait déjà raconté son histoire au moins une bonne douzaine de fois.

D’où lui est venue l’idée de construire une maison de paille? « Il faut remonter très loin! », commence-t-elle en riant. L’envie d’accomplir une telle entreprise ne nait pas du jour au lendemain. Kate a toujours été intéressée par l’écoconstruction, même si elle n’employait ce terme lorsqu’elle était plus jeune. Inscrite puis acceptée à la Faculté d’architecture de l’Université McGill, à Montréal, elle refuse d’y entrer… à deux reprises! Attirée par le domaine de la construction mais insatisfaite de ce que lui offre le monde de l’architecture, elle cherche autre chose. « Je voulais une formation en écoconstruction, mais ça n’existait nulle part », explique Kate. C’est en aidant son père (issu du domaine de l’agriculture) à rénover une très vieille maison de Fossambault, en périphérie de Québec, que son désir d’en apprendre plus sur la construction durable s’est affermi. Le paternel réduisait, recyclait et réutilisait tout, bien avant que ces termes ne deviennent à la mode! Après son décès, en 2003, Kate achète la maison. L’inspection lui apprend que tout est à refaire à l’intérieur, de la fondation à l’isolation, ce qu’elle entreprend. « Mon père avait beaucoup de bonne volonté, mais peu de connaissances techniques », explique Kate.   

Retour à l’école

En 2009, elle trouve enfin un programme qui répond à ses besoins. Sous la direction de Chris Magwood et Jen Feigin, le Collège Flemming, établi à Peterborough, une petite ville d’environ 75 000 habitants située à 150 km au nord-est de Toronto, offre un enseignement axé sur la construction écologique. Le programme intensif de cinq mois propose comme projet principal la construction d’un centre d’interprétation de la nature (Camp Kawartha Environment Centre) sur le site du campus de l’Université Trent, aux abords de la rivière Otonabee. Aujourd’hui renommé Sustainable Building and Construction Design, le cours se donne dorénavant au Centre Endeavour, lui aussi situé à Peterborough.

Quatre jours par semaine, Kate prend en charge, en compagnie d’une vingtaine d’autres étudiants, la construction du bâtiment de plus de 2 400 pi2 (223 m2). La cinquième journée est consacrée à la théorie. Conception des plans, mécanique du bâtiment, stratégies, matériaux et technologies vertes, tout est à portée de la jeune femme. Après son retour au Québec, elle se réinstalle dans sa maison de Fossambault avec son compagnon de l’époque, Bernat Ferragut. L’idée de la maison de paille prend peu à peu forme dans la tête des deux jeunes gens.

Le projet en détails

3 kate alvo cuisineÀ l’été 2010, le couple met la main sur une terre agricole à l’abandon. Le terrain en forte pente présente des défis de taille. Avant la première pelletée de terre, Kate et son partenaire refont les plans de leur future maison à maintes reprises. « Probablement  sept ou huit versions! » raconte-t-elle, amusée. Du côté de la municipalité, les choses vont rondement. Prêts à accommoder les nouveaux arrivants, dirigeants et décideurs acquiescent à toutes leurs demandes. Même lorsque Kate leur fait part de son intention d’installer une toilette à compost et leur en présente les plans, les réactions sont plus que positives! La construction s’échelonne sur plus de deux ans : des travaux réalisés au froid, à la pluie, à la chaleur et à la sécheresse. Pendant plusieurs mois, Kate et son conjoint habitent le sous-sol, un espace d’à peine 400 pi2. Mais ça en vaut la peine!

Outre les fondations de béton de 14′ x 36′ (4,25 m x 11 m) le reste du bâtiment repose sur des pilotis. La maison se démarque complètement des autres lorsque l’on aborde la question de la charpente. À partir du plancher du rez-de-chaussée et sur une hauteur de huit pieds (2,13 m) à l’avant et sept pieds (2,44 m) à l’arrière, les murs ont 20 pouces (50 cm) d’épais et une résistance thermique de R-28 à R-40! Ils sont constitués de ballots de paille empilés soigneusement jusqu’à la hauteur désirée, et recouverts d’un mélange de 12,5 % de ciment (« recommandé par un ingénieur en structure, mais on aurait pu le faire en argile, finalement, dit Kate), 12,5 % de chaux et 75 % de sable. L’érection des murs de paille (plus de douze longues semaines) s’est avérée une étape très stressante pour Kate, non pas à cause du travail que cela représentait, mais plutôt à cause de la gestion des bénévoles : « Nous étions environ une douzaine, et il fallait superviser tout le monde », raconte-t-elle. Pour compléter le mur avant, une double structure de bois 2 x 4 de six pieds (1,8 m) de hauteur et isolée de cellulose soufflée a été construite par-dessus la section en ballots de paille. La façade au sud s’élève donc à 14 pieds (4,25 m) de hauteur. Le vitrage triple ne représente que 13 % de la superficie du mur sud : « C’est le fun de savoir qu’on n’a pas besoin de dépenser plein d’argent sur les fenêtres pour avoir des gains solaires appréciables. C’est juste une question de bien les placer. » Toiture et plancher aérien ont un facteur d’isolation en cellulose de R-60, contribuant au confort en toute saison.

Produire sa propre énergie

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En 2016, Kate a produit un excédent de 1 100 kWh qu’Hydro-Québec lui a crédités.

La maison de Kate est à consommation électrique nette zéro : sur un an, elle produit autant d’électricité qu’elle en consomme. Au sous-sol, la petite salle des machines impressionne. Une chaudière au bois granulé (Varmebaronen, 9 000 $ avant installation) se voit flanquée de son inséparable compagnon, le réservoir d’eau chaude. Chaque année, Kate achète pour environ 450 $ de granules. Un récipient, à remplir tous les quatre ou cinq jours, contient les granules, et les achemine au brûleur à l’aide d’une vis sans fin. La flamme chauffe l’eau, qui est ensuite emmagasinée dans un réservoir de 750 litres de près de deux mètres de hauteur. Sous l’action de pompes, l’eau chauffée entre 60 et 70 °C circule ensuite dans toute la maison via la tuyauterie de cuivre jusqu’à huit magnifiques calorifères de fonte recyclés, achetés au rabais sur les petites annonces. Dans le réservoir d’eau chaude, une citerne indépendante dessert les éviers, la douche et le bain.

Douze panneaux solaires photovoltaïques (PV), d’une puissance totale de 3,4 kilowatts, longent le flanc sud de la maison. La structure d’aluminium qui les supporte s’ajuste dans un angle qui varie entre 20 et 66 degrés pour maximiser leur ensoleillement selon les saisons. Cette structure se trouve accrochée entre ciel et terre, boulonnée sur le plancher de la galerie. Seule une partie du haut des panneaux est visible, ces derniers ne bloquent donc pas la vue. Ils fournissent l’électricité nécessaire au fonctionnement de la salle des machines et de tous les appareils électriques. La maison tire la totalité de son énergie du réseau d’Hydro-Québec, sur lequel elle est branchée. En contrepartie, toute l’électricité produite par le système indépendant de Kate y est renvoyée. La société d’État lui accorde en retour un crédit sur sa facture d’électricité. La jeune femme ne débourse donc des sommes que lorsque sa propre production annuelle d’électricité s’avère insuffisante… Ce qui n’arrive que très rarement! « Cette année, j’ai produit un excédent de 1 100 kilowattheures » (kWh), m’apprend Kate. Contrairement à de plus en plus d’autres fournisseurs d’énergie, Hydro n’envoie pas de chèque aux autoproducteurs qui lui vendent leurs surplus d’électricité. « Nous sommes en retard à ce niveau », affirme la jeune femme. Son système PV a coûté 11 500 $, plus 900 $ pour la structure d’aluminium de fabrication maison. La consommation annuelle d’électricité pour la maison de Kate est d’environ 3 000 kWh, soit facilement dix fois moins qu’un ménage québécois moyen. Elle y vit en compagnie d’une colocataire. « Je règle le thermostat à 18 °C quand je ne suis pas là, pendant la nuit ou quand il fait soleil (qui augmente la température jusqu’à 23 °C) et à 20 °C quand je suis là mais qu’il ne fait pas soleil. »

Comment isoler ses murs à la paille

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L’isolation aux ballots de paille permet de réduire énormément la quantité de bois de charpente. Voici la fenêtre de vérité où la paille reste exposée au vu de tous.

Afin d’éviter de mettre la paille en contact avec le plancher et une éventuelle infiltration d’eau par le bas du mur, une lisse simplement fabriquée de 2 x 4 est déposée sur le contreplaqué du plancher. Outre les cadres pour les portes et fenêtres et les hautes colonnes qui supportent la toiture, aucune structure de bois ne s’avère nécessaire, selon la technique de construction choisie (il en existe plusieurs). Les ballots, dont le cordage a été préalablement renforcé, sont placés sur la lisse et empilés soigneusement en quinconce. Les espaces entre les ballots sont colmatés de paille entortillée très serrée, afin d’éviter tout pont thermique. Les coins sont découpés à l’aide d’une scie va-et-vient et en utilisant une bonne vieille égoïne à main! Les angles difficiles sont comblés par de la paille libre bien tassée. La paille doit avoir un taux d’humidité maximal de 20 %.

Une fois monté, le mur se trouve inégal, dans tous les sens du terme! Il doit être adéquatement nivelé sur le dessus et travaillé sur les faces, pour boucher les cavités et raboter les reliefs. Il faut porter des masques lors de l’isolation et du nivellement des murs, car de fines particules s’en échappent constamment. Un treillis de métal est ensuite installé sur toutes les surfaces lisses (montants, cadres de fenêtres, etc.), afin d’assurer l’adhésion du crépi.

Celui-ci se compose d’une partie de ciment, d’une partie de chaux et de six parties de sable. Une première couche est vaporisée avec un pistolet à pression sur les ballots de paille et égalisée sur le champ. Avant que la matière ne sèche, des stries y sont creusées afin d’aider à l’adhérence de la seconde couche. Toujours à l’aide du pistolet à pression, cette dernière doit être soufflée de manière plus soignée, puis égalisée. À l’intérieur de la maison, une finition de chaux est appliquée et lissée. Pour favoriser la diffusion de la vapeur à travers les murs, aucun scellant, vernis ou peinture standard n’est appliqué. La durée des travaux pour l’érection des murs de paille et la pose de la maçonnerie peut atteindre plusieurs semaines. Pour ce projet, 300 ballots de paille (environ 4 $ chacun) ont été utilisés.

Kate a choisi l’isolation en ballots de paille pour sa maison écologique. Cependant, d’autres techniques existent, et chacune doit être étudiée et soupesée, selon une foule de facteurs, tels l’emplacement, le climat, la main d’œuvre, etc. Les avantages d’une isolation en ballots de paille sont néanmoins nombreux :

1) c’est un sous-produit agricole : selon la région où on habite, il peut exister des surplus;

2) elle permet à l’humidité de traverser naturellement vers l’extérieur sans risque de condensation dans les murs (selon la région : ce n’est pas approprié en Colombie-Britannique, par exemple, où le climat est beaucoup plus humide);

3) ça évite l’utilisation des matériaux industriels comme les pare-air et pare-vapeur;

4) en choisissant d’ériger une maison sans charpente murale, il est possible de réduire énormément la quantité de bois de construction;

5) les murs de paille sont extrêmement ignifuges (dépassant de loin les normes canadiennes);

6) les ballots de paille permettent une flexibilité dans la forme de la maison (nul besoin d’acheter du gypse plat et carré pour couvrir les murs);

7) une maison isolée en ballots de paille utilise très peu de matériel : un mur de cellulose de valeur R comparable à un mur de paille nécessite une double ossature de bois, un pare-air, un pare-vapeur, une membrane qui permet de retenir et compacter la cellulose, des lattes à l’intérieur et à l’extérieur, des panneaux pour contreventer, des vis, des clous et du gypse. Un mur de paille ne nécessite que très peu de bois, de la paille, un peu de treillis de métal, du crépi et le tour est joué!

Enfin, y a-t-il de la demande et un avenir pour ces maisons au Québec en ce moment? « L’avenir des maisons écologiques au Québec dépend de la volonté des autoconstructeurs, pour l’instant, dit Kate. Il faut avoir la passion et le goût de le faire soi-même ou les moyens de payer un entrepreneur. La différence, c’est que tu finis avec une maison mieux isolée et une meilleure qualité d’air intérieur. Il faut payer un peu plus pour la construction, mais l’efficacité énergétique et la qualité de vie résultantes en valent la peine à la longue. Un obstacle majeur à ce type de construction sont les lois sur la construction au Québec, qui empêchent les autoconstructeurs d’avoir l’aide de bénévoles ne faisant pas partie de leur famille immédiate. » (En France, où la construction en paille est encadrée par des règles professionnelles depuis 2012, il s’y construit 500 bâtiments de paille par année, dont des édifices publics, selon le Réseau francais de la construction en paille (RFCP). Depuis 2006, le nombre de chantiers participatifs ne cesse d’y augmenter, selon l’association Botmobil, citée en juillet 2016 dans Leroy Merlin, le magazine du grand détaillant du même nom.)

Et au chapitre des permis, bien que les ballots de paille surpassent les exigences du Code en matière de résistance thermique minimale, les villes refusent-elles d’autoriser ces constructions? Ça dépend de la municipalité, mais plus on en construira, quitte à demander des dérogations pour créer des précédents, plus ça va devenir normal et acceptable pour la plupart des municipalités. Les problèmes d’obtention de permis ne concernent pas  le type d’isolation en général, mais plutôt les fondations alternatives (ex. : pas de sous-sol, dalle flottante, pilotis, etc.), ou l’esthétique. Les municipalités peuvent exiger une finition en bois, par exemple, ou que les fenêtres soient face à la rue, ce qui n’est pas toujours bénéfique pour le solaire passif. »

Enfin, Kate souligne que des assureurs comme Desjardins et La Capitale assurent les maisons de paille et que le site Écohabitation.com a publié un dossier sur les aides financières disponibles en écoconstruction.

Des choix écologiques partout

À l’intérieur, rien n’a été laissé au hasard. Les planchers de mélèze (« le plus dur des bois mous! ») sont protégés à l’aide d’une huile non toxique Livos. Les cabinets d’armoires sont tous fabriqués de contreplaqué durable (PureBond de Columbia Forest Products, fabriqué à Saint-Casimir, à 25 minutes de chez Kate), dont la colle non toxique à base de soya et la certification FSC (Forest Stewardship Council) s’avèrent les attraits principaux. Le four au propane, plus efficace qu’un four électrique classique, réduit d’autant plus la consommation d’électricité. Il n’y a pas de réfrigérateur dans la cuisine de Kate. Celle-ci stocke ses denrées dans un congélateur, dont elle a muni le cordon électrique d’un contrôleur de température qui maintient l’air à l’intérieur de l’appareil à environ 4 °C, comme un réfrigérateur classique. La configuration d’un congélateur permet de limiter les pertes lors de l’ouverture de la porte (l’air froid descend), en comparaison d’un réfrigérateur standard. Kate y a installé des bacs pour faciliter l’entreposage de la nourriture.

Dans la maison, pas de sécheuse non plus : le linge sèche dehors, même en hiver! L’échange d’air est assuré par cinq petits ventilateurs récupérateurs de chaleur à conduits installés directement dans les murs extérieurs. Le fabricant allemand Lunos se trouve le seul à proposer un tel produit en Amérique du Nord. D’une excellente efficacité (un peu plus de 90 % de la chaleur expulsée est récupérée), le système fonctionne par paire : pendant qu’un ventilateur évacue l’air vicié en récupérant sa chaleur, un deuxième aspire l’air provenant de l’extérieur. Toutes les 90 secondes, le système s’inverse, permettant à l’air entrant d’être réchauffé à l’aide de la chaleur précédemment récupérée par son noyau en céramique. Les murs diffusants aident aussi à gérer l’humidité, bien qu’avec une efficacité moindre que celle de murs avec crépi d’argile ou de chaux.  

Dans la toute petite salle d’eau, une fenêtre installée au plafond laisse pénétrer la lumière oblique qui provient de la mezzanine. Deux sièges de toilette sont installés. L’un équipé d’une sortie d’eau reliée aux égouts municipaux et servant uniquement pour les liquides. L’autre contenant de la sciure de bois (tout sauf des essences peu putrescibles comme le cèdre!), utilisé pour les solides. Le bac est vidé une fois toutes les deux semaines. Les déchets sont compostés et ajoutés aux résidus de cuisine. Kate produit un compost dont la température s’élève entre 55 °C et 70 °C après l’avoir laissé mûrir pendant un an afin d’éliminer toute bactérie nuisible. Dans la salle de bain principale, en plus des fenêtres extérieures, de petits blocs de verre situés sur le mur intérieur concentrent la lumière pour la renvoyer dans la pièce.

Une très grande proportion du bois de charpente et de finition intérieure de la maison provient de la récupération. En comparaison avec le neuf, les coûts pour ces matériaux sont minimes. Kate a dû effectuer quelques recherches avant de trouver ce qu’elle désirait. À Deschambault et dans les proches alentours, des travailleurs démantèlent de vieux bâtiments et mettent de côté le bois sain. De pleins entrepôts proposent de multiples longueurs et largeurs de planches, de poutres et de colonnes provenant d’essences diverses. Pour un 2 x 4 standard, le coût peut être cinq fois moindre que pour un produit neuf comparable. De telles entreprises d’économie locale existent dans presque toutes les localités rurales du Québec. Il suffit de s’informer auprès des voisins! Pour l’isolation acoustique des deux chambres et des deux salles de bain, Kate souhaitait utiliser un mélange de paille et d’argile. Malheureusement, seule une toute petite portion a été réalisée de cette manière. « Le temps, l’énergie et les ressources ont manqué », s’attriste-t-elle. Débutée en avril 2011, la construction s’est échelonnée sur plus de 32 mois. La maison est donc habitable depuis décembre 2013. Quelques détails de finition et quelques raccords électriques restent toujours à compléter, mais elle est magnifique. Le coût total des travaux frise les 180 000 $ pour les 1 680 pi2 (156 m2) incluant le sous-sol.  

Et si c’était à refaire?

L'aménagement du terrain aurait été moins pénible s'il avait été fait avant la construction de la maison.

L’aménagement du terrain aurait été moins pénible s’il avait été fait avant la construction de la maison.

« Si tu le pouvais, que ferais-tu de différent? », demandais-je à Kate, alors que la tempête se calme dehors. « Je crois que la maison accomplit ce qu’on voulait faire avec le projet, c’est-à-dire créer un exemple de maison écologique dans laquelle les gens pourraient s’imaginer », avance-t-elle avec un sourire. Pourtant, elle ajoute qu’elle aurait complété le terrassement du terrain avant de construire la maison! C’est qu’une fois celle-ci terminée, Kate s’est inscrite à une formation en permaculture. Avec ses nouvelles connaissances, elle sait désormais comment elle aurait pu tirer profit des défis que lui posait le terrain. La reconfiguration en paliers (cinq jours de pelle mécanique), le tri des rochers, le creusage d’étangs de retenue, la plantation, tout a été rendu plus pénible à cause de la présence de la maison! Les connaissances acquises lors de cette formation auraient grandement facilité la gestion compliquée de la forte pente du terrain. Néanmoins, rien n’est perdu!

Ces connaissances, elle les transmet aujourd’hui à ceux qui souhaitent les acquérir. Par son entreprise Terracines, elle offre des cours pratiques et théoriques en permaculture et écoconstruction, incluant un atelier-visite de sa maison et une formation théorique sur la construction en ballots de paille. L’entreprise fait aussi du design et de la consultation en permaculture et en écoconstruction. Pour le cégep de Beauce-Appalaches, Kate offre une introduction à la permaculture en ligne; pour l’organisme communautaire Craque-bitume, elle offre un atelier éducatif en permaculture, etc. Pendant toute la durée de cette aventure, Kate et Bernat ont alimenté un blogue en anglais (maisondurableportneuf.blogspot.ca), toujours disponible pour consultation. Extrêmement complet et très bien imagé, il relate les hauts et les bas du couple constructeur. Il vous guidera à travers toutes les étapes de la construction, avec moult détails techniques.

Kate ne parle pas des deux côtés de la bouche, ses bottines suivent ses babines : elle pratique ce qu’elle enseigne, et enseigne ce qu’elle pratique. Depuis la fin de la construction, à l’hiver 2015, les choses ont bien changé pour Kate. Elle s’est séparée de Bernat qui l’a épaulée pendant toute la construction. Les stress répétés de l’autoconstruction ont pesé lourd dans la relation, et la séparation s’est avérée inévitable. Cependant, la vie a tout à fait repris un cours serein pour Kate. L’avenir est grand ouvert pour cette apôtre de l’écologie moderne. Le futur se dessinera au jour le jour, main dans la main avec dame Nature!

Pour en savoir davantage

terracines.ca

Prochains ateliers de Kate : ecohabitation.com/formations

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