Chauffe-eau et legionellose : mise en garde

 
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Chauffe-eau autonettoyant, évitant l’accumulation de sédiments.

Contrairement à ce que nous écrivions dans l’article La douche en mode écolo, publié sur notre site et dans notre numéro du printemps 2013, on ne devrait pas abaisser la température d’un chauffe-eau à 120°F (49°C) ou à mi-chemin entre les réglages minimum et medium sur le thermostat. Cette recommandation fut faite en 2004 notamment par le Rocky Mountain Institute, par souci d’économie d’énergie, et par Safe Kids Canada, pour éliminer les risques de brûlure. Or, ces deux objectifs devraient être atteints par d’autres mesures car trop abaisser la température du chauffe-eau pourrait menacer la santé publique, comme nous le précise Émilie Canuel-Langlois, conseillère technique à la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ). « Non seulement cette mesure est interdite par le Chapitre III, Plomberie du Code de construction du Québec à l’article 2.6.1.12. 1) qui spécifie clairement que : « Le dispositif de contrôle de la température des chauffe-eau à accumulation doit être réglé de façon à ce que la température de l’eau stockée ne soit pas inférieure à 60°C »; mais en plus, ceci est tout simplement dangereux dû à la prolifération de la bactérie Legionella (causant la légionellose) dans une eau emmagasinée à une température inférieure à 60°C. Je ne comprends pas qu’un magazine aussi sérieux puisse conseiller ainsi aux lecteurs d’appliquer des mesures sans d’abord se renseigner à savoir si celles-ci sont permises par la règlementation et sécuritaire pour la santé publique. »

Mme Canuel-Langlois a raison. J’ai doublement erré en ne faisant pas relire ce texte par un spécialiste comme c’est mon habitude, et j’ai oublié cette question de legionellose. Dans un texte paru dans la Maison du 21e siècle à l’automne 2003, j’écrivais d’ailleurs : « L’Institut national de santé publique du Québec recommande de rendre obligatoire, en usine, le réglage à 60 °Celsius (140 °F) du thermostat des chauffe-eau destinés aux maisons unifamiliales et la pose d’un dispositif anti-brûlure à la sortie de chaque appareil, afin d’abaisser la température à 49 °C (120 °F) aux robinets. Ainsi, l’on réglerait le double problème des risques de brûlure et de contamination par la bactérie Legionella pneumophila. Potentiellement mortelle pour les gens au système immunitaire affaibli, cette bactérie adore l’eau tiède stagnante présente au fond des chauffe-eau électriques, dans les sédiments s’accumulant sous l’élément chauffant inférieur… La bactérie en question serait responsable de 2 à 10 % des pneumonies requérant une hospitalisation telles que détectées au sein de la communauté et de 3 % à 23 % des cas traités aux soins intensifs, rapporte l’Institut. Au Québec, la bactérie est présente dans 20 % à 40 % des chauffe-eau électriques résidentiels même s’ils sont réglés à 60 °C, ajoute l’organisme qui conseille le ministre de la Santé. La contamination chez l’humain résulte de l’inhalation d’aérosols, par exemple lors d’un séjour dans une pièce climatisée, mais surtout lors d’une douche, d’ailleurs déconseillée aux grands immunosupprimés, d’autant plus que les pommes de douche qui économisent l’eau produisent plus d’aérosols, tout comme les bains à remous qu’il faut d’ailleurs désinfecter régulièrement. »

Le Code québécois fut modifié en ce sens, comme le confirme Mme Canuel-Langlois : « Dans les résidences, afin d’obtenir une température d’eau de 49°C à la sortie des appareils, le Code exige maintenant l’installation de mitigeurs thermostatiques homologués CSA-B125.1 directement aux robinets desservant les baignoires et les pommes de douche. En effet, en plus d’économiser de l’énergie, on réduit ainsi le risque de brûlure à ces appareils (une eau chauffée à 60°C brûle au 2ième degré la peau d’un adulte en bonne santé en 5 secondes, selon les règles de l’art décrites dans ASHRAE Guidelines). Cette règle ne s’applique cependant pas aux établissements de soins tel que défini par le Ministère de la Santé et des services sociaux ni aux résidences privées pour personnes aînées où la température maximale à ces deux appareils est maintenant limitée à 43°C. En aucun cas, l’abaissement de la température de l’eau ne doit se faire directement au chauffe-eau où la température doit toujours être maintenue à 60°C minimum pour les raisons évoquées plus haut. Par protection de la santé publique, avant de conseiller quoi que ce soit, svp, un peu de rigueur serait de mise… »

En 2004 également, trois médecins québécois, Benoît Lévesque, Michel Lavoie et Jean Joly, signaient un article scientifique précisant les risques de legionellose associés à l’eau potable dans le Canadian Journal of Infectious Diseases. Tout comme divers experts, dont ceux de l’Organisation mondiale de la santé, ces trois médecins croient qu’il y a des preuves que la legionellose est transmise par la distribution d’eau potable domestique chauffée à l’électricité. C’est ce qu’ont confirmé diverses études, dont un cas de maladie du légionnaire contractée par une personne desservie par un tel chauffe-eau dans une maison. Les risques de prolifération de la bactérie Legionella sont plus importants là où l’eau stagne davantage, par exemple les réservoirs de grande taille et les réseaux de distribution complexes que l’on retrouve souvent dans les immeubles à logements et les résidences de personnes âgées. Si 40 % des chauffe-eau électriques réglés à 60°C peuvent être contaminés, c’est que la température de l’eau peut varier entre 30°C et 40°C dans les sédiments s’accumulant au fond du réservoir, sous l’élément inférieur. Le risque de contamination bactérienne est faible dans les chauffe-eau à combustibles fossiles, qui chauffent le bas du réservoir, et nul quand ceux-ci sont réglés à 60°C.

Enfin, le directeur des communications de la CMMTQ, André Dupuis, souligne qu’il ne déconseille aucun appareil qui a fait ses preuves, comme nous lui avons fait dire dans notre article du printemps 2013. « Je peux faire ressortir le pour et le contre, mais il appartient aux consommateurs de faire le choix : ainsi je ne peux pas déconseiller un chauffe-eau instantané électrique et dire de s’en tenir au chauffe-eau électrique conventionnel. Il se peut que le chauffe-eau instantané électrique soit le plus approprié dans certains cas et que les propriétaires n’aient aucune objection à payer pour une nouvelle entrée électrique. De même, je ne peux pas non plus conseiller de s’en tenir au chauffe-eau électrique conventionnel si une autre solution est plus appropriée. Si vous voulez dire dans votre article qu’un chauffe-eau à thermopompe est discutable dans nos contrées, libre à vous. Moi je me limite à dire que l’énergie n’est pas gratuite puisqu’elle provient de l’intérieur de la maison. »
 
Toutes nos excuses pour ces erreurs.

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